News: Israël IRAN - Le gouvernement iranien sous influence néo-nazie ? La connexion néo-nazie allemande du régime iranien
Par Jean-Yves Camus, L’Arche
Rubrique: Iran
Publié le 10 avril 2007 à 06:11
Homme-clé du clan Ahmadinejad, Mohamed Ali Ramin a fait son éducation politique en Allemagne. Et a importé à Téhéran l’antisémitisme de l’ultra-droite européenne.
En France, ce petit homme au fin collier de barbe rousse est un parfait inconnu. Il est pourtant le plus proche conseiller du président Ahmadinejad. Certes pas populaire : aux législatives de 2004, les électeurs de Téhéran ne l’ont placé qu’en 52e position de tous les candidats. Sans grand rôle officiel non plus : il n’est sur le papier que le dirigeant de deux associations, la Société pour la défense des Musulmans en Occident et les Cellules des Martyrs du Velayat, qu’il a fondées (le velayat est, dans la terminologie chiite, la conservation du dogme).
Pourtant, il est l’un de ceux qui définissent la ligne idéologique du clan ultra-conservateur – et le grand organisateur de la conférence négationniste de décembre 2006. C’est lui qui a élaboré l’idée consistant à demander aux Européens de « rapatrier » sur leur continent les Juifs israéliens. C’est lui encore qui a affirmé fin décembre 2006, sur le site internet iranien Baztab, que Hitler était un Juif désireux de se venger du judaïsme en raison des mœurs légères de sa grand-mère (juive) paternelle. Il est aussi le responsable du comité nommé par Ahmadinejad pour effectuer des « recherches » sur la Shoah.
Mohamed Ali Ramin a 52 ans. Il est ingénieur en mécanique et se présente comme « expert dans le dialogue des cultures ». Dans son curriculum vitae, un fait distinctif : il a vécu 17 ans en Allemagne où il a fait ses études, jusqu’en 1994. Actif dans le domaine religieux, il a alors fondé une association islamique, la « Islamische Gemeinschaft », à Clausthal, ville de 16 000 habitants proche de Hanovre, en Basse-Saxe, où existe une université technique. Mais, dès cette époque, il semble aussi s’être intéressé à la politique. On sait notamment qu’il s’est lié d’amitié avec Benedikt Frings, devenu depuis un des responsables du parti néo-nazi NPD à Cologne (et qui a participé à la conférence de Téhéran), ainsi qu’avec les frères Yavuz et Gürhan Özoguz, animateurs chiites turcs du site islamiste www.muslim-markt.de, qui est sous surveillance de l’Office pour la Protection de la Constitution en raison de son contenu extrémiste. Une longue interview de Ramin est disponible sur ce site ouvertement antisémite dont la spécificité est d’ouvrir ses colonnes à l’extrême droite : Andreas Mollau, le rédacteur en chef du mensuel du NPD, Deutsche Stimme, y a donné une interview en juin 2006 ; Manuel Ochsenreiter, collaborateur de l’hebdomadaire néo-droitier Junge Freiheit, s’y est exprimé en mai 2005.
Mais la connexion néo-nazie allemande du régime iranien ne s’arrête pas là. En effet, lorsque Ramin reprend la fable des origines juives de Hitler, il cite sa source, le livre Adolf Hitler, fondateur d’Israël : Israël en guerre avec les Juifs. Or ce pamphlet, écrit en 1974, traduit en anglais, est l’œuvre de Hennecke Kardel, connu en Allemagne comme un antisémite néo-nazi forcené. Né en 1922, lieutenant de la 170e division d’infanterie pendant la seconde guerre mondiale, il a été décoré de la Croix de Fer le 23 février 1944, alors que son unité se battait autour de Leningrad.
Ces faits nouveaux s’ajoutent à ce que l’on sait déjà : la présence en Iran de négationnistes avérés fuyant la justice européenne. Le suisse Jürgen Graf, auteur de L’Holocauste au scanner, y serait arrivé en novembre 2000 avant de partir en 2001 en Russie, où il vit actuellement. Nous sommes aussi en mesure d’avancer que le négateur allemand Gert Ittner, membre du groupe néo-nazi Freien Nationalisten, condamné en avril 2005, vivrait actuellement en Iran. L’un des lieux de contact entre l’État iranien et les négateurs est la radio officielle IRIB, qui dans ses programmes en allemand a interviewé notamment l’antisémite suisse Ahmed Huber et le néo-nazi autrichien Gerd Honsik.
Cette proximité avec l’Allemagne se retrouve, curieusement, chez un autre intervenant de ce « sommet » négationniste. Le Palestinien Ghazi Hussein, qui vit à Damas, est un ancien conseiller juridique à la présidence syrienne et a été « ambassadeur » de l’OLP en Autriche et auprès de l’Agence internationale pour l’énergie atomique. Auteur d’un pamphlet, Yasser Arafat et la solution de la crise sioniste en Palestine, dans lequel il affirme que… le leader palestinien était un Juif marocain installé en Égypte, Hussein a obtenu un diplôme d’avocat en Allemagne en 1962, y est inscrit au barreau et y a enseigné. Deux de ses livres antisémites ont été traduits en allemand.
Des liens aussi nombreux, suivis, assumés, finissent évidemment par faire système. Ils s’étendent d’ailleurs au-delà de l’Iran : parmi les militants musulmans de l’extrême droite allemande figure aussi le Pakistanais Mansur Khan, né en 1965 à Kaiserslautern, qui participe aux congrès du NPD et publie ses livres chez l’éditeur néo-nazi Grabert Verlag. Le NPD, qui ne fait pas mystère de son soutien à l’Iran, qu’il estime être « le pays le plus démocratique » du Moyen-Orient (Deutsche Stimme, avril 2006), est ainsi devenu le principal agent d’influence du régime de Téhéran en Allemagne.
Le gouvernement iranien sous influence néo-nazie ?
par Jean-Yves Camus. Extrait de L’Arche n° 586, février 2007. Numéro spécimen sur demande à info@arche-mag.com



