News: Israël Palestine - EXCLUSIF - La vie quotidienne des Palestiniens est devenue un véritable parcours du combattant.
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem
Rubrique: Palestine
Publié le 14 mars 2007 à 20:40
Depuis la victoire du Hamas aux élections législatives dans les territoires palestiniens en janvier 2006, la vie quotidienne des Palestiniens est devenue un véritable parcours du combattant.
Environ 46% des Palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie se trouvent en situation d’”insécurité alimentaire”. Ils ont de plus en plus de mal à se nourrir, ou ils sont en passe de sombrer dans la malnutrition.
C’est ce que révèle un rapport de l’Agence de l’ONU pour le Programme Alimentaire Mondial qui examine les impacts du conflit israélo-palestinien. Le rapport souligne que le boycott du gouvernement du Hamas par la communauté internationale aggrave la menace alimentaire qui plane sur les populations palestiniennes.
Les observateurs de l’ONU indiquent que la situation dans la bande de Gaza est particulièrement préoccupante: 4 familles sur 5 y auraient réduit leurs dépenses d’alimentation durant le premier trimestre de 2007.
Le rapport indique qu’en 2007, ce sont 34% des foyers palestiniens qui se contentent d’un revenu inférieur à 1,68$ par jour. Les observateurs internationaux reconnaissent que la situation actuelle est semblable à celle observée en 2003, mais indiquent que le nombre absolu de Palestiniens souffrant de sous-alimentation est plus important du fait de la forte croissance démographique.
Le gel des relations avec les Palestiniens décidé par le gouvernement israélien prive les populations palestiniennes de leurs trois principales sources de revenu: l’emploi en Israël, la vente de leurs produits agricoles et la rétrocession des droits de douane prélevés par Israël.
Dorénavant, les permis de travail aux Palestiniens qui veulent venir travailler en Israël sont délivrés au compte-gouttes. Bien sûr, Il y a la possibilité de s’infiltrer clandestinement en Israël pour y trouver un emploi mais la construction du “mur de sécurité” et les contrôles militaires rendent difficile le passage des clandestins. Pour les Palestiniens de Gaza en particulier, la baisse du revenu est particulièrement dramatique puisque quelques centaines d’entre eux seulement sont autorisées à travailler en Israël quotidiennement.
Ensuite, les agriculteurs palestiniens ont du mal à écouler leur production agricole en Israël; les points de passage ne sont que partiellement ouverts et les contrôles sévères.
Enfin, le blocage par Israël des fonds appartenant à l’Autorité palestinienne ne permet plus de payer régulièrement les 160.000 fonctionnaires, policiers et employés municipaux, qui sont bien obligés de se chercher une autre source de revenu.
Cette situation précaire a donné naissance à de “nouveaux pauvres”. Il s’agit des propriétaires d’échoppes qui ont vu leur chiffre d’affaires péricliter, des ouvriers journaliers qui ne trouvent plus de travail, des pêcheurs qui ne peuvent sortir en mer et des paysans qui ne trouvent plus de débouchés pour les produits de leur ferme.
Les Palestiniens sont donc victimes de deux phénomènes économiques: la chute de leurs revenus du fait du chômage chronique, et le renchérissement des produits alimentaires du fait de leur rareté.
Alors, comment font les Palestiniens pour survivre quotidiennement?
C’est l’aide humanitaire qui permet sans doute de contenir la menace alimentaire. Dans les camps de réfugiés de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, l’immense majorité des Palestiniens (700.000 d’entre eux) bénéficie de rations alimentaires de l’UNWRA, l’agence de l’ONU spécialisée dans l’aide aux réfugiés.
Quant aux populations palestiniennes qui n’ont pas le statut de “réfugiés”, elles sont prises en charge par le Programme Alimentaire Mondial (PAM). Chaque mois, le PAM distribue 4.000 tonnes de produits alimentaires à environ 200.000 palestiniens “non réfugiés” de la bande de Gaza. Autrement dit, ce sont environ 50% des Palestiniens “non réfugiés” qui bénéficient de distributions alimentaires régulières.
Le rapport de l’ONU précise aussi que ce sont les “relations familiales traditionnelles” qui permettent d’éloigner le spectre de la famine. L’entraide et la solidarité au sein des clans (les “hamoulot”) contribuent sans doute à subvenir aux besoins les plus immédiats. L’autoconsommation des produits de la terre fournis par les lopins familiaux permet aussi de satisfaire les besoins alimentaires de base.
Alors que le chômage touche 40% de la population active, les Palestiniens essaient, par tous les moyens, de se procurer un revenu minimal. Certains vendent leurs bijoux, d’autres leurs terres familiales. Quand les biens de valeur sont épuisés, ils cèdent à des usuriers locaux leurs téléviseurs et postes de radio contre quelques pièces de monnaie qui leur assureront quelques jours de survie.
Autre phénomène liée à la pauvreté extrême des Palestiniens: de plus en plus d’enfants palestiniens s’introduisent frauduleusement en Israël et vendent de petites babioles (comme briquets, cigarettes et sucreries) aux automobilistes israéliens qui sont arrêtés aux grands carrefours du pays.
Quant aux familles les plus pauvres, elles envoient leurs enfants fouiller dans les décharges publiques pour récupérer tout ce qui est utilisable ou revendable, comme bois, cartons et métaux.
Aujourd’hui, les rues de Gaza sont envahies de carrioles tirées par des mulets. En effet, le prix de l’essence et l’entretien d’une voiture ne sont plus à la portée des bourses et beaucoup en sont revenus à se déplacer à dos d’âne.
Pour faire face au manque de liquidités, la municipalité de Gaza propose des travaux d’utilité publique (jardinage et nettoyage) sans salaire mais contre des produits alimentaires. Le programme intitulé “Travail contre Alimentation” garantit aux ouvriers palestiniens des cartons de rationnement qu’ils peuvent échanger, dans les centres de distribution, contre des produits de base comme huile, sucre et houmous.
C’est donc le système D qui permet à la majorité des Palestiniens de survivre. La combine, la débrouillardise, voire les trafics en tous genres rythment désormais la vie quotidienne des Palestiniens.


