News: ISRAEL FUITE DES CERVEAUX - De plus en plus d’ingénieurs juifs de France émigrent et le font savoir autour d’eux

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Par Daniel Rouach
Rubrique: Universités, sciences et r&d
Publié le 6 juillet 2006 à 10:10

Une source de matière grise arrive de France à destination d’Israël. De plus en plus d’ingénieurs juifs de France émigrent et le font savoir autour d’eux.

Le Technion de Haïfa, Tel Aviv University, Ben Gurion University, accueille des dizaines de jeunes juifs français qui auraient pu intégrer l’Ecole Polytechnique, Ecole des Mines de Paris, Ecole Centrale, Arts et Métiers…

Dans l’ensemble, il apparaît cependant que l’Etat hébreu a pris depuis les années 1980 des mesures ayant favorisé l’arrivée, et non la fuite, de chercheurs et ingénieurs étrangers. Des milliers de ressortissants de l’ex-Union soviétique, hautement qualifiés, sont venus s’installer en Israël au cours de la dernière décennie – et ils sont dans leur grande majorité restés.

Il est vrai que les chercheurs bénéficient en général de conditions de travail souples et intéressantes.

L’industrie et les universités n’ont par exemple jamais connu le cloisonnement propre à la plupart des pays européens. Un professeur de l’Institut Weizmann est libre de travailler un jour par semaine dans une entreprise, et de consacrer « un temps raisonnable à des activités privées », explique Michel Revel, un professeur d’origine française de l’Institut.

En outre, depuis le vote à la Knesset de la loi sur la recherche de 1985, la recherche publique comme privée a bénéficié d’un soutien gouvernemental appuyé.

Le Bureau de la direction scientifique (Office of the Chief Scientist, OCS), placé sous la tutelle du Ministère de l’Industrie et du Commerce, a vu son pouvoir et sa marge de manoeuvre s’accroître dans des proportions considérables.

Le Bureau alloue chaque année environ 400 millions de dollars de subventions à la recherche à des jeunes entreprises et des incubateurs – à la fin des années 1980, ce budget n’atteignait que 120 millions de dollars.

Plus que la fuite des cerveaux, le mal de la recherche israélienne semble être les départs de jeunes chercheurs vers le management et la création d’entreprise, souvent plus rémunérateurs.

Et les quelques départs vers les Etats-Unis sont-ils en réalité une perte totale pour Israël ? Rien n’est moins sûr. La plupart des expatriés gardent en effet des liens étroits avec leurs universités, centres de recherche ou entreprises d’origine.

De ce fait, il existe une bonne communication entre les universités israéliennes et leurs chercheurs partis travailler pour des laboratoires étrangers, souvent américains.

« Ces chercheurs boomerang », suivant le modèle des « managers boomerang » de Nestlé, font ainsi profiter leur pays d’origine du savoir qu’ils ont capitalisé – les nombreuses publications scientifiques israélo-américaines sont un symptôme parmi d’autres de ce phénomène.

Différents pays ont pris l’initiative de développer les réseaux formels ou informels qui lient la diaspora aux organismes du pays. La Suisse a par exemple créé le site internet www.swiss-list.com pour développer un réseau en ligne et capitaliser le savoir d’expatriés disséminés dans le monde entier.

Israël se prépare également à encourager ce type d’actions qui permettent, pour reprendre la formule d’un haut fonctionnaire indien, de transformer la « fuite des cerveaux » en un « réservoir de cerveaux ».

La fuite des cerveaux israéliens est limitée pour l’instant mais le manque d’investissement majeur en R&D d’Israël, manque de postes dans les Universités, salaires trop bas pour certains chercheurs, politique agressive des Etats-Unis inquiètent les Présidents d’Universités du pays.

Des budgets souvent trop faibles ne font pas le poids face à l’attraction de l’impressionnant dispositif de recherche américain et au body shopping pratiqué depuis les années 1950. L’année dernière, des visas de travail temporaires pour professionnels hautement qualifiés ont été accordés à 195 000 personnes.

Heureusement pour Israël, de véritables Fondations et Associations caritatives existent dans le monde et qui soutiennent les efforts de recherche du pays. Le Président du Technion a affirmé devant une mission française présente sur le campus du Technion que plus d’un milliard de dollars ont été versés au Technion depuis sa création.

Ce montant collossal venant de dons de la diaspora américaine et européenne (dont la France et la Belgique) explique très clairement pourquoi les chercheurs israéliens sont assez optimistes sur leur avenir. Un peu de paix ne ferait pas trop de mal aux chercheurs…

Collaboration à l’enquête : Camille Frachon (Oxford)

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