Nathalie Harel
Les pages High-Tech de Nathalie Harel
Nathalie Harel, éditorialiste et journaliste
ISRAEL SOUPE POPULAIRE - Interview. En l’espace de 5 ans, le nombre de personnes dépendantes de la soupe populaire a doublé en Israël
Israël s’installe durablement dans la pauvreté à grande échelle.
L’ « Autre Israël » fait à nouveau la une des journaux à l’occasion de la publication cette semaine de deux rapports sur la pauvreté : celui de la sécurité sociale israélienne, et le « rapport alternatif » de l’organisation humanitaire Latet.
déc09
Par Nathalie Harel à Tel-Aviv
Globalement, les deux études, réalisées selon des méthodologies différentes, attestent d’une même réalité : la situation des Israéliens nécessiteux tend à s’aggraver.
Selon le « Bituach Leumi », seul le nombre des personnes âgées vivant sous le seuil de pauvreté a eu tendance à diminuer, passant de 24,4 à 21,5%.
Tandis que la cinquième édition du rapport alternatif met en avant des indicateurs alarmants : avec notamment, la montée en puissance des classes moyennes parmi les populations nécessiteuses. Paradoxalement, cette dégradation ne suscite pas de prise de conscience accrue de la part du grand public.
« Pour la première fois en cinq ans, la pauvreté n’est pas considérée comme la première priorité du pays avec la sécurité : le sujet arrive en quatrième position, après l’éducation, la sécurité et la corruption, déplore Gilles Darmon, le président fondateur franco-israélien de Latet. Pour IsraelValley, il présente son diagnostic de la situation.
IsraelValley : Voilà cinq ans que Latet publie son rapport alternatif, quelle est votre analyse sur la période ?
Gilles Darmon : « selon moi, une tendance lourde se dégage : en l’espace de cinq ans, le nombre de personnes dépendantes de la soupe populaire a doublé dans le pays. Cela veut dire que nous ne sommes plus dans l’épiphénomène, mais qu’Israël s’installe durablement dans la pauvreté à grande échelle ».
Comment ont évolué les dons des Israéliens aux associations ?
G.D : entre les deux derniers rapports, le montant des dons est resté comparable en valeur absolu, mais le nombre des donateurs a diminué en pourcentage. C’est peut-être une conséquence du fait que la pauvreté n’est aujourd’hui plus considérée comme la priorité des priorités par les Israéliens.
Latet a déposé en début d’année un recours devant la Cour suprême pour obliger l’Etat à prendre en charge « la sécurité alimentaire » de ses citoyens. Quelles sont vos principales revendications vis-à-vis des pouvoirs publics ?
G.D. Par rapport à ce recours, l’Etat a rendu voilà quelques jours ses conclusions à la Cour suprême, qui devrait statuer sur les suites de l’affaire le 12 décembre. L’Etat a aussi fait paraître un appel d’offres concernant un projet de structure de prise en charge de la sécurité alimentaire dans le pays. Il s’agit d’une petite victoire pour Latet et les associations. Reste à savoir comment le gouvernement passera à l’action ; s’il acceptera, comme nous le lui suggérons, de mettre en place un système de partenariat avec les entreprises privées et les acteurs du troisième secteur (le monde associatif, Ndrl) ».
Propos recueillis par Nathalie Harel
Qui dépend de l’aide alimentaire ?
Le portrait robot des familles nécessiteuses dressé par Latet fait froid dans le dos. Parmi les données les plus alarmantes, 20% des individus aidés par l’association ont décidé de placer leurs enfants en pensionnat faute de moyens suffisant pour les élever à domicile. Et environ un quart ont envisagé « de mettre fin à leurs jours », en raison de leur situation jugée désespérante. L’ONG qui a nourri plus de 50 000 familles depuis cinq ans relève que 72% des récipiendaires actifs, travaillent à temps partiel. Le revenu mensuel moyen de ces familles – nombreuses ou monoparentales le plus souvent- s’élève à 2,864 NIS. Enfin, 68% des personnes interrogées ont déclaré avoir subi des coupures de gaz, d’électricité ou de ligne téléphonique, en raison de factures impayées.




