La Page Défense de Maxime Perez

Maxime Perez est journaliste en Israël. Diplômé de Science politique et spécialisé dans les questions de sécurité et de défense, il est également membre de l’AJD (Association des Journalistes de Défense)

Entretien avec Sami Alfaraj, conseiller en sécurité du gouvernement koweïtien

23 septembre 2010

Dr Sami AlfarajDr. Sami Alfaraj est le directeur du Centre pour les Études Stratégiques au Koweït, qui a été créé en 1997 et constitue le premier centre de conseil sur les questions stratégiques dans la région du Golfe. Il est consultant auprès du Conseil de Coopération du Golfe, du gouvernement koweïtien, d’organisations parlementaires et d’agences gouvernementales dans toute la région du Golfe.

Maxime Perez : L’Assemblée générale de l’ONU se tient en ce moment à New York. C’est là qu’a été voté, en juin dernier, le dernier volet de sanctions à l’encontre de l’Iran. Trois mois après, le régime de Téhéran continue toujours de défier la communauté internationale. Quelle est la stratégie en cours ?

Dr Sami Alfaraj : L’approche de la communauté internationale vis-à-vis de l’Iran se traduit par des sanctions économiques qui sont appliquées parallèlement à la conduite de négociations. Elles constituent avant tout un outil de pression politique. Mais les Iraniens y répondent en tentant de déstabiliser la région. Les pays en première ligne sont l’Irak, le Yémen, l’Egypte, le Liban et bien entendu Israël. Le régime de Téhéran utilise des organisations satellites comme le Hamas, le Hezbollah et divers groupuscules jihadistes dans cette optique. Les monarchies du Golfe, qui détiennent d’importantes réserves de pétrole, seront assurément des cibles prioritaires en cas d’escalade militaire. Il parait évident qu’une guerre aura des répercussions économiques désastreuses pour le monde entier. Aujourd’hui, les sanctions onusiennes contre l’Iran n’auront d’efficacité que si elles sont renforcées par des mesures supplétives prises par les Etats-Unis, l’Union européenne, le monde arabe et même les grandes puissances asiatiques. Le cas échéant, je vous garantie que les Iraniens iront au bout de leurs ambitions nucléaires.

Chaque semaine, le régime iranien annonce le développement de nouvelles armes : missiles, navires de guerre, drones, etc. Comment évaluez-vous sa force militaire ?

L’Iran dispose d’une immense armée (ndlr : 750.000 hommes) mais cela ne reflète pas nécessairement sa qualité. Prenons l’exemple de ses missiles. A l’instar de Saddam Hussein en 1991, les forces iraniennes possèdent suffisamment de vecteurs de courte et de longue portée pour frapper lourdement Israël et les pays du Golfe. En mer, les gardiens de la révolution peuvent également mener des attaques simultanées car ils disposent d’une importante flotte de navires. La puissance militaire de l’Iran ne doit clairement pas être sous-estimée, sa capacité de nuisance est réelle et se développe. Mais elle permet tout au plus une tactique de harcèlement, pas un engagement dans un conflit frontal. Les avions de combat iraniens ne résisteraient à aucune défense anti-aérienne.

Faut-il craindre une attaque iranienne contre l’Irak ?

C’est l’un des scénarios envisagés par les stratèges occidentaux. En cas de guerre, une invasion de l’Irak depuis la frontière nord du Koweït est la seule option qui se présentera à l’Iran pour détourner une éventuelle attaque américaine sur son sol. Qui plus est, si des troupes américaines sont massées à la frontière irako-iranienne, Téhéran n’aura pas d’autre choix que d’engager ses troupes. Mais nous n’y sommes pas encore. Pour l’heure, l’Iran tente d’empêcher la constitution d’un gouvernement irakien stable, constitué d’éléments chiites et sunnites modérés.

Ces derniers mois, les Etats-Unis ont réalisé d’importants contrats d’armements avec l’Arabie Saoudite et certains pays du Golfe. Faut-il y voir un signal ?

Ce n’est pas un secret, des préparatifs sont en cours aujourd’hui et incluent un renforcement militaire des pays du Golfe dans la perspective d’une confrontation avec l’Iran, non pas nucléaire mais conventionnelle. De la même façon qu’Israël s’efforce de maintenir une avance technologique sur les pays arabes de la région, les monarchies du Golfe se doivent de moderniser leurs forces armées vis-à-vis de l’Iran qu’elles considèrent comme une menace. A l’exception de l’Arabie Saoudite, il est d’ailleurs intéressant de noter qu’Israël ne s’oppose pas à la militarisation des pays du Golfe. C’est une évolution majeure dans la vision sécuritaire israélienne. Il y a aujourd’hui une compréhension mutuelle sur la nécessité de renforcer le front contre l’Iran.

La guerre vous parait-elle inévitable ?

Le compte-à-rebours est lancé, nous sommes clairement engagés dans cette logique, comme le prouve la course aux armements qui se déroule actuellement au Moyen-Orient. Il faut bien comprendre que la question iranienne ne peut être réduite qu’à son programme nucléaire. Les pays arabes redoutent avant tout de voir s’étendre l’influence chiite dans la région. Il y a un consensus autour de la menace posée par l’Iran. Celle-ci est d’ailleurs renforcée par les déclarations belliqueuses des dirigeants du régime. L’opinion est donc préparée.

Y a-t-il aujourd’hui des contacts entre les pays du Golfe et Israël au sujet de l’Iran ?

Certains pays du Golfe réfléchissent à l’éventualité de laisser l’aviation israélienne emprunter leurs couloirs aériens. Ce débat existe au Koweït où, il y a trois mois, j’ai présenté aux autorités une carte dans laquelle figuraient les différentes trajectoires que pourraient utiliser les bombardiers israéliens. Mais à ma connaissance, cette question n’a jamais été évoquée directement entre les monarchies du Golfe et Israël. En revanche, il existe aujourd’hui une coopération en termes de renseignements, du moins des échanges de points de vue. Ce qui est discuté, ce sont par exemple l’entrainement de cellules terroristes depuis l’Iran ou l’Irak, les éventuelles cibles israéliennes à l’étranger et les activités du Hamas.

Reprise de la coopération militaire avec la Géorgie?

19 septembre 2010

tsahal Zeev Elkin, chef du groupe parlementaire Likoud à la Knesset – la formation de Benyamin Netanyahou – a averti qu’Israël pourrait reprendre ses ventes d’armes à destination de la Géorgie si la Russie poursuivait sa coopération militaire avec la Syrie. Pour rappel, l’Etat hébreu, via des sociétés privées, avait largement soutenu les forces armées géorgiennes avant que n’éclate la guerre en Ossétie du Sud (août 2008).

Cette collaboration avait éclaté au grand jour après qu’il s’ est avéré que des drones israéliens Hermes-450 avaient participé aux combats contre l’armée russe. Par crainte d’une crise diplomatique avec la Russie, Israël avait alors décidé d’interdire toute fourniture d’armes issues de son industrie militaire à la Géorgie.

La déclaration de Zeev Elkin survient au moment où Moscou s’apprête à livrer au régime de Damas des missiles de croisière P-800, une arme anti-navale qui, selon les responsables israéliens, pose une menace stratégique à la marine de Tsahal d’autant qu’elle pourrait rapidement atterrir entre les mains du Hezbollah.

Depuis plusieurs années, la Russie est considéré comme l’un des principaux pourvoyeurs d’armes de la Syrie. Dernièrement, elle a ainsi conclu plusieurs contrats d’envergure, incluant la vente de chasseurs Mig-29 et Mig-31, ainsi des systèmes anti-aériens Pantsir S1E. Le montant des ces différentes transactions serait proche d’un milliard de dollars.

La brigade Kfir redéployée à la frontière nord

31 août 2010

Kfir Si la nouvelle est presque passée inaperçue dans la presse, elle a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans les milieux militaires. Kfir, considérée la plus importante unité de l’armée israélienne, devrait se retirer des territoires palestiniens courant 2011. Elle avait été créée à la fin de la première Intifada pour mener exclusivement des opérations de guérilla urbaine.

Cette décision a été prise après une série de concertations entre le colonel Oren Abman, commandant de la brigade Kfir, et le général Avi Mizrahi, chef du commandement centre dont l’autorité s’exerce sur toute la Judée-Samarie (Cisjordanie).

Kfir – qui signifie lionceau en hébreu – sera désormais rattaché aux unités d’infanterie classiques de l’armée : Golani, Nahal et Givati. D’après plusieurs officiers supérieurs de Tsahal, l’objectif est de parvenir à un redéploiement rapide de la brigade le long de la frontière nord et de « la préparer à la grande guerre ».

Dans les prochains mois, les soldats de Kfir seront donc associés à toutes sortes d’exercices combinés avec l’aviation, les tanks et l’artillerie. Ses entraînements seront adaptés aux types de cible que l’armée israélienne est susceptible de rencontrer au Liban et en Syrie. Symbole de ce changement tactique : les Kfir abandonneront leur M-16 au profit du Tavor, le nouveau fusil-mitrailleur israélien.

L’état-major de Tsahal souhaite que l’expérience acquise par cette brigade en territoire palestinien puisse servir sur d’autres théâtres d’opérations, comme au Sud-Liban où la ceinture de villages chiites a été convertie en une immense base arrière du Hezbollah.

L’unité Kfir regrouperait aujourd’hui 6000 hommes issus des troupes régulières, un contingent réparti en 6 bataillons dont chacun se voit attribuer la responsabilité d’une ville palestinienne et de ses environs : Nahshon (Tulkarem et Qalqilya), Shimshon (Bethléem), Lavi (Hébron), Dukhifat (secteur de Ramallah), Haruv (Naplouse) et enfin Netzer Yehuda (Jénine), dont la particularité est qu’il se compose d’appelés juifs orthodoxes.

Une nouvelle réalité sur le terrain
Cette réorientation des Kfir s’explique pour plusieurs raisons. D’abord, l’accalmie sécuritaire retrouvée dans les territoires palestiniens. Depuis l’opération « Rempart » menée en 2002, puis l’édification d’un mur de séparation, les attentats anti-israéliens sont en baisse drastique.

En se repositionnant autour des localités de Cisjordanie, Tsahal a également empêché la reconstitution de groupes armés comme le Tanzim, la branche armée du Fatah, très actif au moment de la deuxième Intifada. Chaque nuit, l’armée israélienne appréhende des dizaines de suspects palestiniens qu’elle délivre ensuite au Shabak, les services de renseignements intérieurs. La brigade Kfir serait d’ailleurs responsable de 70% de ces arrestations.

L’entrée en fonction du Premier ministre palestinien Salam Fayyad a confirmé cette tendance au calme. Soucieux de jeter les bases d’un Etat indépendant d’ici août 2011, le nouvel homme fort de la Mouqa’taa a mis fin à des années d’anarchie dans les territoires, dissuadant son peuple de tout soulèvement, y compris au plus fort de l’offensive israélienne à Gaza en 2009.

Sa priorité concerne à présent les nouvelles forces de police palestiniennes, soit six bataillons de 500 hommes fraîchement formés par le général américain Keith Dayton, qu’il souhaite voir opérer librement à l’extérieur des villes de Cisjordanie.

La menace du nord
Le retrait qu’entamera prochainement la brigade Kfir des territoires palestiniens ne signifie pas que Tsahal n’y sera plus actif. Il répond en réalité au risque d’une escalade d’envergure à la frontière nord d’Israël qui pourrait dégénérer en un conflit ouvert avec le Hezbollah et la Syrie.

Pour nombre d’experts de la région, il ne fait désormais guère de doutes que la prochaine guerre est une question de temps. Elle nécessitera, coté israélien, le recours rapide à l’infanterie pour pénétrer en profondeur les territoires syriens et libanais, seul moyen de mettre fin aux tirs de missiles et d’artillerie qui frapperont durement l’Etat hébreu.

Face à cette perspective, l’état-major – qui passera bientôt sous le commandement de Yoav Galant – a besoin de forces supplémentaires capables de suppléer les unités d’infanterie traditionnelles de Tsahal. Telle sera la nouvelle mission de la brigade Kfir.

Un nouveau système LRM pour l’armée de terre

20 août 2010

Missile Jumper Alors que le risque d’un conflit avec le Hezbollah reste toujours élevé, l’armée israélienne poursuit la modernisation de ses effectifs. Après l’achat de 20 chasseurs furtifs F-35 et une option prise pour 50 autres après 2015, c’est l’artillerie de Tsahal qui va faire l’objet d’un traitement de faveur.

Le budget actuellement établi par l’armée, sous l’égide de son département de planification, prévoit de doter les forces terrestres d’un nouveau système LRM (Lance-roquettes multiples) à partir de 2011.

Tsahal s’est adressé à IMI (Israel Militaries Industries) qui vient de mettre au point Accular, un missile de 60 mm à guidage GPS d’une portée de 40 km, conçu spécifiquement pour l’attaque de radars, de positions d’artillerie, de postes de commandement et de bases militaires.

D’après les résultats de tests effectués en février dans le sud du pays, Accular serait doté d’une précision de 10 mètres qui correspond aux caractéristiques d’une arme de saturation et paralyse les mouvements ennemis.

Accular est déployé depuis un lanceur Lynx, un système de pointe développé par IMI dont la particularité est qu’il peut tirer simultanément plusieurs types de missiles tactiques (Grad, Lar, Extra), ainsi que des missiles de précision (Delilah). En outre, il n’a besoin que de quelques minutes pour recharger.

Avec ce lance-roquettes multiples, l’armée israélienne accentuera sa capacité de frappe en profondeur, y compris depuis une zone de combat. D’ores et déjà, Tsahal prévoit la création prochaine d’une unité de coordination entre l’artillerie et l’armée de l’air. Celle-ci devra définir en priorité une nouvelle répartition des cibles stratégiques à viser en cas de conflit.

Par ailleurs, IAI (Israel Aerospace Industries) développe Jumper, un autre missile destiné cette fois aux troupes d’infanterie. D’une portée de 50 kilomètres, facilement transportable, il est conçu pour opérer avec le Mosquito, un mini-drone de reconnaissance. Le Jumper est tiré depuis un lanceur 3×3.

20 chasseurs furtifs F-35 pour l’aviation israélienne

15 août 2010

Après une série de consultations avec des officiers de l’état-major de Tsahal, Ehoud Barak a finalement donné son accord pour l’achat de 20 chasseurs F-35 de conception américaine. Le montant de la transaction est estimé à 2,75 milliards de dollars, soit 96 millions de dollars par appareil. Celle-ci doit, au préalable, être approuvée d’ici fin septembre par le cabinet de sécurité, une instance composée des principaux ministres du gouvernement israélien.

Chasseur F35« Le F-35 permettra à Israël de maintenir sa supériorité dans les airs ainsi que son avancée technologique dans la région », a assuré le ministre israélien de la défense, dimanche, dans un communiqué.

Les premiers exemplaires de cet avion de combat devraient être livrés en 2015, au moment où l’Iran pourrait déjà être en mesure de fabriquer des ogives nucléaires. Mais ils ne seront opérationnels que deux ans plus tard, en 2017. Autant dire que si Israël se décide à intervenir militairement contre le programme nucléaire de Téhéran, il devra puiser dans sa flotte actuelle de F-15 et F-16.

Le contrat négocié avec le Pentagone porte sur l’acquisition de 20 exemplaires du F-35 qui resteront conformes à ceux actuellement utilisés par l’aviation américaine. Une option pour l’acquisition de 50 autres chasseurs-bombardiers figure également dans l’accord. Une fois levée, probablement après 2015, elle permettra à l’Etat hébreu d’installer des systèmes de sa propre industrie de pointe.

Israël est ainsi le premier pays étranger, en dehors des huit partenaires internationaux qui ont participé à la conception du chasseur, à conclure un accord pour l’achat de F-35, connu aussi sous le nom de « Joint Strike Fighter ».

Le contrat était en négociation depuis septembre 2008, lorsque le Pentagone avait donné son accord de principe à la vente de 25 F-35, avec une option portant sur 50 autres dans les années suivantes.

En juillet 2009, Israël avait pour sa part formulé une commande officielle estimée à 15,2 milliards de dollars. Les négociations se sont achevées le mois dernier, à l’issue d’une ultime rencontre à Washington entre Ehoud Barak et son homologue américain Robert Gates.

Tsahal s’équipera-t-il du F-35 ?

12 août 2010

Il s’agit sans conteste du dossier le plus complexe de ces dernières années entre le Pentagone et le ministère israélien de la défense. La livraison du F-35 semblait pourtant acquise puisqu’en juillet dernier, Israël avait transmis à son allié américain une commande ferme de 15,2 milliards de dollars. Mais depuis, les discussions autour du chasseur-bombardier n’en finissent pas.

Une série de désaccords a retardé la finalisation du contrat, en particulier l’entêtement de l’Etat hébreu à vouloir remplacer une partie des composants électroniques de l’avion furtif par des équipements de sa propre industrie militaire. Objectif : réduire le coût unitaire de chaque appareil, évalué à 140 millions de dollars.

Selon des sources officielles, les responsables américains auraient cédé à une partie des exigences israéliennes en rapport avec la technologie radar de l’appareil. Ce compromis a toutefois nécessité plusieurs déplacements d’Ehoud Barak à Washington, comme le mois dernier où il a rencontré son homologue Robert Gates.

Ces dernières heures, le ministre israélien de la défense a achevé ses consultations avec plusieurs hauts responsables de Tsahal. Il devait donc décider de donner son feu vert ou pas à l’achat d’une première série de 19 avions F-35 – pour un montant de 2,7 milliards de dollars – qui intégreront l’aviation israélienne fin 2015. Au préalable, sa décision devra être approuvée par le cabinet de sécurité, sous la direction du Premier ministre Benyamin Netanyahou.

Les premiers appareils livrés à Israël seront conformes à ceux utilisés dans l’US Air Force et ne connaitront que de très légères modifications. En revanche, les 50 autres, livrés après 2015, seront équipés de systèmes israéliens comme les écrans de contrôle situés à l’avant du cockpit et permettront le déploiement de missiles Python 5.

Gaby AshkenaziL’Etat hébreu est le premier pays étranger en passe d’obtenir des avions de combat F-35. Pour l’état-major de Tsahal, l’acquisition de F-35, soutenu par Gaby Ashkenazi, revêt une importance stratégique puisqu’il constitue l’ultime aspect du plan « Tefen » de modernisation des forces armées.

Il permettra surtout aux Israéliens de maintenir leur avance technologique sur les autres pays de la région, notamment l’Arabie Saoudite qui s’apprête à obtenir 84 nouveaux chasseurs F-15 Eagle, dernier fleuron de l’industrie aéronautique américaine.

Pourquoi la troisième guerre du Liban n’aura pas lieu… tout de suite

5 août 2010

Hassan Nasrallah Comme en 2006, l’incident survenu mardi à la frontière nord aurait du être l’élément déclencheur d’un nouveau conflit d’envergure entre Israël et son voisin libanais. Il n’en fut rien. En dépit de la gravité des faits, la mort d’un officier supérieur de Tsahal, tué dans une « embuscade préméditée de l’armée libanaise » dixit le général Gadi Eizenkott, la riposte aura été ferme mais limitée.

Outre la source des tirs, l’unique cible de l’aviation israélienne a été une caserne de vieux blindés M-113, située dans le secteur d’Aadaissé. Fait marquant, le Hezbollah choisissait de ne pas intervenir, du moins directement. Car les snipers qui ont initié l’attaque contre la patrouille israélienne appartiennent à la division 9 de l’armée libanaise, une unité composée essentiellement de musulmans chiites.

Indéniablement, cette escarmouche frontalière contredit toutes les analyses livrées jusqu’ici. Depuis plusieurs semaines, les experts de la région s’accordent à dire que les ingrédients sont réunis pour une nouvelle escalade et que la moindre étincelle suffirait à mettre le feu aux poudres.

Ils citent en premier lieu le réarmement de la milice chiite qui, en quatre ans, s’est allégrement poursuivi au mépris de la résolution 1701 de l’ONU. Aujourd’hui, l’organisation dirigée par Hassan Nasrallah a rebâti une force militaire trois fois plus importante que celle qui avait tant déstabilisé l’arrière front israélien lors de la dernière guerre.

Selon les renseignements de l’Etat hébreu, son arsenal s’élèverait à 40.000 roquettes et missiles, dont un tiers peuvent facilement atteindre Tel Aviv et le sud d’Israël, jusqu’à Dimona. Mais pour l’état-major de Tsahal, le casus belli réside moins dans la quantité d’armes du Hezbollah que dans son amélioration qualitative. Ainsi, profitant de la porosité de la frontière syro-libanaise et, surtout, du bon vouloir de Damas et Téhéran, celui-ci a acquis plusieurs centaines de missiles M-600 et de Scud, des engins particulièrement destructeurs pouvant être dotés de charges non conventionnelles.

De son coté, l’armée israélienne a dernièrement frappé un grand coup en dévoilant, photos et images satellites à l’appui, l’étendu du dispositif militaire que le Hezbollah avait mis en place au cœur même des villages du Sud-Liban : bunkers, unités mobiles, dépôts de munition et centres de commandements. Cette audacieuse opération de communication, qui a fait craindre un instant l’imminence d’une attaque préventive israélienne, ne doit être traduite à ce stade que comme une sérieuse mise en garde.

Sur le terrain, un dernier élément est venu toutefois s’ajouter au tableau : des accrochages à répétition entre des troupes de la FINUL et la population libanaise. En juillet, près de vingt-cinq incidents incluant des jets de pierre et des agressions physiques ont visé les casques bleus, habitués à plus de tranquillité dans l’exercice de leur mission. Ces tensions, plus ou moins orchestrées, prouvent que le Hezbollah s’impatiente et qu’il entend rester maître des lieux.

Sous pression, la milice chiite pourrait évidemment être tentée de faire diversion, d’autant qu’elle redoute les conclusions de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Même si ses responsables accusent Israël d’en être le commanditaire, c’est bien le Hezbollah qui est pointé du doigt, comme le prouverait l’enregistrement de plusieurs conversations téléphoniques au moment des faits.

Mais de toute évidence, un conflit n’est pas encore d’actualité. D’une part, au motif qu’Israël et le Liban enregistrent leur plus forte saison touristique de ces dernières années. Une interruption brutale de cette embellie estivale aurait des conséquences désastreuses, aussi bien sur le plan économique que humain. D’autre part, il semblerait que les velléités du Hezbollah soient volontairement contenues par l’Iran.

Malgré le vote d’un nouveau volet de sanctions internationales, le régime de Téhéran entend poursuivre ses ambitions nucléaires et annonce chaque semaine de nouvelles avancées vers son but. En agissant de la sorte, il sait pertinemment qu’il s’expose de plus en plus à une attaque américaine ou israélienne contre ses installations. L’Iran se tient donc prêt à agir ou répondre militairement. Dans l’éventualité d’une guerre, plus proche qu’on ne le croit, le Hezbollah sera un atout de choix pour enflammer la région. Pour l’heure, il fourbille donc patiemment ses armes.

Le Congrès américain débloque 422,7 millions de dollars pour la défense d’Israël

31 juillet 2010

Congrès US La coopération militaire israélo-américaine confirme ses bonnes tendances actuelles. Une semaine après la signature d’un nouvel accord de défense portant sur le développement du système Arrow 3, on en sait un peu plus sur l’ampleur de l’engagement financier pris par les Etats-Unis. En 2011, près de 422,7 millions de dollars seront déboursés en faveur d’Israël et de son bouclier antimissile.

La commission d’appropriation du Sénat, connue pour être l’une des instances parlementaires les plus influentes à Washington, prévoit d’adapter son aide conformément au dispositif mis au point par l’armée israélienne. Ainsi, grâce à l’intervention du président Barack Obama, 205 millions de dollars serviront à la production de huit nouvelles batteries du système Iron Dome (Coupole de fer), conçu pour intercepter les roquettes de courte portée (4 à 70 kilomètres).

95,7 millions de dollars seront injectés dans le programme David’s Sling (Fronde de David), un système anti-missile toujours en cours de développement dans les hangars de Rafael. Opérationnel en 2013, il permettra de neutraliser les roquettes dont le rayon d’action s’étend de 70 à 250 kilomètres. David’s Sling connaîtra une première série de tests dans les prochaines semaines.

Une partie de ces fonds servira également au perfectionnement de missiles anti-balistiques. Ce processus a déjà été entamé par l’armée de l’air israélienne puisqu’en, mai dernier, celle-ci annonçait avoir achevé la modernisation de dix batteries du système Patriot. Désormais, le PAC-2 (Patriot Advanced Capabality) est équipé du GEM, un missile à guidage avancé qui augmente considérablement les capacités d’interception du système israélien de défense anti-aérienne.

Enfin, avec 108,8 millions de dollars, la part du lion revient au système Arrow-3, ultime version d’un système répondant spécifiquement à la menace balistique et dont le développement a nécessité jusqu’ici un milliard de dollars d’investissement. Financé en grande partie par les Etats-Unis, le projet associe deux géants du monde aéronautique : IAI et Boeing. Depuis 2003, les deux constructeurs ont décidé de confier la confection de pièces détachées du missile à près de 150 entreprises américaines parmi lesquelles Raytheon.

Si cette loi de dépenses doit encore attendre d’être validée par les deux chambres du Congrès – probablement à la rentrée parlementaire de septembre -, elle réjouit d’ores et déjà responsables américains et israéliens. Très actif dans sa promotion, le sénateur du New Jersey Steve Rothman affirme que ses homologues « comprennent l’importance d’être à la pointe de la technologie antimissile, non seulement pour protéger nos citoyens et soldats (américains), mais aussi ceux de nos alliés comme l’Etat d’Israël ».

Dernier point, ce financement de 422,7 millions de dollars viendra s’ajouter à l’aide militaire globale fournie par les Etats-Unis à l’Etat hébreu. En vertu d’un protocole d’accord signé par l’ancien président Georges W.Bush, elle est aujourd’hui estimée à près de 3 milliards de dollars par an et représente un tiers du budget de l’armée israélienne.

Marine israélienne: pourra-t-elle tenir le cap ?

21 juillet 2010

Au moment où le chef d’état-major de Tsahal, Gaby Ashkenazi, achève une importante visite en Italie et en France, marquant un resserrement de la coopération militaire entre ces deux pays et Israël, une bien mauvaise nouvelle lui est parvenue en provenance d’Allemagne.

Marine de Tsahal croisant au large D’après le très sérieux Defense News, Berlin aurait renoncé au financement d’un important contrat avec la marine israélienne. Le magazine précise que l’accord, convenu il y a quelques mois pour un montant de 1,6 milliards de dollars, comprend la livraison d’un sixième sous-marin « Dolphin » à Israël, de même que deux navires de guerre de type « Meko ». A l’origine, l’Allemagne s’était pourtant engagée à financer un tiers de cette somme.

Officiellement, des responsables militaires allemands justifient cette décision brutale par des difficultés économiques. Malgré l’intervention récente du Premier ministre Benyamin Netanyahou, la chancelière allemande Angela Merka n’a pas cédé. Elle a opposé une fin de non recevoir à sa nouvelle demande de financement. Depuis le 7 juillet, date de la dernière réunion entre négociateurs allemands et israéliens sur ce dossier, les contacts auraient été suspendus.

Les nouvelles capacités de la marine israélienne
Cette affaire porte assurément un coup aux ambitions de la marine israélienne, qui se trouve pourtant en pleine phase de modernisation. Ainsi, en plus des trois corvettes « Sa’ar 5 » – dont la réception est prévu pour 2011 -, Tsahal tente à l’heure actuelle de bâtir une flotte de défense anti-aérienne véritablement unique au monde. Cette dernière entend s’appuyer notamment sur le missile mer-air Barak-8, capable d’intercepter toute sorte de cible dans un rayon de 70 kilomètres : drones, avions de chasse et roquettes.

L’acquisition de la frégate multi-rôle Meko CSL est étroitement liée à cette nouvelle stratégie. Celle-ci intègre d’abord toutes les dernières technologies des industries navales allemandes et européennes. Inspiré du A-100, ce navire modulable et furtif dispose aussi d’une envergure plus large, notamment au niveau de sa plate-forme. Il peut transporter jusqu’à 75 membres d’équipage, mesure 108 mètres de long et peut rester opérationnel en mer pendant 21 jours.

Pour Israël, le Meko CSL dispose d’un autre avantage majeur : son espace, qui facilite l’installation du radar MF-STAR, toujours en cours de développement chez Elta. Conçu pour les frégates de dernière génération, ce système de 7 tonnes assure un balayage électronique tridimensionnel tout autour du navire, à basse comme à haute altitude. Polyvalent, il intègre et active simultanément des systèmes d’attaque et de défense, offrant un bouclier imparable au navire.

Par ailleurs, certaines sources laissent entendre que des systèmes anti-balistiques « Arrow-2 » pourraient être déployés dans les futurs navires de Tsahal. Avec de tels armements, l’Etat hébreu pourra assurer sa défense à une distance beaucoup plus éloignée de ses frontières, dans les eaux internationales.

Les sous-marins « Dolphin », un atout régional
Dans le contexte de tension avec l’Iran qui peut aboutir à un conflit d’envergure, le volte-face du gouvernement allemand risque également de peser lourd sur un autre élement: la force sous-marine de Tsahal .

En 2005, Israël avait fait commande de trois « Dolphin » pour un montant de 1,3 milliard de dollars dont un tiers est censé avoir été financé par le gouvernement allemand. Fin septembre 2009, les chantiers navals HDW de Kiel, au nord de l’Allemagne, ont achevé la construction de deux des sous-marins.

Au total, la flotte sous-marine israélienne devait donc prochainement passer à six engins puisqu’en 1999, l’Allemagne avait déjà livré trois sous-marins « Dolphin » à l’Etat hébreu. A l’époque, le chancelier Hemut Kohl souhaitait se racheter de l’implication de firmes allemandes dans la production d’armes chimiques et de missiles « Scud » irakiens. Au cours de la Guerre du Golfe en 1991, 37 d’entre eux avaient frappé le territoire israélien.

Au contraire des trois premiers, les nouveaux « Dolphin U-212 » possèdent une cellule de carburant avec un système indépendant de propulsion de l’air, qui leur permet de rester sous l’eau plus d’une semaine sans faire surface.

Ces sous-marins sont également pourvus d’une nouvelle technologie de propulsion qui combine un système classique (moteur diesel et batterie acide-plomb) et un système de propulsion anaérobie, utilisé pour une navigation lente et silencieuse.

Les réservoirs de carburant du « Dolphin » ont par ailleurs été élargis, permettant au sous-marin d’opérer sur un rayon d’action de 10.000 kilomètres et de rester en mer pendant près de cinquante jours.

Sur requête israélienne, aux six tubes de lancement de 533 mm pour les missiles de croisière de courte portée, le constructeur allemand HDW a aménagé dans chaque sous-marin quatre autres tubes de 650 mm, pour les missiles de croisière nucléaires de longue portée.

La marine israélienne les aurait équipés de « Popeye Turbo », pouvant atteindre un objectif à 1.500 kilomètres de distance. En 2002, un test aurait même été mené avec succès au large du Sri Lanka.

Les « Dolphin » sont enfin des sous-marins extrêmement automatisés et informatisés dont l’équipement électronique est fourni par les firmes israéliennes Tadiran, Israel Air Industry, Elisra, Elbit et Rada.

Selon les experts militaires, l’un des trois sous-marins fournis par l’Allemagne est gardé pour la navigation en Mer Rouge et Golfe Persique, l’autre en Méditerranée, tandis que le troisième restera en réserve.

Nouveau test réussi pour le Iron Dome

15 juillet 2010

L’armée israélienne vient de franchir un pas supplémentaire vers le déploiement du système « Iron Dome » (Coupole de fer). Ces derniers jours, le bouclier antimissile a passé avec succès une ultime série de tests qui devraient le rendre opérationnel dans les toutes prochaines semaines.

Iron Dome: tir diu missile TamirLes essais ont été conduits par le constructeur Rafael dans une base militaire du Néguev, en coopération avec le ministère de la défense. Confronté à plusieurs barrages simultanés de roquettes Kassam et Grad – présentes dans l’arsenal du Hamas et du Hezbollah – le système a parfaitement su réagir, tant au niveau de la phase de détection que d’interception. Doté d’un radar intelligent conçu par Elta, il a également ignoré les missiles se dirigeant vers des zones non peuplées.

Une unité DCA de l’armée de l’air israélienne est actuellement formée au maniement du « Iron Dome » et s’entraînerait sur divers prototypes. Selon toute vraisemblance, la première batterie devrait être déployée le long de la frontière avec la bande de Gaza et non à la frontière nord. Elle sera en mesure d’intercepter les roquettes d’une portée de 4 à 70 kilomètres, ainsi que les obus de mortier de 155 millimètres.

Ce jeudi, le magazine Defense News rapporte que l’armée indienne se montrait particulièrement intéressée par l’acquisition d’un tel système. Des négociations pour l’achat de plusieurs batteries seraient même en cours avec les responsables israéliens. New Delhi souhaiterait également se procurer le système « David’s Sling » (fronde de David), technologiquement proche du « Iron Dome » mais conçu pour parer aux missiles dont le rayon d’action s’étend de 70 à 250 kilomètres.

Après les Etats-Unis qui cherchent un moyen d’assurer la défense de leurs bases militaires au Moyen-Orient, l’Inde est le deuxième pays à se manifester officiellement auprès de Rafael. Le coût du « Iron Dome » est actuellement estimé à 20 millions de dollars pièce.

Israël dévoile le dispositif militaire du Hezbollah

8 juillet 2010

Près de quatre ans jour pour jour après le déclenchement de la deuxième guerre du Liban, l’armée israélienne vient certainement de réussir une brillante opération de communication. Mercredi soir, Tsahal a révélé l’emplacement de plusieurs dizaines de positions du Hezbollah au Sud-Liban, prouvant qu’elle surveillait de près les 200 villages situés entre la frontière nord de l’Etat hébreu et le fleuve Litani.

Patrouille de la FINUL Les informations récoltées par les renseignements militaires israéliens (Aman) sont l’aboutissement d’un impressionant travail de fourmi. Elles proviennent de cartes et d’images satellite, mais aussi de photos prises depuis divers postes d’observation et caméras de surveillance. Pour Israël, il ne fait plus aucun doute que le Hezbollah se prépare activement à un conflit d’envergure et parachève le déploiement de ses forces à l’intérieur même des localités du Sud-Liban.

« Désormais, un incident peut se produire demain comme dans un an, avertit le colonel Ronen Marley, commandant des forces israéliennes sur le flanc ouest de la Galilée. Je pense que ça arrivera par surprise. Ce qui nous importe, c’est d’être prêt au moment voulu ».

D’ores et déjà transmises aux responsables de l’ONU à New York, les preuves se focalisent essentiellement sur le village de Khiam, à tout juste 20 kilomètres au nord de Kyriat Shmona. Au milieu d’habitations et d’infrastructures civiles (hôpitaux, écoles), on y distingue des bâtiments qui sont respectivement présentés comme des bunkers, des postes de commandement et des caches d’armes.

A certains endroits, certaines photographies extrêmement précises laissent même apparaître des charges de type EEI (engins explosifs improvisés), généralement utilisées par les guérillas en zone urbaine.

A l’instar des autres villages chiites qui jalonnent le Sud-Liban, Khiam est interdit d’accès aux troupes de la FINUL. Et pour cause : l’armée israélienne affirme que 90 miliciens du Hezbollah y sont déployés de façon permanente. Ils assurent la logisitique et se tiennent prêts, si besoin, à contenir toute incursion de l’infanterie de Tsahal. Au total, l’organisation pro-iranienne disposerait de 20.000 hommes, dont un tiers ont été directement formés par les gardiens de la révolution islamique.

Sur le plan militaire, le Hezbollah se décline en trois divisions, chacune comportant une dizaine de bataillons répartis sur l’ensemble du territoire du Sud-Liban. Une unité regroupe de 20 à 200 combattants et contrôle une quinzaine de villages au sein desquels sont stockés des centaines d’obus de mortiers, de missiles antichar, ainsi que des roquettes de courte et longue portée.

En dépit du vote de la résolution 1701, l’arsenal chiite a été multiplié par trois depuis l’été 2006. Il atteindrait aujourd’hui 40. 000 roquettes. En janvier dernier, des missiles M-600, inspirés des Fateh-110 iraniens, ont été déployés au Liban. D’une portée de 250 km, ils placent 60% territoire israélien à portée du Hezbollah. A l’inverse des Katyoucha, les M-600 disposent d’un système de guidage qui leur permet de viser avec précision des sites stratégiques, militaires et civils.

Les révélations israéliennes interviennent au moment où la tension semble être montée d’un cran entre le Hezbollah et la FINUL. Le week end dernier, des villageois libanais s’en sont violemment pris à une patrouille de Casques bleus français. Deux soldats du contingent ont été blessés, tandis que leur commandant s’est fait molester par la foule avant que son arme ne lui soit dérobée. L’intervention de l’armée libanaise a mis fin à la confrontation.

Suite à cet incident et à une série d’autres occasionnés par des manœuvres de la FINUL, le Hezbollah a adressé une mise en garde à la force onusienne, l’accusant d’outrepasser sa mission.

Israël s’opposerait à un important contrat militaire entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite

4 juillet 2010

F-15 EAGLE D’après une source sécuritaire relayée ce dimanche par le quotidien Haaretz, Israël tenterait d’empêcher la conclusion d’un vaste contrat d’armement entre Washington et Riyad. Il porte sur la livraison de plusieurs dizaines de chasseurs-bombardiers F-15, ainsi que la modernisation de 150 appareils du même type qui figurent déjà dans la flotte aérienne du régime wahhabite.

Même s’ils n’ont pas été mentionnés devant la presse, les contours de l’accord auraient été finalisés la semaine dernière, lors d’une rencontre au sommet entre le roi Abdallah et le président américain Barack Obama. Soucieux de renforcer sa posture face à la menace iranienne, Obama aurait accepté de livrer 72 avions F-15 Eagle au royaume saoudien.

Les protestations israéliennes ont été émises le mois dernier et risquent d’être renouvelées mardi, à l’occasion de la visite à la Maison Blanche de Benyamin Netanyahou. Le Premier ministre israélien doit notamment y rencontrer le président Barack Obama et plusieurs autres responsables de son administration.

Le 21 juin, lors d’un entretien à Washington avec le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, et le conseiller à la Sécurité nationale, le général Jim Jones, le ministre israélien de la défense Ehoud Barak avait déjà exprimé ses réserves au sujet de la vente d’armements sophistiqués à l’Arabie Saoudite. L’Etat hébreu craint un bouleversement de l’équilibre militaire régional, notamment sur le plan aérien.

Par le passé, une polémique similaire avait déjà éclaté avec Israël après que les États-Unis aient fourni près de 2.700 missiles anti-chars Tao-2 à Riyad. Ce type de projectile, qui fait aussi partie de l’arsenal israélien, est capable de perforer le blindage de la plupart des chars qui existent aujourd’hui, y compris le Merkava IV s’il n’est pas équipé du bouclier magnétique Trophy.

Au début de l’année, le JNSA (l’Institut Juif pour les affaires de sécurité nationale) affirmait dans un rapport que le paradigme du Qualitative Military Edge, qui garantit jusqu’ici à Israël une supériorité technologique sur les autres puissances militaires du Moyen Orient, était désormais clairement menacé.

Ces derniers mois, le Pentagone a signé une impressionnante série de contrats militaires avec des pays membres de la Ligue arabe : au total, 10 milliards de dollars répartis entre l’Egypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Koweït, le Maroc et les Emirats arabes unis.

Principale bénéficiaire de ces accords, le Caire a obtenu la livraison prochaine de 24 chasseurs F-16 de type C et D, d’hélicoptères de combat, de missiles air-sol Hellfire et de quatre batteries de missiles de croisière Harpoon II.

L’appareil sécuritaire israélien se prépare au grand ménage

1er juillet 2010

« Soldats, les cieux du Moyen-Orient que vous rencontrerez à bord de votre avion abondent de menaces proches et lointaines. Les tentatives de délégitimation d’Israël, menées par plusieurs pays et organisations terroristes, prouvent que dans cette lutte, seule une armée forte, s’appuyant sur une puissante force aérienne, peut faire face à ces défis. Cette période sensible que nous traversons fait peser sur nos épaules une plus lourde responsabilité ».

Gaby Ashkenazi Bien plus que quelques mots solennels, il y avait comme un passage de témoin dans l’allocution du général Gaby Ashkénazi, prononcée jeudi après-midi à Hatzerim, l’une des plus grandes bases aériennes de Tsahal. Le chef d’état-major israélien assistait à la cérémonie récompensant les cadets de l’école de l’armée de l’air, la dernière de son mandat. En février 2011, Gaby Ashkenazi sera probablement remplacé par l’un des généraux qui l’entourent actuellement.

Pour l’heure, deux candidats paraissent bien placés pour lui succéder : son second, le général de division Benny Gantz, ainsi que le chef du commandement sud, le général Yoav Galant, artisan de l’opération « Plomb durci », menée contre le Hamas en janvier 2009. Deux autres prétendants pourraient également se joindre à cette course : Gadi Eizenkot, qui dirige le commandement nord, considéré comme un « dur », et le général de réserve Moshe Kaplinsky, CEO de l’entreprise Better Place au coté de Shaï Agassi, qui a déjà officié comme adjoint au chef d’état-major pendant la deuxième guerre du Liban.

Dans le contexte régional actuel, marqué par un risque d’escalade à la frontière nord et de nombreuses incertitudes autour du « problème » iranien, le retrait prochain de Gaby Ashkenazi n’apparaît pas des plus judicieux. Loin de faire consensus, il serait lié à des querelles autour d’Ehoud Barak et de sa gestion trop personnelle des affaires sécuritaires du pays. En avril dernier, le ministre de la défense a refusé de prolonger le mandat de Gaby Ashkenazi à la tête de Tsahal. Les deux hommes seraient depuis en conflit ouvert.

Plusieurs sources militaires israéliennes ont récemment déploré l’absence de vision stratégique d’Ehoud Barak et du Premier ministre Benyamin Netanyahou, notamment pour ce qui est des orientations futures à donner à l’armée et aux différents corps du renseignement. Les deux principales figures du gouvernement auraient choisi d’évincer tout responsable en désaccord avec leurs décisions.

Outre Gaby Ashkenazi et l’état-major de Tsahal, c’est la totalité de l’appareil sécuritaire israélien qui s’apprête à faire peau neuve dans les prochains mois. Tout comme Gaby Ashkenazi, le patron du Mossad Méïr Dagan s’est vu refusé une prolongation de son mandat.

En fonction depuis 2002 et crédité de plusieurs « succès » opérationnels, Dagan paye les conséquences diplomatiques désastreuses qui ont fait suite à l’assassinat à Dubaï de Mahmoud Al-Mabhouh, l’un des anciens leaders en exil du Hamas. A l’instar de la Grande-Bretagne, plusieurs pays occidentaux avaient vivement protesté contre l’utilisation de faux passeports européens par des agents des services secrets israéliens. Des diplomates de l’Etat hébreu avaient été expulsés.

D’ici mai 2011 au plus tard, Méïr Dagan devrait être remplacé par Youval Diskin ou Amos Yadlin, respectivement chefs du Shabak et des renseignements militaires, qui sont également annoncés sur le départ. A défaut d’être un casse-tête, ces successions en série pourraient donner lieu à un grand jeu de chaises musicales.

Lancement du satellite-espion Ofek-9

23 juin 2010

Lancement du satellite Ofek-7 « Il y a quelques minutes, l’Etat d’Israël a lancé le satellite Ofek 9 depuis la base de Palmahim (…) Les résultats de ce tir vont être examinés par nos équipes techniques ». Mardi soir, c’est en ces termes que le ministère de la Défense a annoncé laconiquement la mise en orbite d’un nouvel engin spatial « Made in Israël ».

Si aucun détail n’a été fourni sur la mission de ce satellite militaire, Ofek 9 se situerait dans la droite lignée de ses prédécesseurs : doté d’une précision accrue, il est en mesure de surveiller étroitement les activités iraniennes en produisant des clichés de très haute résolution.

La gamme de satellites Ofek est développée par le groupe « Israel Aircraft Industries » depuis la fin des années 80. Elle s’appuie notamment sur une fusée de type Shavit, dérivée du missile balistique Jéricho. Ces satellites ont comme particularité d’être les seuls au monde à pouvoir être lancés en orbite rétrograde. En cas d’échec, cela empêche la chute de débris en territoire ennemi.

Désormais, avec ce dernier lancement, l’Etat hébreu dispose de six satellites d’espionnage en service. Désireux de ne pas s’arrêter en si bon chemin, le gouvernement israélien pourrait injecter 300 millions de dollars supplémentaires pour permettre la poursuite d’activités de recherches spatiales au cours des cinq prochaines années.

Le lancement d’Ofek 9 intervient au moment où se trouve en Chine une importante délégation de l’armée israélienne menée par le général Yaïr Golan, commandant de la défense passive. Arrivé dimanche soir, le groupe d’officiers de Tsahal a d’ores et déjà achevé une série de rencontres avec des hauts responsables de l’armée chinoise.

Sur fond d’une relance de la coopération militaire entre les deux pays, la question du programme nucléaire iranien aurait été largement évoquée. Israël souhaite obtenir l’assurance d’un ralliement total de Pékin au dernier volet de sanctions imposées au régime de Téhéran par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Cette visite officielle a été précédée par celle, il y a deux mois, du chef des renseignements militaires israéliens Amos Yadlin. Le général avait remis à ses homologues chinois des informations sur les progrès réalisés par l’Iran en vue de la fabrication de l’arme nucléaire

Fortunes diverses pour les drones israéliens

17 juin 2010

Heron Bonne nouvelle pour l’IAI (Israel Aerospace Industries). La police brésilienne a décidé de passer à 14 sa commande de drones au géant aéronautique israélien. L’accord – révélé en marge de l’Eurosatory qui se déroule actuellement à Paris – sera signé d’ici la fin de l’année par Luis Boanova Fiho, chef de la police fédérale.

Le Brésil possède déjà deux avions sans pilote de type « Heron » et souhaite obtenir la livraison des autres appareils d’ici 2014, année où il accueillera la Coupe du monde de football. Ce dispositif doit également lui servir en 2016 pour les Jeux Olympiques d’été dont il s’est vu confier l’organisation.

Selon des sources proches du ministère israélien de la défense, la transaction devrait rapporter entre 350 et 400 millions de dollars à l’IAI dont les activités au Brésil se sont intensifiées depuis un an et demi. En 2009, l’IAI y a établi une « joint venture » avec Synergy Group, propriété de l’homme d’affaires brésilo-colombien German Efromovitch.

Elbit reste néanmoins l’entreprise israélienne d’armements la mieux implantée au Brésil. En dix ans d’activités, elle a accumulé 750 millions de dollars de contrats locaux. La firme gère actuellement quatre projets qui nécessitent l’emploi de plusieurs centaines d’ingénieurs brésiliens dont certains ont été préalablement formés en Israël.

Incertitudes avec la Turquie
Dans le même temps, les relations militaires avec la Turquie continuent de se dégrader. Suite à la mort, le mois dernier, de 9 militants turcs à bord de la flottille humanitaire pour Gaza, Ankara a annulé la quasi-totalité des 16 accords de défense qui avaient été conclus avec l’Etat hébreu. Le plus important d’entre eux, un méga contrat de 5 milliards de dollars, devait permettre à l’armée turque d’acquérir 1000 tanks Merkava-3.

Sur le terrain des drones, la situation ne serait guère plus favorable. D’après le quotidien Zaman, la Turquie aurait décidé de remplacer ses « Heron » israéliens par des avions sans pilote de sa propre industrie militaire (Baykar), destinés principalement aux missions de reconnaissance et de surveillance.

Bien que les équipes d’instructeurs israéliens ont quitté le sol turc la semaine dernière, le ministère de la défense a apporté un ferme démenti à ces rumeurs. « Si la Turquie était en mesure de développer ses propres drones, elle n’aurait jamais fait appel à nous » estime un haut responsable israélien. Fin mars, la Turquie avait finalisé une transaction portant sur 10 « Heron », dont 6 ont déjà été livrés par Israël, tandis que les 4 autres le seront au mois d’août

Derrière l’actuelle crise diplomatique, l’establishment israélien est persuadé que l’armée turque reste foncièrement opposée à la politique du Premier ministre Recep Erdogan et qu’elle souhaite poursuivre sa coopération avec Tsahal.

Enfin, c’est avec la Russie qu’Israël connaît ses derniers déboires en matière d’aéronautique. Alors que les deux pays sont associés pour la production d’un drone silencieux, l’Etat hébreu aurait soudainement bloqué ce programme (3-400 millions de dollars) suite aux vives protestations exprimées par le Pentagone.

Les Israéliens seraient également réticents à transférer leur technologie de drone sur le sol russe, où la construction d’une usine destinée à la fabrication d’un prototype est en cours. Les relations ambiguës qu’entretient le Kremlin avec l’Iran ne seraient pas étrangères au volte-face israélien.

Toujours plus d’aide américaine à Israël

10 juin 2010

Au moment où les pressions s’accentuent sur Israël pour exiger la levée du blocus contre la bande de Gaza et la mise en place d’une commission d’enquête internationale chargée de faire la lumière sur l’abordage du Mavi Marmara, l’Etat hébreu semble, comme toujours, davantage préoccupé par sa sécurité.

Sur fond de tensions croissantes avec l’Iran et la Syrie, auxquelles se joignent de nombreuses craintes liées au réarmement du Hezbollah (missiles Scud, M-600), l’Etat hébreu souhaiterait obtenir la livraison de JDAM (Joint Direct Attack Munition), des bombes à guidage GPS produites par Boeing, plus connues sous l’appellation GBU (anti-bunker).

De tels projectiles, qui peuvent être larguées à 24 kilomètres de leur cible, avaient déjà été utilisés par Tsahal au cours de la deuxième guerre du Liban. Particulièrement destructreurs, ils ont visé à plusieurs reprises les installations du Hezbollah au sud de Beyrouth.

Barak en mission
Au cours d’une récente visite à Washington, le ministre de la défense Ehoud Barak s’est pour sa part adressé au Pentagone afin qu’il accepte de doubler ses stocks d’armes et de munitions en Israël. La valeur du matériel militaire américain sur le sol israélien pourrait donc très rapidement passer de 400 à 1,2 milliard de dollars.

Etats-Unis IsraëlDepuis plus d’un an, des discussions sont engagées entre responsables américains et israéliens de la Défense afin de déterminer le type d’armes qui seront entreposés dans les bases de Tsahal. Pour l’heure, ces dernières abritent essentiellement des véhicules blindés appartenant aux Marines, ainsi que des missiles, des pièces d’artillerie et du matériel anti-aérien.

A l’origine, ces stocks d’armes doivent uniquement servir aux forces américaines déployées dans la région et aux pays alliés. Un accord secret permettrait néanmoins à l’armée israélienne de puiser dans ces réserves en cas d’urgence. Il aurait été conclu par le général Ofer Wolf, qui commande le département logistique et technologique de Tsahal, et Andy Brown, directeur du département logistique du COMRAD, le commandement des forces américaines en Europe.

Les Etats-Unis ont commencé à stocker des armes en Israël au moment de la guerre du Golfe, en 1990. A l’époque, le montant des équipements américains entreposés n’excédait pas 100 millions de dollars. Israël n’est toutefois pas le seul pays bénéficiaire de cette pratique. Depuis le début des années 80, l’armée américaine achemine régulièrement des munitions dans les hangars militaires de la Corée du Sud.

L’aide militaire américaine en constante augmentation
Paradoxalement, en dépit des profonds désaccords constatés avec l’actuel gouvernement de Benyamin Netanyahou, le soutien militaire américain à Israël n’a jamais semblé aussi important. En décembre dernier, le président américain avait signé une loi de dépenses (« spending bill ») destinée au financement de plusieurs programmes israéliens de défense anti-missiles. Au total, 202 millions de dollars ont été mis à la disposition de l’Etat hébreu depuis le mois de janvier. Cette allocation entre dans le cadre du budget américain d’aide extérieure qui rapportera 3 milliards de dollars à Israël en 2010.

En nette augmentation par rapport aux années précédentes, ces fonds servent uniquement au développement de projets dans lesquels sont associées les industries militaires américaines. Ainsi, le système « Arrow 3 », qui associe Boeing et l’IAI (Israel Aerospace Industries), a bénéficié d’une manne de 50 millions de dollars.

Ces mesures s’accompagnent d’une autre bonne nouvelle pour l’establishment sécuritaire israélien. Il y a trois semaines, à la demande du président américain Barack Obama, le Congrès a accepté de financer intégralement dix batteries du système anti-roquettes Iron Dome (« Coupole de fer »), trop coûteux pour Israël. Les élus ont approuvé à une écrasante majorité un texte qui prévoit d’octroyer prochainement 205 millions de dollars supplémentaires à l’Etat hébreu.

Depuis la fin de la guerre de Kippour, Israël serait le premier bénéficiaire de l’aide militaire américaine. La loi sur l’attribution de l’aide extérieure, signée en 1990, permet à Israël de percevoir cette aide en un seul versement, le premier mois de l’année fiscale en cours. La somme allouée peut également être investie aux Etats-Unis.

En août 2007, l’aide militaire fournie par les Etats-Unis à Israël a été augmentée de 25%, en vertu d’un protocole d’accord signé par l’ancien président Georges W.Bush. Aujourd’hui estimée à près de 3 milliards de dollars par an, elle représente un tiers du budget annuel de l’armée israélienne et du ministère de la Défense.

Israël-Turquie: la fin probable d’une grande aventure militaire

5 juin 2010

Chasseur-bombardier de l'aviation israélienne La mort, la semaine dernière, de 9 activistes turcs à bord du ferry Mavi Marmara qui faisait route vers Gaza a probablement sonné le glas de l’alliance stratégique entre Jérusalem et Ankara. La Turquie cherche désormais un nouveau partenaire pour son industrie militaire. « Nos relations bilatérales ne seront pas complètement gelées mais réduites au strict minimum », a averti le vice-Premier ministre turc Bulent Arinc.

Dans l’immédiat, après avoir rappelé au pays son ambassadeur à Tel Aviv, la Turquie annulait trois entraînements conjoints prévus pourtant de longue date avec Tsahal. Cette semaine, le MGK, le Conseil de sécurité national turc, doit se réunir pour discuter des suites à donner à plusieurs contrats militaires en cours avec Israël. Selon toute vraisemblance, Ankara devrait décider d’honorer les accords déjà signés ou entamés, puis, dans un deuxième temps, de suspendre toute coopération militaire.

Pour l’Etat hébreu, qui aura bien du mal à se trouver un nouvel allié au Moyen-Orient, il s’agit d’une perte majeure dont l’Iran pourrait se servir pour renforcer son positionnement régional. A ce stade, seul un apaisement des tensions politiques avec la Turquie pourrait éviter une rupture totale. Le chef du gouvernement turc Recep Erdogan a posé ses conditions : une levée rapide du blocus contre la bande de Gaza qu’il serait d’ailleurs prêt à briser en personne… accompagné par sa marine !

Les échanges militaires israélo-turcs ne se limitent pas à de simples opérations d’import-export mais s’étendent aussi à des alliances pour la pénétration de marchés tiers. En Colombie, par exemple, le consortium IMI-Aselsan est engagé dans la vente à Bogota de chars M 60A1 améliorés.

Le groupe israélien IMI (Israel Military Industries) a ainsi mis au point l’électronique du tank, tandis qu’Aselsan effectuait l’assemblage. Le résultat est probant : un tank à la pointe de la technologie et deux fois moins coûteux que le Abrams américain, le Leopard allemand ou même le Merkava 4.

La détérioration des rapports israélo-turcs se fait déjà ressentir depuis plusieurs mois sur le plan militaire. Depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 du parti AKP (parti de la Justice et du Développement), défini comme islamo-conservateur, les responsables israéliens de la défense sont de plus en plus réticents à transférer des armements avancés à la Turquie.

Dernièrement, la livraison d’une dizaine de drones Heron a été conclue après de longs mois d’âpres négociations et de retards accumulés pour des raisons qui restent confuses. Idem pour la modernisation d’avions de combat F-4 et de tanks M-60. Ces contrats ont néanmoins rapporté des sommes juteuses à l’industrie militaire israélienne : 850 millions de dollars.

Autre illustration du refroidissement constaté depuis quelques années, l’armée de l’air turque a annulé sa participation au projet « LOROP » (Photographie oblique de longue portée), ainsi que le développement du drone Harpy-2, des programmes évalués respectivement à 38 et 40 millions de dollars.

D’après le ministre turc de la Défense Vedci Gonul, Israël et la Turquie sont actuellement liés par 16 accords militaires, notamment des entraînements conjoints. La coopération militaire entre les deux pays remonte au début des années 80 et a atteint son paroxysme en 1996, suite à la signature d’une alliance stratégique.

L’industrie aéronautique israélienne (IAI) présente le système Arrow-3

29 mai 2010

Simulation 3D de tir de missile Arrow Ce mercredi, au moment où les Israéliens étaient engagés dans un exercice de défense passive d’ampleur inégalée dans l’histoire de leur pays, l’IAI (Israel Aerospace Industries) saisissait l’occasion pour présenter son nouveau système Arrow-3. A la différence de ses prédécesseurs, 1 et 2, ce missile antimissile est capable d’intercepter des vecteurs ennemis à plus haute altitude, plus rapidement, et de modifier sa trajectoire en cours de vol.

Arrow-3 est l’ultime version d’un système conçu spécifiquement pour faire face à la menace balistique et dont le développement remonte à la fin des années 80. Financé en grande partie par les Etats-Unis, le projet associe deux géants du monde aéronautique : IAI et Boeing. Depuis 2003, les deux constructeurs ont décidé de confier la production de pièces détachées du missile à près de 150 entreprises américaines parmi lesquelles Raytheon.

Lockheed Martin figure lui aussi parmi les partenaires d’IAI et gère en particulier la technologie radar du missile. Il y a quelques années de cela, la société avait pourtant proposé à l’armée israélienne ses systèmes de défense antiaérienne Aegis – dont le lancement s’effectue depuis des navires – et THAAD (Terminal High Altitude Area Defense ), d’interception à très haute altitude.

Inbal Kreis, qui dirige le projet Arrow-3 en Israël, a récemment annoncé que les premiers tirs d’essai du missile étaient programmés pour 2011. En marge de la première conférence internationale de défense anti-balistique qui s’est tenue début mai à Tel Aviv, elle avait même affiché un optimisme débordant : « nos systèmes peuvent parer à toutes les menaces de la région. Notre défense est excellente et nous consacrons chaque heure de notre temps à tenter de l