FRANCE ISRAËL – SPECIAL JERUSALEM : INTERVIEW DE ANNE-MARIE IDRAC, la Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur.

Le 26 Octobre 2009

La Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, a représenté la France au " Facing tomorrow", surnommé le Davos israélien et qui a réuni à Jérusalem quelque 3000 personnalités, israéliennes et étrangères, des mondes de la politique, des finances, de l’industrie, de la sécurité, des universités, des centres de recherche et des médias.

En fin de semaine, elle a livré ses impressions lors d’une conférence de presse, à l’intention des correspondants de médias français, ainsi que des journalistes franco-israéliens.

Anne-Marie Idrac : J’ai été très impressionnée par les propos d’ouverture du président Pérès et du Premier ministre Netanyahou, notamment en termes de projection sur le développement écologique et partant, de suppression de la dépendance vis-à-vis du pétrole. J’ai été touchée par toutes ces vues extrêmement inspirées du président Peres concernant l’éducation, la santé, l’environnement. Les différents débats renforcent ce sentiment de très grande ouverture intellectuelle et je suis persuadée qu’il inspirera d’autres forums dans le monde.

MBA : Et qu’en est-il dans le domaine qui est le vôtre?

Anne-Marie Idrac: Alors, l’un des objectifs de ma mission était de travailler avec le gouvernement sur les moyens d’accroître la densité et le niveau de nos échanges économiques avec Israël.

Ceci concerne à la fois le commerce et les investissements vers Israël, mais aussi, je le souhaiterai, les investissements israéliens vers la France. Avec les ministres de l’Economie, des Infrastructures et le vice-ministre des Affaires étrangères, nous avons identifié que, pour concourir à cet objectif commun de l’accroissement des échanges, c’était le secteur des nouvelles technologies, et notamment les technologies de l’énergie qui pouvaient constituer la meilleure plate-forme.

Il y a déjà, dans ces domaines, de nombreux échanges académiques, entre chercheurs, entre universités, entre divers organismes. L’étape qu’il nous faut franchir, c’est de passer de la relation académique à la relation business, en termes d’investissement.

C’est pourquoi, dans la délégation, se trouve Monsieur Tordjman que, avec l’accord de la ministre de l’Economie, j’ai chargé voici quelques mois d’une mission spécifique consistant à promouvoir les relations entre les pôles de compétitivité françaises et les clusters israéliens ou les entreprises innovantes israéliennes, dans les champs du solaire, de l’eau, de certains secteurs écologiques liés à la mer (les algues par exemple) qui me semblent être tout à fait intéressants pour développer ce type de partenariat.

MBA : Mme la ministre, alors que les relations culturelles sont au beau fixe, ainsi que la coopération dans ce que l’on appelle le domaine sensible, tout se passe comme si les échanges économiques demeuraient en retrait. En avez-vous décelé les raisons ?

Anne-Marie Idrac : Je pense qu’il ne faut surtout pas verser dans l’analyse trop pessimiste. Les échanges sont aussi à la taille des marchés dont il s’agit. Les raisons pour lesquelles on n’arrive pas à passer à une dynamique à la hauteur de la dynamique politique, je dirais, comme Mr. l’ambassadeur l’a déjà spécifié en une autre occasion (NDLR: voir l’éditorial du 13 octobre), que l’on a beaucoup de mal à les comprendre. Après avoir pris évidement des contacts dans le cadre de ce voyage, avant mon départ, j’ai l’intention de travailler de manière beaucoup plus précise, à mon retour, là-dessus. Par exemple, j’ai fait l’expérience avec d’autres pays que lorsque l’on a une personnalité (un homme d’affaires reconnu et connaissant bien le pays) qui accepte de servir d’animateur d’équipe, de l’équipe de France dans le pays en question, l’efficacité est au rendez-vous. J’ai mis ce dispositif en place dans des pays aussi divers que le Mexique et le Kazakhstan.

Et je me dis que ce serait une bonne idée de se mettre à plusieurs pour identifier la personnalité du monde des affaires français qui pourrait être le meilleur animateur de ce genre de relations. Ce soir, l’ambassadeur organise un dîner à la résidence avec des hommes d’affaires implantés et je vais les cuisiner, si je puis m’exprimer ainsi, pour mieux comprendre, comme je l’ai fait en France, les raisons qui peuvent expliquer que l’on reste autour de un milliard trois cents d’échanges. Ce qui n’est pas mal, mais les deux parties pourraient mieux faire. Comme par exemple, côté français, où les investissements sont largement centrés sur l’immobilier. Ce serait certainement mieux s’il y avait d’autres Veolia, d’autres Renault.

MBA : Plus spécifiquement ?

Anne-Marie Idrac : Sans que l’on puisse identifier les projets un par un, mais disons que sur l’ensemble des sujets abordés, il se trouve que nos meilleurs pôles de technologie sont dans deux secteurs: l’énergie et le biotech, la santé. Il se trouve qu’Israël est particulièrement en pointe dans ces deux familles de secteurs.

Il y a vraiment des partenariats à conduire, tant sur le plan intellectuel, scientifique que sur celui des investissements. Nous sommes extrêmement intéressés par les dispositifs israéliens en faveur de la recherche.

D’ailleurs, nous essayons, à notre mesure puisque nous n’avons pas le même pourcentage d’investissements dans la recherche nationale, nous essayons nous aussi, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, de mettre en place des dispositifs de soutien, en particulier à travers l’outil fiscal en faveur de la recherche et de l’innovation qui est considéré comme l’un des meilleurs de l’OCDE.

Voilà. C’est dans ce domaine, à la fois technique et d’investissement conjoint, de fertilisation croisée comme on dit que je pense que nous pourrions développer. Il s’agit de beaucoup de projets qui concernent les PME.

Et là, ce n’est pas au gouvernement d’intervenir, de désigner telle ou telle entreprise, mais de faire en sorte que les échanges académiques qui ont lieu depuis longtemps, alors qu’en France on éprouve un peu de mal à passer de l’académique au développement, soient stimulés par la capacité d’Israël à fusionner entre les aspects scientifiques et les aspects économiques.