Jacques Bendelac
Les Pages Economiques de Jacques Bendelac
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem. Il a enseigné l’économie dans les universités françaises et israéliennes. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont « Israël à crédit », «L’Economie palestinienne », « La Nouvelle Société israélienne ». Ses recherches actuelles portent sur la société civile en Israël. Dernier ouvrage publié : « Les Arabes d’Israël » (Ed. Autrement, Paris, 2008).
LES MOUVEMENTS SOCIAUX MENACENT L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE: appel à la grève générale, paralysie de l’industrie agroalimentaire, débrayage des courtiers de Tel Aviv, etc.
Lundi 6 février 2012
C’est une semaine sociale chargée qui s’annonce pour l’économie israélienne: les syndicats lancent un appel à la grève générale pour mercredi, les salariés de l’industrie agroalimentaire paralysent les chaînes de production pour protester contre la concurrence déloyale d’Asie qui menace leur emploi, les brokers de la Bourse de Tel Aviv ont interrompu leur travail ce dimanche pour réclamer la baisse de l’impôt sur les plus-values boursières. En ce début de 2012, la bonne santé de l’économie israélienne a de plus en plus de mal à masquer les laissés-pour-compte de la croissance: les salariés intérimaires, les ouvriers à bas salaires et les travailleurs pauvres.
La Histadrout contre la sous-traitance
Les 400 000 salariés israéliens employés par l’intermédiaire d’une agence intérim sont au cœur de l’appel à la grève générale. Les syndicats exigent de mettre fin à la pratique de sous-traitance de certaines tâches, surtout dans le service public: les salariés intérimaires sont rémunérés au salaire minimum et qui ne bénéficient d’aucune garantie d’emploi. Alors que les négociations sociales sont dans l’impasse, la Histadrout a décidé de mettre sa menace de grève à exécution: ce mercredi, le pays sera paralysé par un arrêt de travail qui va toucher de nombreux secteurs de l’activité économique: fonction publique, municipalités, ports et aéroports (partiellement), santé, banques, Bourse, trains, etc.
En Israël, la sous-traitance est utilisée intensément dans deux secteurs principaux: le nettoyage et la surveillance. Ces dernières années, la pratique s’est étendue aux activités de secrétariat et aux services informatiques. Si les intérimaires étaient d’abord employés dans le secteur privé, ils sont aujourd’hui nombreux dans le secteur public: les ministères et municipalités utilisent beaucoup les services de sociétés d’intérim pour assurer le nettoyage de leurs locaux et la surveillance de leur porte d’entrée. La moitié des intérimaires se compose des nouveaux immigrants qui doivent se contenter du salaire minimum et qui méconnaissent leurs droits sociaux. Pour le commanditaire, ce système de sous-traitance est considéré comme souple et bon marché: la main d’œuvre est malléable à volonté et licenciable sans contrainte.
L’agroalimentaire contre la concurrence d’Asie
Les salariés du secteur de l’agroalimentaire sont inquiets pour leur emploi: c’est le rapport de la commission Kedmi qui a mis le feu aux poudres. Le directeur général du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Emploi, Sharon Kedmi, a dirigé une commission interministérielle qui recommande aujourd’hui la réduction des droits de douane sur toute une série de produits agroalimentaires importés de l’étranger; cette baisse des droits de douane (entre 40 et 80%) est supposée se répercuter sur les prix au détail. Par exemple: les droits de douane seront abaissés de 30% sur le thon et de 50% sur la volaille congelée; quant aux taxes douanières sur la viande de bœuf, elles passeront de 50 à 22% en quatre ans.
En ce début de semaine, ce sont les fabricants israéliens de conserves de thon (comme Starkist, Williger et Filtuna) qui passent à l’offensive: ils ont déclenché une grève pour protester contre l’intention du gouvernement de réduire des droits de douane sur le thon importé. Exceptionnellement, la direction et le personnel font front commun contre la suppression des droits de douanes qui menacent, selon eux, l’emploi des 500 salariés de la branche. Et si l’on considère l’ensemble de l’industrie agroalimentaire israélienne, ce sont plusieurs milliers d’emplois qui seraient remis en cause par la suppression des barrières douanières vis-à-vis des pays d’Asie.
Les courtiers contre l’impôt sur le capital
La grève des courtiers n’est soutenue par aucune organisation syndicale, et pour cause: l’augmentation de l’impôt sur les plus-values boursières est bien accueillie par la gauche de l’échiquier syndical et politique. En revanche, les courtiers estiment que la hausse de l’imposition (qui vient de passer de 20 à 25%) réduit la rentabilité des placements boursiers et porte atteinte à leur profession. Les courtiers de la Bourse de Tel Aviv (les “brokers”) ont donc décidé d’interrompre leurs activités ce dimanche: ils n’ont pas exécuté les ordres d’achats et de ventes de valeurs boursières transmis par leur clientèle.
Il est rare de voir des courtiers participer à un mouvement social: ils entendent pourtant convaincre l’opinion publique de la nocivité de l’impôt sur le capital, et pas seulement pour eux-mêmes. Ils estiment que tous les épargnants israéliens seront touchés par un impôt qui réduira le volume de leur épargne et le montant de leur retraite. Ils réclament donc l’annulation pure et simple de l’augmentation de l’impôt sur les plus-values boursières.
LES INTEMPÉRIES PERTURBENT PLUSIEURS SECTEURS DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE: agriculture, santé, transports, etc. Mais le froid peut être aussi une poule aux œufs d’or.
Lundi 30 janvier 2012
Les intempéries de ces dernières semaines ravivent la vulnérabilité de certains secteurs d’activité en Israël. L’économie israélienne n’est pas bien préparée à des conditions météorologiques extrêmes, comme des grands froids et des pluies diluviennes. Résultat: le prix des légumes s’envole, les hôpitaux sont surchargés, le réseau électrique est insuffisant, etc. Pour d’autres secteurs, en revanche, la rigueur de l’hiver est une véritable poule aux œufs d’or qui améliore le chiffre d’affaires habituel.
Agriculture : les récoltes sont mises à mal
L’incidence de la vague de froid sur l’agriculture sera rapidement perceptible par le consommateur israélien. Les récoltes sont mises à mal, les intempéries détruisent certaines plantations et le rendement des produits d’hiver diminuent. Résultat: les agriculteurs vont répercuter leurs pertes sur le consommateur. La Fédération des Producteurs de légumes estime que le prix des concombres, tomates, courgettes et aubergines va augmenter de 100% au cours des prochaines semaines. En revanche, les fruits d’été (comme pêche, prune et abricot), qui mûrissent plus vite que d’habitude, verront leur prix baisser de 30% cette année.
Santé : les hôpitaux sont submergés
Les principaux hôpitaux du pays sont submergés d’Israéliens victimes de la grippe et d’autres refroidissements hivernaux. Et comme tous les ans à la même époque, les services hospitaliers présentent le triste spectacle de lits qui s’entassent dans les couloirs et de malades qui attendent des heures avant de recevoir la visite du médecin. Cette année, les hôpitaux les plus touchés semblent être ceux de Haïfa et d’Ashkelon: il y a quelques jours, l’hôpital Barzilaï (Ashkelon), a même dû fermer ses portes durant 24 heures en raison d’un taux d’occupation qui atteignait 180%.
Electricité: des risques de coupures
En raison du froid glacial, la consommation d’électricité vient d’atteindre son record. A plusieurs reprises, la Compagnie nationale d’Electricité a prévenu ses clients que les capacités maximales de production étaient sur le point d’être atteintes. Et pour cause: à la rigueur de l’hiver, s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement en énergie. L’interruption des livraisons de gaz égyptien a réduit les capacités de production; dorénavant, seul le gaz puisé dans la nappe “Téthys” au large d’Ashdod permet d’alimenter les centrales électriques israéliennes. L’épuisement de ce puits à la fin de 2012 risque de créer une pénurie d’énergie jusqu’à la mise en activité, dans le courant de 2013, des nouveaux puits “Tamar” et “Léviathan” au large de Haïfa.
Routes: les transports perturbés
En raison des intempéries, plusieurs routes du pays ont été bloquées ou saturées, notamment dans le nord du pays. En quelques jours, le nombre des accidents mortels a fait un bond. Comme le réseau ferroviaire est insuffisant pour prendre la relève du réseau routier, la saturation des itinéraires routiers prend vite des allures de fléau national.
Distribution et loisirs: une poule aux œufs d’or
Pourtant, la pluie et le froid ne font pas que des malheureux. Certains secteurs de l’économie, notamment dans la distribution, profitent de la situation pour retrouver des couleurs. Il en est ainsi des boutiques d’habillement qui ont pu écouler leurs stocks de vêtements d’hiver, et des distributeurs d’électroménager qui ont vu augmenter leurs commandes d’appareils de chauffage électrique. Côté loisirs, la station de ski du mont Hermon, qui vient d’ouvrir ses portes, est prise d’assaut par 12.000 visiteurs par jour en moyenne: au total, les gérants de la station attendent jusqu’à 300.000 skieurs durant la brève saison de ski qui dure moins de trois mois.
L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE DISPOSE DE DIX POINTS FORTS POUR 2012: démographie, emploi, énergie, banque, immobilier, etc.
Lundi 23 janvier 2012
La Banque mondiale vient d’abaisser ses prévisions de croissance pour l’ensemble de la planète et elle a même émis un “avis de tempête” pour l’économie mondiale. Pourtant, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne: l’économie israélienne dispose de nombreux atouts pour traverser la tempête qui s’annonce sans trop de dégâts. Et si la croissance faiblira en 2012, la reprise ne devrait pas se faire attendre. Explications en dix points.
Une démographie dynamique. La population israélienne augmente de 1,8% par an, ce qui est encore considéré comme une belle progression par rapport aux autres pays occidentaux (à titre de comparaison, la population française augmente au rythme annuel de 0,5%). Par ailleurs, les démographes israéliens constatent un rééquilibrage de la natalité entre les différentes communautés: les naissances parmi les familles juives orthodoxes et arabes sont en baisse, tandis que la natalité chez les femmes juives laïques tend à rebondir.
Plus d’immigrants que d’émigrants. Pour la première fois l’an passé, les flux des Israéliens revenant s’installer en Israël (12.000) a dépassé celui des Israéliens s’expatriant à l’étranger. De plus, Israël continue à bénéficier de 20.000 nouveaux immigrants par an, ce qui représente une main d’œuvre jeune et dynamique.
Le plein emploi. Le taux de chômage est tombé à environ 5% à la fin 2011, soit son plus bas niveau historique. Ces excellents résultats de l’emploi sont d’autant plus surprenants que l’économie israélienne est entrée dans une phase de ralentissement liée à la crise mondiale. En revanche, ce plein-emploi apparent cache des phénomènes moins encourageants, comme la montée du travail à temps partiel et l’augmentation des travailleurs pauvres.
Une inflation maîtrisée. Avec 2,2% d’inflation en 2011, l’économie israélienne tourne définitivement la page de l’hyperinflation. La stabilité de l’indice des prix laisse aux pilotes de l’économie israélienne une marge de manœuvre suffisante pour relancer l’activité économique sans risque de dérapage inflationniste.
Une puissance énergétique. Israël est en passe de devenir une puissance énergétique: les découvertes de gaz au large de ses côtes lui permettront d’accéder à l’indépendance énergétique et sans doute même devenir un pays exportateur de gaz. Les retombées économiques seront considérables, en termes de devises, d’emploi et de croissance.
Une stabilité financière. En septembre dernier, l’agence Standard & Poor’s a relevé la note de crédit d’Israël de A à A+. Cette note a été assortie d’une perspective stable, ce qui signifie que l’agence n’envisage pas de la modifier à moyen terme. La stabilité financière de l’économie israélienne se traduit par des niveaux de croissance et d’emploi relativement élevés, par un secteur bancaire solide et par un niveau élevé de réserves en devises.
La baisse de l’immobilier. La bulle immobilière commence à montrer des signes d’implosion: les prix des logements entament un reflux qui atteignait déjà, en janvier 2012, près de 15% par rapport au niveau record de la mi-2011. La baisse des prix de l’immobilier devrait entraîner aussi le recul des loyers qui pèsent sur le budget des ménages modestes.
La résistance des exportations. 2011 s’est achevé sur une hausse de 13% des exportations de marchandises. Ce qui signifie que les débouchés extérieurs se sont élargis malgré la récession internationale, la faiblesse du dollar et les turbulences de l’euro. Les entreprises israéliennes restent compétitives sur toute une série de produits qui continuent à se vendre à l’étranger, tandis que de nouveaux débouchés s’ouvrent dans les pays émergents d’Asie du sud-est.
La force du consommateur. Pour la première fois en 2011, le consommateur israélien a pris conscience de sa force; après le boycott du fromage “cottage” et la “révolte des tentes”, les fabricants et distributeurs ne peuvent plus ignorer la volonté des Israéliens d’acheter moins cher. L’influence du consommateur sur la fixation des prix est devenue un facteur qui n’échapper plus aux monopoles qui dominent les principales filières de l’alimentaire israélien.
Une année pré-électorale. A l’approche des élections législatives (dans seize mois), et dans la perspectives d’élections anticipées, le gouvernement israélien va être tenté de lâcher du lest budgétaire. On vient de voir, par exemple, avec quelle facilité certaines mesures économiques et sociales ont été adoptées: école gratuite à partir de 3 ans, rééquilibrage de l’impôt sur le revenu en faveur des classes moyennes, etc. Si certains y verront une tentative de faire face au mécontentement populaire, d’autres y voient l’occasion de corriger certains excès de l’ultralibéralisme de ces dernières années.
SIX MOIS APRÈS LE DÉBUT DE LA “RÉVOLTE DES TENTES”, L’IMPACT DES RÉFORMES RESTE MITIGÉ: l’injustice fiscale est partiellement corrigée mais la crise du logement subsiste.
Lundi 16 janvier 2012
Le 14 juillet 2011, les premières tentes étaient dressées sur l’avenue Rothschild à Tel Aviv pour protester contre la cherté des loyers. Six mois après cette « révolte des tentes », le changement social promis par le gouvernement israélien n’est pas encore perceptible par la majorité des Israéliens. Le rapport de la commission Trajtenberg, mise en place pour répondre aux revendications des manifestants, a donné aux contestataires israéliens l’illusion d’un avenir meilleur; mais six mois après, les logements bon marché manquent toujours et le coût de la vie repart à la hausse.
Fiscalité : équilibrage en cours
C’est le volet de l’injustice fiscale qui a été le mieux traité par le gouvernement, mais il ne concerne que les foyers qui paient des impôts, c’est-à-dire les classes moyennes et aisées; les « travailleurs pauvres », qui ne sont pas soumis à l’impôt, ne sont donc pas concernés par une réforme fiscale. Les plus hauts revenus ont été mis à contribution à partir de 2012, tandis que les revenus moyens verront leur pression fiscale reculer légèrement.
Dès janvier 2012, une partie de la charge fiscale a basculé des revenus du travail à ceux du capital. L’impôt sur les plus-values boursières augmente de 5% et l’impôt sur les sociétés est relevé de 1%. En revanche, d’autres mesures sont plus mitigées, comme l’abaissement du plafond de la sécurité sociale pour les hauts revenus.
Logements : rien de neuf
La révolte des tentes est née de l’impossibilité pour un étudiant de se loger à bon marché et pour un jeune couple d’accéder à la propriété en respectant un endettement supportable. Sur ce dossier, rien, ou presque, n’a changé. Les déclarations de bonne intention du gouvernement n’ont pas suffit à faire baisser les prix de l’immobilier et n’ont pas convaincu les promoteurs de construire des logements adaptés aux jeunes couples, c’est-a-dire de petite superficie et bon marché.
En fait, le dossier du logement butte sur des rivalités politiques entre les différentes composantes de la majorité gouvernementale. Faut-il favoriser le logement destiné aux Juifs ultra-orthodoxes, dont la majorité ne travaille pas et n’effectue pas de service militaire ou, au contraire, à tous les Israéliens qui travaillent mais dont le revenu est faible? Toujours est-il que le gouvernement refuse de prendre l’initiative de la construction de logements publics à loyer modéré; quant aux critères d’attribution du parc de logement public existant, ils sont encore l’objet d’une polémique entre différents ministères concernés (Logement, Justice, Finances, etc.)
Education : une volonté de changement
L’école gratuite à partir de trois ans vient d’être votée par le gouvernement et elle entrera en vigueur dès la rentrée prochaine; le Premier ministre s’est engagé aussi à construire 2.000 classes d’école et jardins d’enfants supplémentaires pour satisfaire à la demande. Ce volet est estimé à un coût record de 2,5 milliards de shekels par an (soit 500 millions d’euros) qui seront réunis par une coupe transversale de 4% dans tous les postes de dépenses et par les réserves budgétaires de 2012.
Il est trop tôt pour savoir si ce volet sera appliqué dans les délais et dans son intégralité. Cependant, il faut se rappeler que ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement israélien proclame la gratuité de l’école à partir de trois ans: la première loi en ce sens date de 1984, mais son application a été régulièrement repoussée.
Coût de la vie : une pause temporaire
Les contestataires de l’été dernier visaient aussi le coût de la vie qui ne permet pas à de nombreuses familles au revenu modeste de boucler leur fin de mois. Par crainte de boycott des consommateurs, de nombreux fabricants et distributeurs avaient réduit le prix de l’alimentation de base, comme fromages, yogourts et lait. De son côté, le gouvernement a promis d’œuvrer pour réduire la puissance des monopoles qui dominent la plupart des marchés de produits de consommation courante. De même, des droits de douane sur toute une série de produits importés ont été réduits.
Six mois après le début de la contestation, il semble que les grandes surfaces aient relancé la valse des étiquettes. Les importateurs rechignent à répercuter la baisse des droits de douane sur le consommateur; quant aux fabricants israéliens soupçonnés d’entrave à la concurrence et d’entente sur les prix, ils ne semblent pas s’inquiéter outre mesure: ils profitent toujours de leur situation de monopole pour relever leurs prix.
*
Le changement économique et social prôné par le gouvernement israélien rappelle la métaphore du « verre à moitié vide ou à moitié plein »: si le gouvernement considère que de nombreux progrès ont été réalisés au cours des six derniers mois dans le sens d’une meilleure justice sociale, rien n’a changé pour les sans-logis: ils campent toujours dans le parc Saker à Jérusalem, alors que l’hiver est déjà bien installé dans la capitale israélienne.
BUSINESS OU SIONISME? Des patrons anglo-saxons font leur Alya pour intégrer une entreprise israélienne. Après Bronfman et Harisson, voilà Jeremy Levin, nouveau PDG de Teva.
Lundi 9 janvier 2012
Qu’est-ce qui fait courir les dirigeants anglo-saxons en Israël? Ils arrivent par dizaines des Etats-Unis, du Canada, d’Angleterre ou d’Afrique du Sud, au point que l’on peut parler d’un véritable « débarquement anglo-saxon » sur les côtes d’Israël. Dernier en date: le juif américain Jeremy Levin qui a accepté de devenir un nouvel immigrant (olé hadash) afin de s’installer en Israël pour prendre les commandes du géant de la pharmacologie Teva. En fait, il ne fait que suivre la voie de la “business alya”, inaugurée il y a quelques années par Matthew Bronfman et Sherry Harisson et, plus récemment, par Stanley Fischer.
Les privatisations
Après le sionisme politique et le sionisme religieux, va-t-on connaître un “sionisme professionnel”? Pour l’instant, le phénomène est limité à quelques patrons qui veulent enrichir leur CV d’une expérience internationale. Dans la plupart des cas, il est difficile de déceler si la décision de s’installer en Israël est le fruit d’une motivation sioniste ou d’un calcul économique. Une chose semble sûre: certains Juifs de la Diaspora profitent d’un job qui leur est proposé en Israël pour immigrer et adopter la nationalité israélienne. Cette tendance a été inaugurée, il y a deux décennies, par la famille Harisson: Sherry, la fille de Ted qui avait racheté la Bank Hapoalim à l’Etat en 1997, est revenue s’installer en Israël à la mort de son père pour prendre en main les commandes de la banque israélienne.
Le « débarquement anglo-saxon » en Israël a atteint son apogée au cours de la décennie précédente, alors que l’Etat privatisait de nombreuses entreprises publiques. Ces privatisations ont souvent été le « prétexte » pour des Juifs de la Diaspora à s’installer en Israël, ou à revenir dans leur patrie dans le cas d’Israéliens expatriés. Lorsque la compagnie Bezek (télécoms) a été nationalisée en 2005, son acheteur, le producteur Haïm Sabban expatrié aux Etats-Unis, est revenu en Israël pour gérer l’entreprise. En 2006, l’Etat a vendu la banque Discount au Juif canadien Matthew Bronfman qui partage son temps entre Montréal et Tel Aviv.
Le modèle anglo-saxon
Les millionnaires de la Diaspora ne sont pas les seuls à faire leur Alya pour des motifs professionnels. De hauts fonctionnaires aussi se sont laissé tenter par une fonction élevée dans l’administration israélienne. L’exemple le plus connu est celui de Stanley Fischer, qui a fait sont Alya en 2005 pour devenir le gouverneur de la Banque d’Israël; ou encore d’Eugene Kandel qui, en 2006, a été nommé par le Premier ministre israélien à la tête du nouveau “National Economic Council”.
Si des cadres supérieurs américains s’intègrent facilement dans le milieu professionnel israélien, c’est sans doute aussi parce qu’en Israël, beaucoup de dirigeants considèrent l’économie américaine comme un modèle à imiter. D’ailleurs, le milieu des affaires israélien et américain ont de nombreux points communs, notamment la langue et la culture des affaires. Pour de nombreux patrons américains, Israël est plus attirant que la Chine ou que de nombreux pays d’Europe, d’autant plus s’ils sont Juifs.
L’attrait du high tech
Le secteur israélien de la haute technologie aussi est à l’origine de l’attrait des dirigeants anglo-saxons pour l’économie israélienne. Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses sociétés israéliennes de high-tech ont été vendues à des entreprises américaines: Mirabilis a ouvert la voie en 1998 lorsque la société fut absorbée par le géant américain AOL contre 407 millions de dollars. De même, la présence de firmes américaines en Israël (comme Intel ou Motorola) contribue à rehausser l’image de marque d’Israël comme « Start-up Nation ».
C’est cette culture israélienne de la start-up qui a permis de resserrer les relations d’affaires entre Israël et les Etats-Unis, et pas seulement entre Juifs. Ce fut le cas du milliardaire américain Warren Buffet qui racheta en 2006 l’industrie Iskar pour 5 milliards de dollars. En sens inverse, c’est le cas du géant israélien de la pharmacologie, Teva, qui a racheté nombreux de firmes américaines, comme Sikur pour 3,4 milliards de dollars (2003) et Ivax contre 7,4 milliards de dollars (2005). Aujourd’hui, c’est le nouveau patron de Teva qui décide de s’installer en Israël pour prendre la tête du groupe basé à Petah Tikva.
COÛT DE LA VIE: CE QUI CHANGE EN 2012. Les hausses de prix reprennent, la baisse des impôts ne suit pas; La « révolte des tentes » n’est plus qu’un lointain souvenir.
Lundi 2 janvier 2012
C’est à croire que la contestation sociale de l’été dernier n’a pas eu lieu. En ce début 2012, la hausse des prix semble repartir. Dans les supermarchés, la valse des étiquettes redémarre après une accalmie de quelques mois. Même les prix fixés par le gouvernement sont revus à la hausse. Face à la hausse du coût de la vie, les revenus hauts et moyens seront favorisés, mais les bas revenus resteront à la traîne. Nous proposons un tour d’horizon des nouveautés de l’année 2012 dans les différents domaines de la vie quotidienne: électricité, transports en commun, impôts, eau, alimentation, etc.
LES MAUVAISES NOUVELLES
Eau. Cette année, ce sont les agriculteurs et les industriels qui paieront l’eau plus cher: au 1er janvier, le prix du mètre cube est relevé de 7% pour l’agriculture, et de 25% pour l’industrie. Nul doute que cette hausse se répercutera sur le prix au détail des fruits et légumes, ainsi que de certains produits manufacturés.
Electricité. La rupture des approvisionnements de gaz égyptien va renchérir le coût des matières premières utilisées pour produire de l’électricité. Résultat: la Compagnie nationale d’Electricité annonce un relèvement de ses tarifs d’environ 30% au début de 2012.
Essence. Le prix du carburant à la pompe est relevé de 1,6% en janvier: le litre d’essence 95SP est fixé à 7.23 shekels (1,45 euro) en libre-service. La cause de cette hausse: le renchérissement des produits pétroliers importés.
Transports en commun. Le ticket de bus et de tram a augmenté de 3,1%: il est passé de 6,40 à 6,60 shekels au 1er janvier. Le tarif des abonnements mensuels est relevé du même taux.
Produits alimentaires. Après une pause liée au boycott lancé par les consommateurs au cours de l’été dernier, la plupart des fabricants israéliens de l’agroalimentaire ont prévu de relever leur prix dans le courant janvier. Les principaux produits concernés sont les laitages et la volaille.
Impôts locaux. Les impôts locaux (Arnona) sont indexés sur l’indice des prix. Ils seront donc revalorisés d’environ 3% au 1er janvier. Certaines municipalités ont demandé une dérogation au ministère de l’Intérieur pour relever l’Arnona à un taux supérieur, compris entre 4 et 10%. La décision sera connue dans le courant de janvier.
LES BONNES NOUVELLES
Salaires. Les mesures fiscales adoptées le mois dernier par les députés devraient favoriser les classes moyennes: les salariés dont le revenu mensuel brut est compris dans la tranche allant de 8.000 à 14.000 shekels (1.600 à 2.800 euros) verront leur taux d’imposition diminuer de 2%. De même, les parents d’enfants âgés de moins de 3 ans bénéficieront d’un abattement fiscal supplémentaire.
Prestations sociales. Toutes les allocations de la sécurité sociale sont indexées à l’indice des prix: elles sont donc relevées d’environ 3% au 1er janvier. Cette revalorisation concerne notamment les allocations de vieillesse et d’invalidité, les allocations familiales et le revenu minimum garanti.
Produits importés. Les droits de douane sur toute une série de produits de consommation importés de l’étranger ont été annulés à compter du 1er janvier. Il s’agit des produits importés d’Asie et qui ne sont pas fabriqués en Israël, comme jouets, vêtements, médicaments et machines à laver. Cette baisse des droits de douane (entre 8 et 12%) devrait se répercuter sur les prix au détail.
Achats sur Internet. Les achats effectués sur Internet sont exemptés de droits de douane à hauteur de 1.200 shekels, soit 240 euros. Ce qui permettra à l’Israélien de commander certains produits qui sont moins chers sur les sites de vente étrangers qu’en Israël.
Une conclusion s’impose: le coût de la vie va augmenter dans le courant de 2012, sans que tous les revenus ne suivent. La justice sociale attendra.
GESTION DES VILLES: DES MAIRES SUR LA SELLETTE. Le Contrôleur de l’Etat dénonce les abus de pouvoir et la mauvaise gestion des municipalités israéliennes.
Lundi 26 décembre 2011
Il y a quelques jours, la célèbre Bourse du Diamant de Ramat Gan aurait dû être rebaptisée au nom de Zvi Bar, le maire mythologique de la ville depuis 22 ans. Un juge de Tel Aviv en a décidé autrement: un élu local, qui est soupçonné de corruption et de blanchiment d’argent, ne peut voir son nom inscrit sur le fronton du nouveau “Centre international des Affaires”. Le maire de Ramat Gan n’est pas le seul: le rapport que vient de publier le Contrôleur de l’Etat, et qui est consacré à la gestion des municipalités israéliennes, jette une lumière crue sur les agissements douteux des élus locaux, maires, adjoints au maire et conseillers municipaux.
Népotisme. La tendance à favoriser les membres d’une même famille existe aussi dans les municipalités israéliennes. A Bet-Shemesh par exemple, le maire a nommé un membre de sa famille à la fonction d’adjoint au maire et il a engagé son frère à la mairie. Les membres du conseil municipal aussi ont suivi l’exemple de leur maire en engageant leurs parents proches dans différents services municipaux.
Salaires exorbitants. Les rémunérations illégales prennent des forment diverses. Elles peuvent être en espèces, lorsqu’il s’agit de suppléments de salaire injustifiés, de prêts à conditions préférentielles, de remboursement de frais de bouche, de frais de parking, ou d’amendes pour excès de vitesse. Les avantages peuvent être en nature, sous la forme de voitures de location et de téléphones portables.
Permis de construire illégaux. La construction est des secteurs d’activité qui est l’objet de nombreux abus de pouvoir des élus locaux. A Ashdod et Haïfa, par exemple, la mairie et la commission locale d’urbanisme auraient accordé des permis de construire qui vont à l’encontre du plan national d’occupation des sols. Dans les cas d’expropriation de propriétaires, les indemnités versées par la mairie sont parfois très supérieures à la valeur réelle du bien foncier. Autre exemple: la légalisation a posteriori d’une construction illégale, ou le versement de pots-de-vin pour accélérer les procédures administratives.
Voyages à l’étranger. Les maires prennent exemple sur les députés et ministres pour effectuer un séjour à l’étranger sur le compte des deniers publics. C’est ainsi que de nombreuses municipalités financent le voyage de leur maire à l’étranger dans le cadre des « villes jumelées ». Le record est détenu par la maire de Netanya qui a effectué quatre séjours à l’étranger entre 2008 et 2010: au Maroc, en France et en Espagne. Le maire de Petah Tikva s’est déplacé deux fois en Allemagne, celui de Kfar Saba a passé neuf jours en Chine. Dans la plupart des cas, la visite officielle est complétée par un séjour privé, mais aucun compte-rendu de ces visites n’est publié.
Gaspillages. La dilapidation des fonds publics se traduit par l’emploi d’un personnel pléthorique, le recrutement illégal de “conseillers” et “assistants”, des dépassements de salaires, la cession de biens fonciers municipaux à bas prix, etc. le contrôleur de l’Etat donne l’exemple de la mairie de Hédéra (80.000 habitants) qui a accumulé, par une gestion hasardeuse, un endettement record de 167 millions de shekels, soit 34 millions d’euros.
Résultat de ces abus de pouvoirs et de la mauvaise gestion municipale: les caisses de nombreuses villes israéliennes sont vides, alors que d’autres sont endettées pour de longues années. Les citoyens qui subissent directement la dilapidation des fonds publics par leurs élus locaux sont les populations les plus exposées à des risques sociaux, comme les personnes âgées, les enfants abandonnés ou les femmes battues. Et si les abris publics (miklatim) manquent dans beaucoup de villes israéliennes visées par les roquettes palestiniennes, il ne faut pas chercher le responsable trop loin: il siège souvent à la mairie.
LES FESTIVITÉS DE HANOUCA À L’OMBRE DE LA RÉVOLTE SOCIALE: des associations ont appelé au boycott des spectacles pour enfants en raison du prix excessif des places.
Lundi 19 décembre 2011
Cette année, les spectacles de Hanouca sont devenus le bouc-émissaire de la contestation sociale qui s’élève contre la cherté de la vie en Israël. Il est rare de voir des parents boycotter des spectacles pour enfants, surtout à l’occasion d’une fête qui est largement orientée vers les enfants. C’est pourtant ce qui vient de se passer en Israël: des associations de parents appellent au boycott des spectacles pour enfants en raison du prix excessif des places. La fête de Hanouca, qui débute demain soir, ne sera donc pas épargnée par la révolte sociale de l’été dernier.
Une industrie lucrative
En Israël, les spectacles, comédies musicales et autres festivals hauts en couleurs, sont inséparables des traditions de Hanouca; en quelques semaines, ils attirent des milliers d’enfants accompagnés, ou non, de leurs parents. Mais au delà de la tradition, les spectacles de Hanouca sont devenus aussi une industrie qui réalise un chiffre d’affaires important, ce qui en fait un business lucratif pour les producteurs de show-business. A environ 200 shekels la place (soit 40 euros), un spectacle familial de Hanouca devient un lourd poste de dépenses pour le budget des familles nombreuses ou modestes.
Cette année, le vent de la contestation contre la vie chère, qui a été symbolisée par la « révolte des tentes » de l’été dernier, a incité les parents à réagir: ceux-ci ont lancé un appel au boycott pour protester contre le prix exagéré des billets des spectacles, qui est en hausse de 10% en moyenne par rapport à l’an dernier. Relayé par Facebook, le boycott semble avoir pris de l’ampleur, contraignant les salles de spectacles à proposer des places à tarif réduit afin d’éviter de basculer dans les pertes.
De leur côté, les producteurs de spectacles se défendent de renchérir le prix des places pour accroître leurs profits. Ils mettent en avant le coût important des investissements requis pour monter une superproduction qui, de surcroît, ne sera présentée que durant deux mois: par exemple, le fameux spectacle pour enfants Festigal, qui en est à sa 31e édition, coûterait 30 millions de shekels (soit 6 millions d’euros) pour 102 représentations étalées sur 54 jours.
Education ou spectacle
Face au tollé de la colère populaire, les députés de la Knesset ont été contraints de se saisir du dossier: en novembre dernier, la commission parlementaire pour les Droits des Enfants a tenu une réunion d’urgence pour protester contre l’augmentation ininterrompue du prix des spectacles. Son président, le député Zebulon Orlev, n’a pas mâché ses mots: « le tarif des spectacles est devenue une scandaleuse “pompe à fric” pour le budget des parents qui ne peuvent pas toujours résister à la pression sociale relayée par leurs enfants ».
En revanche, d’autres associations de parents appellent à ne pas étendre la contestation sociale à des “activités superficielles” et à se concentrer sur les thèmes essentiels comme le prix des produits de base, les inégalités de revenu et l’éducation: « on peut renoncer à un spectacle, mais pas à l’éducation de nos enfants » a affirmé un des leaders de la contestation de l’été dernier, appelant les parents boycotteurs à annuler leur appel au boycott qui risquerait, selon lui, de remettre en cause les acquis de la « révolte des tentes ».
“i” comme Internet
Il faut dire que cette année, les producteurs ont pensé à tout pour attirer les petits consommateurs israéliens. A côté des éternels “Cendrillon” et “Peter Pan”, les thèmes des spectacles associent dorénavant la tradition de Hanouca au monde virtuel. A l’heure de l’Internet, une superproduction pour enfants devient le “i-Festigal” et un spectacle de patinage sur glace devient le “i-Skate”. Le marketing est donc axé sur l’attrait des enfants pour les réseaux sociaux, comme le montre, par exemple, cette promotion pour le “i-Festigal”: « le i-Festigal organisera cette année une rencontre des enfants avec le monde des ordinateurs, les réseaux sociaux et les jeux électroniques. Accompagnés de leurs parents, les enfants pénétreront dans un monde virtuel et digital, à la fois magique et extraordinaire, et ils y croiseront les héros de leurs jeux préférés ».
Et tant pis si la qualité des spectacles en prend un coup: depuis longtemps, la rentabilité a remplacé tout autre critère culturel. Comme tous les ans, le potentiel économique de cette semaine de Hanouca est une aubaine pour l’industrie du divertissement et du loisir en Israël. Les différents spectacles et comédies musicales génèrent aussi des profits par la vente de produits annexes, comme DVD, droits de télévision ou sponsors. Et les enfants en vacances sont de parfaits consommateurs pour toute une série d’activités de loisirs comme restauration, attractions, shopping, etc.
CRISE EUROPÉENNE DE LA DETTE – L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE SE PRÉPARE À UN ÉCLATEMENT DE LA ZONE EURO: croissance, exportations, Budget, banques, etc.
Lundi 12 décembre 2011
Alors que la zone euro se refonde avec un nouveau traité qui doit favoriser une plus grande intégration économique et budgétaire, le gouverneur de la Banque d’Israël met en garde contre les retombées de la crise européenne sur la croissance israélienne. Stanley Fischer annonçait même, il y a quelques jours, que la banque centrale se préparait au scénario d’un éclatement de la zone euro. En fait, les propos alarmistes du gouverneur israélien sont surtout destinés au gouvernement: celui-ci est mis en garde contre une augmentation incontrôlée du déficit budgétaire qui contribuera à aggraver la dette publique. Car si la crise de la dette qui secoue la zone euro menace aussi l’économie israélienne, autant s’y préparer. La banque centrale reconnaît qu’en Israël, l’impact de la crise européenne sera indirect et modéré: ses conséquences seront perceptibles sur l’équilibre budgétaire, sur le rythme de la croissance, sur le niveau des exportations et sur le bilan des banques israéliennes.
Le rythme de la croissance
Quel que soit le scénario de sortie de crise de la zone euro, la croissance mondiale sera frappée de plein fouet par le désordre économique qui en découlera. Pour Israël, l’Organisation pour la Coopération et le Développement économiques a déjà prévenu: l’économie israélienne connaîtra un ralentissement en 2012. Il ne s’agit pas de récession, comme dans la plupart des pays européens, mais d’une croissance plus lente. En fait, l’économie israélienne sera indirectement touchée par le ralentissement mondial: selon l’OCDE, la croissance du PIB d’Israël devrait passer de 4,7% cette année à 2,9% en 2012, avant de se redresser à 3,9% en 2013.
En revanche, l’économie israélienne présente trois indicateurs positifs: un chômage faible, qui devrait rester aux alentours de 6% en 2012; un niveau élevé des investissements qui continueront de croître au rythme de 8% en 2012; un rythme accéléré de la construction qui va contribuer à dégonfler la bulle de l’immobilier. La crise de la zone euro ne se traduira donc pas par un scénario catastrophe pour l’économie israélienne, contrairement à la majorité des pays riches qui, eux, n’échapperont pas à la récession.
Le niveau des exportations
Les exportations ne constitueront plus un des principaux moteurs de la croissance israélienne de 2012. La raison en est simple: 33% des exportations israéliennes sont absorbées par l’Europe. Or un ralentissement de la croissance européenne va conduire les entreprises locales à réduire leurs achats à l’étranger, et notamment leurs commandes en Israël.
Par ailleurs, le risque d’insolvabilité des clients européens des entreprises israéliennes n’est pas négligeable. Le risque d’exportation concerne particulièrement les quatre pays du groupe des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne); récemment, la société d’assurance-crédit israélienne ICIC (Israeli Credit Insurance Company) basée à Tel Aviv a étendu le risque financier à l’Italie en raison de sa grande exposition aux risques conjoncturels.
L’équilibre budgétaire
Alors que les pays européens cherchent à revenir à des budgets équilibrés, en Israël, la polémique fait rage au sein du gouvernement israélien sur la politique budgétaire: certains ministres sont partisans d’une relance économique par l’augmentation du déficit public (comme le ministre de la Défense), alors que d’autres préconisent une discipline budgétaire plus strict (comme le ministre des Finances). Or, si la croissance ralentit en 2012, les rentrées fiscales seront moins importantes: selon le Trésor, le déficit public d’Israël devrait se détériorer, pour se situer autour de 2,5% du PIB en 2012, mais une politique de relance pourrait le porter aussi à 3,4% du PIB.
La Banque centrale vient de trancher la polémique entre les deux “écoles” idéologiques: en période d’incertitude liée à la crise européenne, le gouvernement doit viser un retour de l’équilibre budgétaire. En d’autres termes, si le gouvernement souhaite relever le budget militaire ou financer de nouvelles dépenses sociales, il aura le choix entre deux scénarios: opérer des coupes budgétaires ailleurs, ou relever les impôts. Stanley Fischer rejette donc la solution d’un financement par les déficits, trop dangereuse, selon lui, dans le contexte de récession mondiale.
Le bilan des banques israéliennes
L’exposition des banques israéliennes à la dette européennes est limitée, ce qui conforte la solidité du secteur bancaire en Israël. A la fin du troisième trimestre 2011, les banques israéliennes étaient exposées à hauteur de 500 millions d’euros seulement vis-à-vis des cinq pays les plus endettés d’Europe: l’Italie, le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne. La banque israélienne la plus exposée est la Leumi (220 millions d’euros) alors que les autres banques ont réduit considérablement leur exposition au cours de l’année écoulée.
En définitive, l’économie israélienne entre dans une zone de turbulences dont personne ne sait pas dans quel état elle en sortira; dans tous les scénarios possibles de la zone euro (effondrement, éclatement ou rétablissement), la baisse de l’activité économique en Europe aura un impact négatif, mais modéré, sur l’économie israélienne.
LES RÉFORMES SOCIALES TARDENT À SE METTRE EN PLACE: la menace iranienne et l’obsession du Trésor pour les déficits bloquent tout changement social.
Lundi 5 décembre 2011
Qui se souvient encore des recommandations de la “commission Trajtenberg pour le changement économique et social”? Ce n’est pourtant pas si ancien: le 9 octobre dernier, le Conseil des ministres approuvait en bloc les recommandations de la commission Trajtenberg que ce même gouvernement avait nommé à la suite de la contestation sociale de l’été dernier. Hier, le débat prévu en Conseil des ministres sur les mesures destinées à réduire le coût de la vie a été, à nouveau, repoussé. Pourquoi une telle lenteur dans la mise en place de réformes sociales que toute la classe politique estime indispensables? La faute à l’Iran, à la Syrie ou à l’Egypte?
Hier matin, le Conseil des ministres devait discuter du chapitre du rapport Trajtenberg consacré à la baisse du coût de la vie; faute de temps, le débat a été reporté sine die. Le volet de mesures soumis au gouvernement visait notamment à supprimer la protection des monopoles contre les importations de produits étrangers, à réduire les marges commerciales exagérées et à restaurer un certain contrôle des prix. Cela n’aurait sans doute pas suffit à réduire le coût de la vie, mais cela aurait montré la volonté du gouvernement d’agir.
Angoisses existentielles
Depuis la rentrée parlementaire de l’automne, des questions « existentielles » pour Israël sont revenues à l’ordre du jour des politiciens israéliens: le nucléaire iranien, le soulèvement populaire en Syrie et le printemps arabe en Egypte, ont suffi pour détourner l’opinion publique israélienne des problèmes intérieurs. Et comme si les menaces extérieures ne suffisaient pas, c’est le moment qu’ont choisi plusieurs députés pour proposer des projets de loi qualifiées “d’antidémocratiques” par certains ministres eux-mêmes (comme le vice-premier ministre Dan Meridor) parce que visant à réduire la liberté d’expression, ou conduisant à limiter l’autonomie du système judicaire vis-à-vis du pouvoir exécutif.
Entretemps, la crise des hôpitaux publics s’éternise et les problèmes sociaux demeurent. Les récents rapports de la Sécurité sociale révèlent que la pauvreté persiste et qu’elle s’accompagne désormais d’une insécurité alimentaire grave. En 2010, on comptait 1.773.300 Israéliens qui vivaient en dessous du seuil de la pauvreté, soit 24% de la population israélienne. La pauvreté est restée particulièrement forte parmi les familles nombreuses (57% des familles de plus de quatre enfants sont pauvres), les Juifs ultraorthodoxes (55% d’entre eux sont pauvres) et les Arabes israéliens (53% sont pauvres). Dorénavant, l’accès aux denrées alimentaires n’est plus garanti: 19% des Israéliens disent vivre dans une situation d’insécurité alimentaire, et 2% déclarent avoir connu des périodes de faim ou d’insuffisance alimentaire.
Impasse budgétaire
Dans cet environnement complexe, les ministres israéliens des Finances et de la Défense se renvoient mutuellement la responsabilité de l’impasse budgétaire. Au Trésor, on brandit les menaces de la dette européenne pour justifier des coupes budgétaires: Youval Steinitz ne vient-il pas d’affirmer que la crise de l’euro ne laisse aucune marge de manœuvre à l’économie israélienne et que le moment est mal choisi pour accroître le déficit budgétaire? Le Trésor estime que la baisse des rentrées fiscales, liée au ralentissement de la croissance, oblige à couper dans tous les budgets, Défense comprise.
Au ministère de la Défense, on affirme que les menaces extérieures ne permettent pas de réduire les budgets militaires: Ehoud Barak vient de prévenir que des coupes dans le budget de la Défense mettraient en péril la sécurité d’Israël. Sans compter que la baisse des commandes de Tsahal à l’industrie israélienne aurait aussi un coût économique et social: les fournisseurs de l’armée devront licencier pour faire face à une contraction de leurs carnets de commandes.
Une troisième voie
Entre des coupes budgétaires drastiques et une éventuelle rallonge du budget de la Défense, il reste une troisième voie: celle de la mise en œuvre du changement social recommandé par le rapport Trajtenberg en laissant filer le déficit public. Un calcul rapide montre qu’en accroissant le déficit de 0,9% du PIB, il est possible de dégager 7 milliards de shekels par an (1,4 milliard d’euros) ou 35 milliards de shekels (7 milliards d’euros) sur cinq ans.
Ce financement supplémentaire porterait le déficit public à 3,5% du PIB en 2012, ce qui ne mettrait pas en jeu la crédibilité financière d’Israël. En revanche, 7 milliards d’euros permettraient, dans le cadre d’un plan quinquennal, de résoudre la plupart des revendications légitimes de la révolte sociale de l’été dernier: cela suffirait notamment à atténuer la pénurie de logements bon marché tout en investissant dans la santé, l’éducation, les infrastructures et le bien-être des Israéliens.
QUE FAIRE DE 77 MILLIARDS DE DOLLARS? LA BANQUE D’ISRAËL VEUT PLACER EN BOURSE UNE PARTIE DE SES RÉSERVES EN DEVISES. Pourquoi ne pas investir plutôt dans l’industrie israélienne?
Lundi 28 novembre 2011
Soixante dix-sept milliards de dollars: c’est la coquette somme que la Banque d’Israël avait accumulé dans sa chambre forte à Jérusalem jusqu’à la fin octobre. Dorénavant, Israël figure parmi les cinq premiers pays au monde pour ses réserves en devises par habitant. C’est le résultat de la politique judicieuse du gouverneur Stanley Fischer qui, au cours des dernières années, a su profiter de la baisse du cours du billet vert face au shekel, pour acheter massivement des devises et se constituer de solides réserves. Mais que faire de ce tas de billets verts? Il y a quelques jours, le gouverneur a proposé de les faire fructifier en les plaçant en bourse: drôle d’idée à un moment où le pays a besoin d’argent frais pour développer son industrie et ses infrastructures.
Soutenir la croissance
Stanley Fischer s’est beaucoup démené faire approuver la nouvelle loi qui régit la Banque d’Israël et qui est entrée en vigueur en 2010. Pour la première fois, cette réglementation a élargi les objectifs de la banque centrale: celle-ci ne doit plus seulement lutter contre l’inflation, mais aussi « soutenir la politique économique du gouvernement et, en particulier, la croissance, l’emploi, et la réduction des écarts sociaux ». La nouvelle loi précise, dans son article 36, que pour atteindre ses objectifs multiples, la Banque d’Israël peut dorénavant « opérer à la bourse et effectuer des transactions financières sur le marché des capitaux et des devises ». Autrement dit, la Banque d’Israël peut agir librement sur le marché boursier, sans avoir besoin d’autorisation de quiconque et sans rendre de compte à personne. L’indépendance de la Banque centrale est à ce prix.
Il y a quelques jours, la banque centrale publiait un communiqué selon lequel elle commençait à investir ses réserves dans des actions étrangères sur le marché international des capitaux. En vérité, la Banque d’Israël n’est pas la seule banque centrale à opérer sur les places étrangères; il est aussi possible que la Banque d’Israël réalise de plus gros profits en plaçant ses réserves à l’étranger que dans des placements locaux, comme des obligations d’Etat. La question est de savoir quel est le meilleur usage qu’une banque centrale puisse faire de 77 milliards de dollars dans le cadre de ses prérogatives et de ses objectifs.
Des crédits à l’économie
La constitution de réserves de devises n’est donc pas une fin en soi; les réserves sont une preuve de la stabilité financière d’une économie et elles renforcent la confiance des investisseurs. Autant de raisons qui doivent pousser la banque centrale à agir avec discernement et responsabilité. Pourquoi alors ne pas investir une partie de ces 77 milliards de dollars dans l’économie israélienne? Certes, la rentabilité ne serait pas immédiate mais, à long terme, des crédits à l’économie contribueraient à la croissance et à l’emploi; de ce point de vue, l’industrie israélienne, et son high tech en particulier, pourrait constituer un excellent placement pour les excédents de la banque centrale.
Au cours des quatre dernières années, les réserves en devises de la banque centrale ont été multipliées par trois. Autrement dit, investir aujourd’hui 1 ou 2 milliards de dollars dans l’industrie israélienne (sur les 77 qui sont en réserve), ne serait pas plus risqué qu’un placement dans une action étrangère. Des crédits pourraient être accordés à des fonds de capital-risque ou à des start-up qui se développent en Israël. La banque centrale ne bénéficierait pas seulement d’un rendement financier: elle contribuerait aussi à atteindre ses objectifs de croissance et d’emploi.
VAGUE DE LICENCIEMENTS: les secteurs de l’agroalimentaire, textile et téléphonie, suppriment des postes. Les revendications sociales en sont-elles la cause ou le prétexte?
Lundi 21 novembre 2011
La semaine dernière, le géant israélien de la téléphonie mobile Partner a décidé de licencier 1.000 de ses 8.000 salariés. Quelques jours plus tôt, c’est un géant de l’agroalimentaire, PriHaGalil, qui se séparait de 50 salariés de son usine de Hatzor Haglilit. Dans la distribution, la chaîne de supermarchés Coop vient d’annoncer le licenciement de 250 de ses 1.500 salariés. Pour certains analystes israéliens, cette vague de licenciements serait le résultat des revendications sociales qui réduiraient la rentabilité des entreprises; pour d’autres, la contestation sociale de l’été dernier n’est qu’un prétexte que les patrons brandissent pour ne pas entamer leur marge bénéficiaire.
Blocage des embauches
Selon la Confédération des Industriels, l’industrie israélienne aurait cessé d’embaucher du personnel depuis juillet dernier. Si l’arrêt du recrutement se confirme, il s’agit d’un renversement de tendance par rapport à 2010 et au premier semestre de 2011. Par ailleurs, les industriels israéliens ont encore en mémoire la crise de 2008 qui fut une année noire pour l’emploi: 100.000 emplois furent alors supprimés au cours d’une vague de licenciement la plus importante de l’histoire de l’industrie israélienne. Au cours du second semestre de 2011, le nombre des embauches dans l’industrie sera sans doute équivalent à celui des licenciements. Autrement dit, l’effectif des salariés de l’industrie israélienne fera du sur-place.
Malgré certaines analyses publiées par la presse israélienne, cette stagnation de l’emploi n’a rien à voir avec la « révolte sociale » déclenchée l’été dernier et qui, entretemps, a perdu de son ampleur. C’est plutôt en Europe qu’il faudrait rechercher la cause des licenciements dans l’industrie israélienne: la détérioration de l’économie européenne et la baisse des exportations à destination des pays de la zone euro ont convaincu les patrons israéliens de se séparer d’une partie de leur personnel et de patienter avant de réembaucher.
Aucun secteur n’est épargné
Tous les secteurs de l’activité sont aujourd’hui atteints par cette vague de licenciement. Dans l’industrie traditionnelle, les branches qui souffrent le plus du ralentissement de l’activité sont la bijouterie, qui a licencié 4% de ses salariés, et l’agroalimentaire qui s’est séparée de 2% de ses effectifs. Dans le textile aussi, le géant israélien Kitan a dû licencier 70 salariés. Pour l’instant, la perte de salariés dans l’industrie traditionnelle est compensée par l’embauche dans les secteurs de pointe, comme le high tech ou la biochimie; mais la baisse des exportations pourrait aussi étendre la vague de licenciements à des secteurs encore épargnés. Toujours est-il que les patrons font preuve de pessimisme; 19% d’entre eux viennent d’estimer qu’ils licencieront du personnel d’ici à la fin de l’année.
L’industrie n’est pas le seul secteur touché par les compressions de personnel; les services aussi licencient à tour de bras. Les principales branches concernées sont la téléphonie et la distribution, mais pour des raisons parfois différents. Si les supermarchés Coop viennent de licencier 250 salariés, c’est en raison d’une mauvaise gestion qui a conduit le greffier du registre des coopératives à nommer un administrateur provisoire. Si l’opérateur de téléphonie mobile Partner se sépare de 1.000 salariés (12% de ses effectifs), c’est pour réduire ses coûts fixes malgré un profit record en 2010 et au premier semestre de 2011. Y a-t-il un lien entre ce dégraissage des effectifs et la révolte sociale? Apparemment aucun.
Dans la plupart des cas de licenciement, le patronat israélien brandit le « motif économique »: le boycott des consommateurs a entraîné un recul des ventes et une baisse des prix, notamment dans l’agroalimentaire, ce qui contraindrait les fabricants et distributeurs à comprimer leurs coûts. Ce motif semble parfois un « prétexte » au dégraissage de personnel, dans la mesure où le profit des entreprises qui licencient n’ont pas, ou presque pas, été entamés.
RIGUEUR BUDGÉTAIRE EN ISRAËL? Le gouvernement israélien réfléchit à des mesures anti-déficit pour 2012 comme la plupart des pays européens.
Lundi 14 novembre 2011
Au cours du Conseil des ministres qui s’est réuni hier à Jérusalem, le ministre des Finances a indiqué qu’il réfléchissait à des mesures anti-déficit pour 2012. Alors que de nombreux pays d’Europe préparent des plans d’austérité destinés à réduire des déficits publics excessifs, le gouvernement israélien s’inquiète de la baisse prévue des recettes fiscales pour 2012: logiquement, le ralentissement de la croissance devrait faire rentrer moins d’argent dans les caisses de l’Etat. Or contrairement à la situation de la France ou de l’Italie, une coupe dans les budgets civils en Israël aurait d’importantes retombées sociales, notamment au moment où les inégalités croissantes exigent d’accroître les dépenses publiques. Comment sortir de cet imbroglio économico-financier? Explications.
Une croissance ralentie mais soutenue
Si la croissance de l’économie israélienne va se ralentir en raison de la récession mondiale, le gouvernement de Jérusalem reste encore optimiste: selon les dernières prévisions, le Trésor israélien table sur une croissance de 4% en 2012, soit sans aucune comparaison avec la stagnation des économies européennes. C’est ainsi que le gouvernement français table sur 1% de croissance l’an prochain, alors que Bruxelles est encore plus pessimiste concernant la croissance française qui devrait s’établir à seulement 0,6% en 2012, selon les prévisions d’automne de la Commission européenne.
Certes, tous les milieux économiques en Israël ne partagent pas le même optimisme que le Trésor. La Banque d’Israël table sur une croissance de 3,2% en 2012, alors que pour les économistes de la Banque Hapoalim, la croissance de l’économie israélienne devrait se situer aux alentours de 3% “seulement”.
Un déficit public viable
Moins de croissance signifie moins de rentrées fiscales. A dépenses égales, le déficit public devrait être plus important que prévu en 2012. Selon le Trésor, le déficit public d’Israël devrait se détériorer pour se situer autour de 2,6% du PIB en 2012. La Banque d’Israël est plus pessimiste: le déficit devrait glisser jusqu’à 3,2% du PIB l’an prochain. Au moment où les pays européens luttent pour ramener leur déficit public en-dessous de la cible officielle de 3% du PIB conforme au pacte de stabilité européen, les indicateurs budgétaires d’Israël restent relativement satisfaisants.
La question qui se pose aujourd’hui aux experts du Trésor est la suivante: un déficit public légèrement supérieur à 3% en Israël exige-t-il des coupes budgétaires? Pas forcément. La dernière chose dont a besoin l’économie israélienne aujourd’hui est un plan d’austérité qui ne ferait qu’aggraver la pauvreté et élargir les inégalités.
Le spectre de l’austérité
Contrairement aux pays européens, le déficit public en Israël n’est pas excessif. Il n’est donc pas nécessaire de prendre des mesures anti-déficit qui risqueraient de plonger l’économie israélienne dans la récession. Le « dilemme » du gouvernement israélien est ailleurs: celui-ci s’est enfermé dans un budget bisannuel (2011 et 2012) prévu depuis plus d’un an, et qui ne correspond plus aux besoins économiques de l’année prochaine. Pour l’heure, le Trésor refuse de présenter un correctif budgétaire pour 2012 qui aurait permis d’ajuster les recettes aux dépenses publiques.
Quant au paquet fiscal, récemment adopté par Conseil des ministres, il n’est pas destiné à combler le déficit public: il servira à financer les dépenses sociales qui ont été décidées sous la pression de la rue et de la contestation de l’été dernier. Aujourd’hui, Israël a besoin d’investissements qui soient susceptibles de produire de la croissance et de l’emploi: un déficit public qui financerait des investissements productifs de ce type (comme en infrastructures ou éducation) n’est donc qu’un emprunt qui sera aisément remboursable par les recettes fiscales futures qu’il engendrera.
LES SYNDICATS S’INVITENT DANS LA CONTESTATION SOCIALE: ils exigent la fin de la sous-traitance de certaines tâches par les administrations publiques.
Lundi 7 novembre 2011
Les syndicats mettent un pied dans la contestation sociale. Alors que les négociations sociales sont dans l’impasse, la Histadrout a décidé de mettre sa menace de grève à exécution: ce lundi, le pays sera paralysé par un arrêt de travail qui va toucher les principaux secteurs de l’activité économique, comme fonction publique, ports et aéroports, municipalités, hôpitaux, etc. Au cœur du conflit: les salariés intérimaires, employés en sous-traitance rémunérés au salaire minimum et qui ne bénéficient d’aucune garantie d’emploi. Les syndicats exigent de mettre fin à cette pratique de la sous-traitance de certaines tâches, surtout dans le service public. Si le patronat est prêt à des concessions, le gouvernement ne veut rien entendre.
Des salariés « invisibles »
Les exigences des syndicats sont à l’opposé des intentions du gouvernement; alors que celui-ci a l’intention de poursuivre et d’étendre le système d’emploi par sous-traitance, y compris dans la fonction publique, les syndicats exigent de mettre fin à cette pratique. Certes, la flexibilité du travail n’est pas un phénomène nouveau en Israël: il a démarré à la fin des années 80, lorsque le gouvernement israélien commença à privatiser les entreprises publiques et à réduire le nombre des salariés de la fonction publique.
Mais c’est en 2004 que le phénomène a connu un boom: alors que les centrales syndicales n’ont pas pu empêcher les licenciements en masse, le recrutement de salariés aux conditions de travail plus précaires s’est étendu. C’est alors que sont développées de nouvelles modalités d’emploi de salariés « invisibles », comme le travail à temps partiel, les contrats à durée temporaire ou la sous-traitance. Alors que le pouvoir syndical s’affaiblit, le vocabulaire israélien s’enrichit aussi d’une nouvelle terminologie empruntée au modèle anglo-saxon: la sous-traitance devient l’« outsourcing ».
Un intérimaire pour six salariés
Quel est le profil du salarié intérimaire en Israël? Selon les estimations des organisations syndicales, près de 400.000 salariés israéliens sont employés par l’intermédiaire d’une agence intérim, soit près d’un salarié sur six (15%). C’est un des taux les plus élevés des pays occidentaux: dans la plupart des pays de l’OCDE, les intérimaires ne représentent que 2% de la population active. En Israël, la sous-traitance est utilisée intensément dans deux secteurs principaux: le nettoyage et la surveillance; ces dernières années, il s’est aussi étendu au secrétariat et aux services informatiques. La moitié des intérimaires se compose des nouveaux immigrants qui se contentent du salaire minimum et ne réclament pas toujours leurs droits sociaux.
Ce système de sous-traitance est considéré comme bon marché et pratique pour le commanditaire: la main d’œuvre est malléable à volonté et licenciable sans contrainte. Si les intérimaires étaient d’abord employés dans le secteur privé, ils sont aujourd’hui nombreux dans le secteur public: les ministères et municipalités utilisent beaucoup les services de sociétés d’intérim pour assurer le nettoyage de leurs locaux et la surveillance de leur porte d’entrée.
Aujourd’hui, la législation oblige un employeur à intégrer dans ses rangs un intérimaire après neuf mois d’emploi sur le même poste. Or l’application de cette règle est partielle: les patrons font preuve d’imagination pour détourner les obligations légales et pour ne pas augmenter leur personnel.
OUVERTURE DE LA SESSION D’HIVER DE LA KNESSET – Les principaux dossiers économiques qui attendent les députés: réformes sociales, concurrence, régulation, etc.
Lundi 31 octobre 2011
Les fêtes juives de l’automne sont terminées et la libération de Guilad Shalit est derrière nous: les députés israéliens peuvent se remettre au travail. Après trois mois de repos bien mérité, les députés retrouvent les bancs de l’assemblée et les sièges des commissions parlementaires. La session d’hiver de la 18e Knesset s’ouvre ce 31 octobre par une séance plénière traditionnelle et le travail parlementaire va reprendre immédiatement après. D’ailleurs, l’ordre du jour économique des différentes commissions est déjà bien chargé: examen des recommandations de la “commission Trajtenberg pour le changement économique et social”, lutte contre les monopoles, régulation sectorielle, etc. Revue de détails des grands chantiers économiques et sociaux de cette session d’hiver de la Knesset.
Réformes sociales
La contestation sociale, qui a démarré au milieu de l’été et qui est relancée ces jours-ci, occupera une grande partie de l’emploi du temps des députés israéliens. Le rapport de la commission Trajtenberg, qui avait été nommée sous la pression de la révolte sociale, sera examiné par les députés de la Knesset. Ce sont eux qui décideront quelles seront les recommandations du rapport qui seront appliquées, et celles qui seront jetées aux poubelles de l’Assemblée nationale. Ensuite, les mesures retenues devront être transformées en projet de loi par les différentes commissions, puis être adoptées en séance plénière.
Le gouvernement israélien, qui craint un nouveau débordement de la contestation sociale, a prévenu: le rapport Trajtenberg devra être discuté en trois semaines, ce qui est un temps record pour une procédure législative. D’autant plus qu’il couvre des domaines très variés comme l’éducation, le logement, la fiscalité, le coût de la vie, la protection sociale, etc. Par ailleurs, les recommandations ne font pas l’unanimité de toutes les formations de la coalition gouvernementale: Benyamin Netanyahou devra négocier avec chacun de ses partenaires politiques pour ne pas vider le rapport Trajtenberg de sa substance.
Réglementation anti-monopole
Après l’adoption l’an dernier, d’un budget bisannuel qui couvre 2011 et 2012, la commission des Finances aura tout le temps cet automne pour se consacrer au délicat problème des monopoles, trusts et cartels: ceux-ci bloquent la concurrence et tirent les prix à la hausse, ce qui a été à l’origine de la révolte sociale de l’été dernier. Le rapport définitif de la “commission d’experts sur la concurrence”, qui sera remis dans les semaines qui viennent au gouvernement, servira de base de discussion aux députés.
Le président de la commission des Finances de la Knesset, le député Moshé Gafni, a déjà prévenu que sa commission prendra toutes les mesures destinées à favoriser la concurrence et à lutter contre le monopole des cartels industriels. Autre combat que Moshé Gafni entend mener au cours de cette session parlementaire: faire baisser le prix de l’eau. Il envisage notamment de forcer le gouvernement à restaurer le contrôle des prix de l’eau afin d’empêcher toute hausse exagérée sans contrôle parlementaire.
Régulation sectorielle
La commission de l’Economie de la Knesset aussi aura du pain sur la planche. Elle a déjà programmé des réunions-marathon pour remettre un peu d’ordre dans de nombreux secteurs que l’Etat a abandonné à eux-mêmes. Pour le président de la commission, le député Carmel Shama, l’Etat doit renforcer son rôle de régulateur sur toute une série de domaines, comme par exemple:
- la téléphonie mobile: annulation du “droit de sortie” exigé par les opérateurs cellulaires;
- l’automobile: renforcement de la concurrence sur le marché de la voiture importée;
- la banque: réduction des commissions et tarifs bancaires;
- le gaz domestique: suppression des blocages administratifs à la concurrence;
- la TV digitale: élargissement du bouquet de chaînes gratuites.
La régulation de l’Etat a pour but aussi bien de faire baisser les prix de certains produits, que d’améliorer la qualité des services rendus aux consommateurs.
Menaces de grève
Enfin, les menaces de grève qui grondent dans différents secteurs de l’économie israéliennes, ne devraient pas laisser insensibles pas les députés de la Knesset. Ceux-ci devront faire face à toute une série de conflits sociaux qui pourraient ralentir la bonne marche de l’activité économique. Il s’agit de conflits qui menacent aussi bien le secteur privé que des entreprises publiques (chemins de fer, fisc, hôpitaux publics, universités, etc.). Par ailleurs, la menace de la Histadrout, la puissante confédération syndicale, de paralyser le pays pour protester contre l’emploi croissant de salariés par l’intermédiaire d’agences intérim, est toujours d’actualité.
COMMENT ISRAËL PEUT CONTRIBUER AU RELÈVEMENT DES ÉCONOMIES OCCIDENTALES: commandes en Europe, investissements à l’étranger, placements boursiers, etc.
Lundi 24 octobre 2011
A l’heure où un plan européen anti-crise a du mal à se mettre en place, la bonne santé de l’économie israélienne pourrait profiter aux économies chancelantes des pays occidentaux. Si le relèvement de l’économie mondiale passe par l’injection d’argent frais, par l’apport d’investissements étrangers et par l’afflux de commandes aux entreprises locales, alors Israël est bien placé pour apporter sa modeste contribution à la sortie de la crise dans laquelle est plongée la finance internationale. En raison de la croissance forte de l’économie israélienne (le produit intérieur augmentera de 4,9% en 2011), les entreprises israéliennes ont accru leurs commandes à l’étranger, tandis que les investisseurs israéliens n’hésitent plus à placer leurs fonds outremer ou à spéculer sur des valeurs boursières étrangères.
Commandes de marchandises. La croissance de l’économie israélienne est toujours tirée par la consommation des ménages: celle-ci augmentera encore de 4,8% en 2011 après une hausse de 5,3% en 2010. Pour répondre à la demande intérieure croissante, les entreprises israéliennes accélèrent leurs approvisionnements à l’étranger, ce qui contribue à garnir le carnet de commandes des entreprises étrangères. Au cours des huit premiers mois de 2011, les commandes israéliennes à l’étranger ont frôlé les 50 milliards de dollars, soit 29% de plus que l’an dernier. Pour le seul mois d’août dernier, les importations israéliennes de marchandises se sont montées à 6,3 milliards de dollars, soit 21% de mieux qu’en août 2010.
A qui profitent les commandes que les entreprises israéliennes passent à l’étranger? Au pays de l’Union européenne d’abord, qui fournissent 35% des importations israéliennes, soit 18 milliards de dollars au cours des huit premiers mois de l’année. Viennent ensuite les pays d’Asie qui ont fourni 22% des commandes israéliennes depuis le début de l’année (11 milliards de dollars); les Etats-Unis aussi profitent de la croissance israélienne grâce à leurs entreprises exportatrices qui ont fourni 12% des importations israéliennes de janvier à août dernier (6 milliards de dollars).
Placements boursiers. Depuis le début de cette année, la bourse de Tel Aviv déçoit les spéculateurs israéliens: de janvier à la mi-octobre, l’indice “TA-100” a plongé de 22% de sa valeur alors que l’indice des valeurs bancaires dévissait de 33%. Les Israéliens les plus audacieux n’hésitent plus à se tourner vers l’étranger: paradoxalement, la volatilité des bourses étrangères ne dissuade pas les Israéliens de spéculer sur les valeurs cotées sur les grandes places financières internationales. Aujourd’hui, certains analystes israéliens recommandent ouvertement aux spéculateurs d’acheter à bas prix des actions européennes; certes, le yo-yo prévisible des marchés dans les mois à venir exige un goût certain du risque, mais des achats bien calculés permettront aux spéculateurs d’être bien placés lors de la reprise qui ne manquera pas de se produire, une fois la crise financière terminée.
En 2010 déjà, les Israéliens avaient acheté à l’étranger des actions pour un montant net de 7 milliards de dollars. Au début de 2011, le rythme des placements boursiers à l’étranger s’est ralenti mais il semble redémarrer depuis le mois d’août. Au cours des huit premiers mois de cette année, les Israéliens ont acheté sur les bourses étrangères des actions pour un montant net de 1,4 milliard de dollars; plus de la moitié de ces placements (740 millions de dollars) a été réalisée durant le seul mois d’août dernier. La Banque d’Israël indique que les principaux acteurs israéliens sur les marchés étrangers sont les investisseurs institutionnels (fonds de retraite, assurances, banques, etc.), tandis que les particuliers ne jouent qu’un rôle marginal. Les secteurs les plus prometteurs sur les bourses européennes restent les télécoms, l’énergie, l’Internet et l’agroalimentaire.
Investissements directs. Les investisseurs israéliens, qui ont déserté la bourse de Tel Aviv et qui ne veulent plus se risquer à la spéculation boursière, n’hésitent pas à rechercher des opportunités d’investissements directs dans les entreprises étrangères. En 2010 déjà, les investissements directs des Israéliens à l’étranger s’étaient montés à 8 milliards de dollars, soit quatre fois plus que l’année précédente (1,7 milliard de dollars en 2009).
En 2011, le flux d’investissements directs à l’étranger s’est certes ralenti, mais il s’est encore élevé à 2,1 milliards de dollars au cours du premier semestre de cette année. Selon les données de la Banque d’Israël, les investissements directs des Israéliens à l’étranger s’orientent essentiellement vers les secteurs de la haute technologie et de la banque.
LA LIBÉRATION DE GUILAD SHALIT AURA-T-ELLE UN IMPACT SUR L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE? Contestation sociale, politique économique, coopération régionale, etc. Décryptage.
Lundi 17 octobre 2011
Et si Guilad Shalit devait sa libération à la vague de contestation sociale qui a déferlé en Israël au cours de cet été? De nombreux éditorialistes israéliens n’hésitent plus à l’affirmer ouvertement, parfois même avec un brin de cynisme: involontairement ou pas, le Premier ministre Benyamin Netanyahou devrait « profiter » des retombées économiques et sociales de la libération du soldat israélien. Pour d’autres observateurs, ce n’est pas un hasard si la conclusion d’un accord entre Israël et le Hamas survient aujourd’hui: affaibli par la contestation sociale, désemparé par la grève des médecins, isolé par la crise politique avec l’Egypte et la Turquie, le gouvernement israélien va sortir renforcé du retour de Guilad Shalit à Mitspeh Hila, en Galilée.
Economie intérieure
La libération de Guilad Shalit va renforcer la coalition gouvernementale, ce qui permettra à cette dernière de reprendre l’initiative sur les grands dossiers économiques en attente, comme les mesures visant à atténuer les revendications sociales et à freiner la cherté de la vie.
Contestation sociale. Les contestataires israéliens qui ont manifesté cet été pour une plus grande justice sociale risquent de payer cher la libération de Guilad Shalit: les revendications sociales vont perdre de leur importance aux yeux de l’opinion publique et vont être reléguées, au mieux, en dernière page de l’actualité. Les revendications de justice sociale des médecins, des sans-logis, des étudiants ou des jeunes couples, seront ramenées à une proportion différente face aux souffrances du soldat israélien après cinq années passées dans les geôles du Hamas dans la bande de Gaza.
Politique économique. Tous les observateurs israéliens, qui voyaient se profiler à l’horizon des élections anticipées, en seront pour leurs frais. L’accord avec le Hamas va renforcer la coalition gouvernementale qui restera en place jusqu’à la fin de son mandat, dans 18 mois. En redorant son blason, Benyamin Netanyahou va reprendre l’initiative de la politique économique qu’il avait perdu depuis la contestation sociale de cet été: désormais, qui osera réclamer encore de meilleures conditions de travail, de salaire et de logement lorsqu’un soldat rentre d’une aussi longue captivité.
Commission Trajtenberg. Après avoir été approuvé par le gouvernement, le rapport de la “commission pour le changement économique et social” ne devrait pas se heurter à une opposition trop virulente à la Knesset. Dorénavant, le Premier ministre estime que, s’il a obtenu l’approbation de sa coalition pour libérer 1.027 terroristes en échange d’un soldat israélien, il n’aura plus de mal à convaincre la majorité des 120 députés à voter pour les recommandations de la commission Trajtenberg; le rapport de la commission d’experts contient toute une série de réformes fiscales et foncières destinées à lutter contre la cherté de la vie et à réduire les inégalités sociales.
Coopération régionale
L’accord conclu entre Israël et le Hamas pourrait modifier sensiblement les rapports de forces dans la région et avoir des retombées sur les relations économiques qu’Israël entretient avec ses voisins immédiats.
Egypte. Le rôle que les dirigeants égyptiens de l’après-Moubarak ont joué pour finaliser le compromis entre Israël et le Hamas a été déterminant. En renouant le dialogue politique avec le Caire, le gouvernement de Jérusalem espère en retirer des dividendes économiques. Surtout à un moment où les relations économiques entre Israël et l’Egypte sont dans un piteux état: depuis la chute de Moubarak, le gaz égyptien n’arrive plus en Israël, les échanges de marchandises sont réduits au minimum, la coopération industrielle tourne au ralenti et les flux touristiques sont gelés. Les excuses que le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak vient de présenter à l’Egypte, pour la mort des soldats égyptiens au cours de l’infiltration terroriste d’août dernier dans le Sinaï, devraient contribuer aussi au renouveau des relations diplomatiques et économiques entre les deux pays.
Turquie. La candidature de la Turquie pour remplir le rôle de médiateur entre Israël et le Hamas n’a pas été retenue pour ne pas contrarier les Egyptiens. En revanche, Ankara a accepté de peser sur le Hamas pour accélérer les négociations et déboucher sur un accord. En soulignant publiquement le rôle de la Turquie dans la transaction, le Président Shimon Pérès avait aussi à l’esprit l’importance du rétablissement des relations diplomatiques, économiques et touristiques, entre Ankara et Jérusalem. D’ailleurs, la presse turque ne tarit pas d’éloges sur le courage des dirigeants israéliens: le journal populaire Hürriyet précise à ses lecteurs turcs qu’il s’agit de « la transaction est la plus importante des trois dernières décennies au cours desquelles Israël a libéré 7.000 prisonniers palestiniens pour obtenir la libération de 16 soldats ».
Gaza. Les considérations économiques figurent parmi les diverses motivations qui ont poussé le Hamas à conclure aujourd’hui un accord d’échange de prisonniers avec Israël. Après cinq ans d’isolement international, avec un taux de chômage de 26% et des difficultés économiques quotidiennes, les dirigeants de Gaza ont voulu montrer à leur peuple qu’ils sont aussi capables de succès; ils espèrent notamment bénéficier d’un allégement du blocus de la bande de Gaza imposé par les autorités israéliennes depuis la capture du soldat de Tsahal et qui entrave le développement économique de la bande.
SOS HÔPITAUX PUBLICS. La menace de démission des Internes remet en cause la qualité du service public de santé.
Lundi 10 octobre 2011
Si les Internes des hôpitaux publics en Israël ont choisi de renoncer à leur vocation plutôt que d’accepter la dégradation de leurs conditions de travail, c’est que l’heure est grave. Aujourd’hui, c’est tout le service public hospitalier qui est en danger: 730 médecins hospitaliers, en cours de spécialisation, menacent de démissionner en bloc, en signe de protestation contre l’accord salarial conclu entre le Trésor et le Syndicat des Médecins. Pourtant, il aura fallu six mois de grève et d’"anarchie" dans les hôpitaux publics pour parvenir à un accord salarial qui soit acceptable par les deux parties. C’était sans compter sur les Internes des hôpitaux, qui ont préféré dénoncer l’accord signé par leurs représentants syndicaux en le qualifiant de « honteux ».
Imbroglio juridique
Certes, les médecins hospitaliers dénoncent un malaise profond et réel: de mauvaises conditions de travail, un salaire horaire de misère, des cadences de travail accélérées, etc. Pourtant, l’accord signé le 26 août dernier était sensé réparer de nombreuses injustices accumulées par le service public hospitalier depuis plusieurs décennies; il garantit notamment une revalorisation substantielle des salaires, comprise entre 24 et 49%. Seulement voilà, cette revalorisation est étalée sur neuf ans, ce qui paraît bien long aux Internes: ceux-ci réclament donc de raccourcir de moitié la durée de l’application de l’accord salarial.
Autre acquis de cet accord: il s’attaque à une des inégalités criantes du système israélien qui réside dans le fait que la densité des médecins va en s’amenuisant au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre du pays. C’est pourquoi, l’accord prévoit que l’augmentation du salaire des médecins sera modulée en fonction de deux paramètres principaux: l’éloignement géographique du centre du pays et la rareté de la spécialisation exercée.
Malgré ces acquis non négligeables, une partie des médecins a rejetée l’accord signé par leurs représentants syndicaux. C’est du jamais vu dans l’histoire des relations du travail en Israël selon lesquelles une convention collective signée ne peut être dénoncée! Même les juges du Tribunal des Prud’hommes à Jérusalem n’ont pas encore trouvé de parade à cet imbroglio juridique.
Inégalités régionales
Une des pommes de discorde entre les Internes et le Trésor concerne les inégalités régionales. Certes, les écarts entre le centre du pays et sa périphérie sont palpables dans tous les secteurs de la vie économique et sociale: éducation, logement, emploi, infrastructures, etc. Mais c’est dans le domaine de la santé que les inégalités sont particulièrement fortes. Les effectifs du personnel hospitalier sont une des sources de cette inégalité: si la moyenne nationale des effectifs médicaux (tous métiers confondus) est de 3,4 pour 1.000 habitants, l’écart va presque du simple au double entre la région Sud (10 pour 1.000 habitants) et Tel Aviv (19 pour 1.000 habitants). Même disparité régionale en ce qui concerne les lits d’hôpitaux: on en compte 2,6 pour 1.000 habitants à Jérusalem contre seulement 1,1 pour 1.000 habitants dans le Sud.
Conséquences de cette répartition inégale des moyens médicaux: la disponibilité et la qualité des soins vont en diminuant lorsque l’on s’éloigne du centre du pays. Si dans la région Centre, la mortalité infantile est de 2,3 pour 1.000 naissances vivantes, elle monte à 4,6 pour 1.000 naissances dans les régions Nord et Sud. Quant à l’espérance de vie, elle est de 79,9 ans à Jérusalem, contre 78 ans dans le Sud et 76,9 ans dans le Nord.
Des choix politiques
Désormais, le secteur hospitalier dépend des choix politiques, même si ceux-ci ont aussi des retombées financières. Il s’agit surtout de repenser le secteur public hospitalier en redéfinissant ses moyens et ses fonctions; il est urgent, par exemple, de revoir l’exercice d’une médecine privée à l’intérieur des établissements publics qui est une des principales sources d’inégalités entre les Israéliens les plus riches et ceux qui ne peuvent se payer des soins privés.
Autre crise sans précédent de la médecine israélienne: la pénurie de médecins qui existe dans tous les pays occidentaux, et en Israël aussi. L’Etat doit augmenter rapidement les quotas d’étudiants admis en médecine ainsi que faciliter le retour de ceux qui ont étudié à l’étranger. L’ouverture d’une nouvelle faculté de Médecine à Safed est un premier pas en ce sens, mais ses effets ne se feront ressentir que dans une décennie.
En définitive, le salaire des médecins n’est qu’une des composantes du malaise que traverse le service public de santé en Israël. Le gouvernement israélien devrait saisir l’occasion de cette crise pour s’attaquer à d’autres « pénuries », comme l’insuffisance de lits d’hôpitaux et de matériel de pointe. Bref, il devient urgent de mettre un terme à la baisse continue des dépenses publiques de santé, tendance qui se traduit par la hausse lente mais régulière des dépenses privées de santé.
8 MILLIONS D’ISRAÉLIENS À LOGER: en raison de la pénurie de logements, les 48.997 nouveaux couples qui se sont mariés l’an passé ont du mal à se loger.
Lundi 3 octobre 2011
La nouvelle année juive s’est ouverte en Israël avec près de 8 millions d’habitants, ou plus exactement avec 7.797.400 Israéliens. Dorénavant, Israël fait partie du groupe des pays de taille moyenne en dépassant, par sa démographie, la Suisse (7,6 millions d’habitants), la Jordanie (6,2 millions d’habitants) ou l’Irlande (4,2 millions d’habitants). La démographie confère à un pays une force politique et diplomatique sur laquelle les autres puissances du monde doivent compter. Sur le plan local, la démographie est aussi un enjeu économique pour les autorités israéliennes: 8 millions de bouches à nourrir, c’est facile; mais 8 millions d’individus à loger, c’est une autre paire de manches.
62 230 couples à loger
Le compte est simple: au cours de l’an passé, 48.997 couples israéliens ont convolé en justes noces. Durant la même période, ce sont 13.233 couples qui ont divorcé, ce qui représente autant de séparations de toit. Au total, ce sont 62.230 couples, ou familles monoparentales, qui ont cherché à se loger l’an dernier. Et ce n’est pas tout: 166.255 enfants sont nés l’an passé en Israël, soit 460 par jour. Ce sont autant de parents qui envisagent de changer d’appartement pour loger décemment la famille qui s’agrandit mais qui, entretemps, devront se serrer un peu plus dans chaque pièce.
Face aux 62.000 familles qui ont cherché un toit l’an passé, les promoteurs ont mis en chantier 42.000 logements au cours des douze derniers mois (de juillet 2010 à juin 2011). Soit un déficit de 20.000 logements en un an. Comme ce déficit existe depuis une décennie, ce ne sont pas moins de 200.000 logements qui manquent aujourd’hui en Israël pour permettre à tous les Israéliens de se loger décemment. Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte les milliers d’étudiants à la recherche d’une chambre bon marché, ni même les nouveaux immigrants (5.000 familles en 2011) dont l’intégration en Israël passe aussi par un logement correct.
Tassement de la demande
La conclusion qui s’impose de ces chiffres est évidente: Les “Indignés” israéliens, qui réclament un logement décent et bon marché, ont raison. Israël a besoin d’une solution rapide à la pénurie de logements. La recommandation de la commission Trajtenberg de construire 60.000 logements par an pendant 5 ans n’est donc pas exagérée; elle permettra de résorber la pénurie qui s’est formée sur le marché de l’immobilier et de faire baisser prix. C’est maintenant au gouvernement israélien d’agir.
Entretemps, la « contestation immobilière » aura eu un premier effet positif: elle a provoqué un refroidissement du marché de l’immobilier. De janvier à août 2011, la vente de logements neufs a chuté de 24% par rapport à la même période de l’an dernier, pour se fixer à 13 050 logements. La baisse a été particulièrement brutale dans le centre du pays: au mois d’août dernier, il s’est vendu 42% de logements en moins qu’en juillet 2011 et 57% de moins qu’en août 2010. En raison du tassement de la demande, le stock de logements neufs invendus a augmenté de 4% en un seul mois pour se situer à 17.600 logements neufs invendus au début septembre: voilà un argument qui convaincra peut-être les promoteurs de baisser leurs prix.
LA NOUVELLE ANNÉE JUIVE 5772 S’OUVRE SUR UN NOUVEL ORDRE ÉCONOMIQUE RÉGIONAL. La tourmente régionale pourrait constituer une menace pour l’économie israélienne.
Lundi 26 septembre 2011
Les Palestiniens réclament leur indépendance politique, l’Egypte est en proie à une révolution populaire, la Turquie réduit ses relations diplomatiques avec Israël, la Jordanie affiche son soutien aux revendications palestiniennes. Alors que l’influence américaine dans la région s’estompe, l’affaiblissement de la zone euro risque aussi de se propager dans le monde entier par le biais du commerce international. Bref, Israël est pris dans la tourmente régionale qui menace d’affaiblir son économie. La nouvelle année juive 5772 s’ouvre donc sur un nouvel ordre économique régional, dans lequel la coopération cédera la place à la confrontation. Revue de détails.
Territoire palestinien. Si la troisième Intifada n’aura pas lieu, l’instabilité politique qui va suivre les discours prononcés devant l’Assemblée générale de l’ONU ne sera bon ni pour le tourisme, ni pour le commerce, ni pour les affaires. L’embellie économique du territoire palestinien convaincra peut-être les Palestiniens de freiner, même provisoirement, leur aspiration à l’indépendance politique. Et les menaces israéliennes de fermer le « robinet économique » (transfert de taxes, circulation des hommes et marchandises) semblent avoir eu les effets escomptés: les milieux d’affaires palestiniens font pression sur les dirigeants de Ramallah pour éviter des affrontements qui porteraient un coup fatal au démarrage économique de la Cisjordanie.
En revanche, un regain de violence ne porterait pas seulement atteinte à l’économie palestinienne: l’économie israélienne aussi en paiera le prix, notamment parce que les territoires palestiniens sont le second partenaire commercial d’Israël. La principale menace pour l’économie israélienne viendra aussi d’une augmentation de dépenses militaires, de la baisse du tourisme, du retrait des investissements étrangers et du boycott des produits israéliens.
Egypte. L’accord de paix israélo-égyptien n’a jamais permis un décollage de la coopération économique entre les deux pays et le potentiel commercial reste encore sous-exploité. En 2010, le commerce bilatéral (exportations et importations réunies) s’est élevé à 503 millions de dollars, soit 24% de mieux qu’en 2009. En revanche, les échanges ont reculé en 2011: de janvier à juillet, le commerce bilatéral s’est monté à 215 millions de dollars seulement, soit 17% de moins que l’an passé.
En l’absence d’un pouvoir politique stable au Caire, les échanges avec Israël resteront tributaires du bon vouloir de quelques fonctionnaires égyptiens. Au delà des livraisons égyptiennes de gaz qui ont été suspendues, les fournitures israéliennes à l’Egypte ne sont pas très importantes au niveau national; en revanche, l’Egypte constitue un marché non négligeable pour une vingtaine d’entreprises israéliennes, notamment dans les secteurs de la chimie (Oil Refineries, Haifa Chimicals, Dead Sea Works, etc.) et du textile (Delta, Carmel Olefins, Offis Textile, Tiv Textile Industries, etc.).
Jordanie. La coopération avec la Jordanie est importante pour Israël, aussi bien en tant que facteur de paix dans la région que comme ouverture commerciale vers les pays de l’Extrême-Orient qui n’ont pas forcément de relation diplomatique avec Israël. La stabilité du pouvoir hachémite à Amman est donc un enjeu important pour les dirigeants de Jérusalem qui craignent qu’une chute du roi Abdallah ne renforce les Palestiniens qui constituent la majorité de la population jordanienne.
Depuis la signature du traité de paix israélo-jordanien en 1994, les échanges bilatéraux sont toujours restés modestes: en 2010, le commerce entre les deux pays s’est monté à 280 millions de dollars, soit 7% de moins qu’en 2009. L’instabilité du régime d’Amman dissuade les patrons israéliens de développer leurs débouchés vers le marché jordanien: en 2010, on comptait 260 entreprises israéliennes qui exportaient leurs marchandises vers la Jordanie, soit 17% de moins qu’en 2009. En revanche, au cours des sept premiers mois de 2011, les échanges bilatéraux semblent avoir redémarré: ils sont montés à 206 millions de dollars, soit un bond de 40% par rapport à la même période de l’année précédente.
Turquie. Après avoir essuyé le refus de l’Union européenne de l’accueillir dans ses rangs, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a sans doute décidé de renforcer le rôle de la Turquie comme grande puissance régionale, y compris au prix du bouleversement de son alliance avec Israël. Le début d’une « guerre froide » avec Israël s’est déjà traduit par un abaissement des relations diplomatiques entre Ankara et Jérusalem et par le gel de la coopération économique avec le gouvernement israélien, y compris dans le domaine militaire.
Pour l’heure, les échanges entre les entreprises privées des deux pays ne sont pas remis en cause, même si l’atmosphère politique n’est pas très favorable aux affaires. La Turquie reste le sixième client d’Israël: en 2010, le marché turc a absorbé pour 1,3 milliard de dollars de marchandises israéliennes, essentiellement des produits chimiques et pétroliers (qui représentent 70% des ventes israéliennes à la Turquie). Au cours des sept premiers mois de 2011, le commerce bilatéral a même augmenté de 28% par rapport à la même période de l’an passé pour atteindre 2,4 milliards de dollars (1,1 milliard d’exportations israéliennes vers la Turquie contre 1,3 milliard d’importations). Il n’empêche que si la Turquie multiplie ses menaces contre Israël, les relations économiques entre les deux pays seront les premières à en pâtir.
L’ÉCONOMIE PALESTINIENNE EST PRÊTE À LA CRÉATION D’UN ÉTAT INDÉPENDANT: budget, impôts, services municipaux, santé, banque, industrie, Tycoons, etc. Tour d’horizon.
Lundi 19 septembre 2011
A la veille du débat aux Nations Unies sur la reconnaissance d’un Etat palestinien, la question de la viabilité économique du territoire palestinien revient à l’ordre du jour. Dorénavant, les experts internationaux sont unanimes à considérer que l’économie palestinienne est prête à évoluer dans le cadre d’un Etat indépendant. Au cours des deux dernières années, l’Autorité palestinienne, sous la houlette de son Premier ministre Salam Fayyad, a fait des progrès substantiels dans la construction d’institutions étatiques, dans la collecte d’impôt, dans la fourniture de services publics, dans le système de santé et de protection sociale, etc. Revue de détails de l’économie palestinienne en gestation.
Gouvernance. L’Autorité palestinienne a engagé des réformes institutionnelles qui ont permis la mise en place d’un système efficace de prélèvements fiscaux, d’une commission anti-corruption et d’un système juridique conforme aux normes internationales. Par ailleurs, un système d’évaluation de l’aide étrangère (dit « the Palestinien Aid Management System ») permet aux autorités palestiniennes de mieux coordonner les dépenses publiques et de gérer les fonds dans la transparence absolue.
Recettes fiscales. Ces dernières années, l’Autorité palestinienne a engagé des réformes budgétaires strictes pour endiguer le déficit budgétaire, améliorer la discipline budgétaire et réduire la dépendance vis-à-vis de l’aide des donateurs. Le prélèvement des impôts s’est sensiblement amélioré: en 2010, les recettes publiques totales ont augmenté de 22 % pour atteindre 1,9 milliard de dollars. De l’autre côté, les dépenses ont été réduites de 4%, ce qui a permis de réduire le déficit budgétaire à 1,5 milliard de dollars. Le solde budgétaire est encore couvert par l’aide internationale.
Protection sociale. L’Autorité palestinienne a élaboré, avec le concours de la Banque mondiale et de l’Union européenne, un programme d’assistance en espèces aux familles les plus démunies dit “Projet de réforme des filets de protection sociale” (PRFPS). En 2010, le PRFPS a fourni une aide sociale à plus de 63.000 familles pauvres au moyen d’un mécanisme efficace de ciblage des pauvres, alors que 25.000 autres ménages ont bénéficié d’un transfert exceptionnel pour faire face à la flambée des prix des denrées alimentaires. Par ailleurs, un nouveau système de retraite est entré en vigueur à partir de 2010 et il sera progressivement amélioré pour garantir sa soutenabilité financière à long terme.
Santé. Un système de santé publique est présent dans tout le territoire contrôlé par l’Autorité palestinienne. Avec le soutien des organisations internationales, la santé des Palestiniens a atteint un niveau de performance comparable, voire supérieur, à celui des autres pays de la région. La qualité des soins se traduit par des indicateurs de santé meilleurs que ceux prévalant dans les pays arabes voisins, comme la mortalité infantile et l’espérance de vie.
Services municipaux. De plus en plus de foyers de la Cisjordanie et de la bande de Gaza bénéficient de services publics qui sont fournis par les municipalités, comme l’eau courante et l’électricité. Trois autres services sont fournis par 80% des municipalités palestiniennes: le ramassage des ordures ménagères, l’entretien des rues et l’alimentation en eau potable. Enfin, 60% des municipalités fournissent quatre autres services: l’éclairage public, la planification urbaine, la rénovation des écoles et l’entretien des trottoirs.
Banques. Le secteur bancaire palestinien compte 18 banques, dont 10 sont des succursales de banque étrangères, et dispose de 198 agences réparties sur le territoire de la Cisjordanie et de Gaza. Les banques palestiniennes sont réputées pour être « conservatrices »: elles n’ont pas souffert de la crise financière mondiale et ne sont pas exposées aux dettes européennes. En revanche, elles accordent des crédits aux particuliers et à l’Autorité palestinienne. Elles sont contrôlées par l’Autorité monétaire palestinienne qui joue le rôle de banque centrale depuis 1994.
Industrie. Un cadre légal a été mis en place pour rassurer les investisseurs et développer l’industrie locale: loi sur les sociétés, loi sur les investissements, etc. Les entreprises du secteur manufacturier tendent à être plus innovantes et plus efficientes que les entreprises du secteur non marchand, mais elles sont encore handicapées par les restrictions imposées par les autorités israéliennes à la circulation des marchandises. Désormais, l’industrie low-tech (agroalimentaire, papier, matériaux de construction, etc.) cohabite avec une industrie high-tech naissante (télécoms, électronique, etc.).
Tycoons. Les Palestiniens n’ont pas leur “Rothschild” mais l’Autorité palestinienne a déjà réussi à attirer des milliardaires palestiniens qui ont fait fortune à l’étranger. Le plus célèbre est Bashar Masri, qui a fondé à Ramallah la compagnie d’investissement Massar International Ltd spécialisée dans l’immobilier et le high tech, et qui construit Rawabi, la première ville nouvelle palestinienne. Parmi les autres milliardaires, on trouve notamment Munib R. Masri (sans lien avec le précédent) qui préside le conglomérat Padico.
Sécurité intérieure. L’Autorité palestinienne a déployé sur son territoire une force de police comprenant 63.515 agents de sécurité qui sont entraînés et équipés par les gouvernements occidentaux. Le sentiment de sécurité va croissant parmi la population palestinienne: un sondage, réalisé à la fin de 2009, indiquait que 63% des Palestiniens de la Cisjordanie se sentaient en sécurité, contre 32% au début de 2008.
Vie quotidienne. Malgré le chômage et la pauvreté, les Palestiniens jouissent d’un niveau de vie moyen qui n’a rien à envier à beaucoup de pays de la région. Dorénavant, 99% des foyers palestiniens sont reliés au réseau électrique et 92% des familles disposent d’au moins un téléphone portable. De même, l’eau est devenue un secteur prioritaire pour l’Autorité palestinienne qui encourage toutes les mesures visant à améliorer l’accès à l’eau potable: connexion des foyers au réseau public d’eau, traitement des eaux usagées, etc.
Ces différents progrès enregistrés par l’économie palestinienne ne doivent pas occulter les difficultés auxquelles elle doit faire face: le gouvernement reste fortement dépendant de l’aide internationale pour boucler son budget, les entreprises restent dépendantes des autorités israéliennes pour participer au commerce international, les ménages dépendent d’Israël pour leur approvisionnement en électricité et en eau. En revanche, les organisations internationales ont confirmé récemment que le renforcement des institutions de l’Autorité palestinienne se situait au-dessus du seuil nécessaire à un Etat indépendant.






