Jacques Bendelac

Les Pages Economiques de Jacques Bendelac

Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem. Il a enseigné l’économie dans les universités françaises et israéliennes. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont « Israël à crédit », « l’Economie palestinienne », « la Nouvelle Société israélienne ». Ses recherches actuelles portent sur la société civile en Israël. Dernier ouvrage publié : « les Arabes d’Israël » (Ed. Autrement, Paris, 2008).

CHANGEMENT CLIMATIQUE – LA TEMPÉRATURE ESTIVALE DE CET HIVER VA CONTRIBUER À LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE: le moral des ménages est au beau fixe, les crédits à la consommation se multiplient, l’immobilier redémarre.

Lundi 8 mars 2010

La météo vient-elle au secours de l’économie israélienne? Si en Europe et aux Etats-Unis, le mauvais temps freine la reprise de l’activité économique, c’est l’inverse qui se produit en Israël. La température estivale de cet hiver incite les Israéliens à sortir de chez eux, à multiplier leurs achats et à consommer à crédit. Les principaux perdants: les agriculteurs, qui sont pénalisés par le manque d’eau et par la baisse de leurs exportations vers les marchés européens. Tour d’horizon des impacts du changement climatique sur l’économie israélienne.

Le moral des ménages est au beau fixe

Les dépenses des ménages restent largement tributaires de la météo: en hiver, les ménages sortent moins de chez eux, n’achètent que les produits indispensables et remettent aux beaux jours les achats importants. Or cette année, les habitudes des Israéliens ont changé: en plein hiver, la consommation des ménages a rebondi et elle est devenue le principal moteur de l’activité économique. Certes, la bonne tenue de la consommation est aussi l’effet de la reprise économique, mais pas seulement.

Qu’on en juge: tous les achats de biens durables ont fait un bond au dernier trimestre de 2009. Les vendeurs d’électroménagers, ameublement, véhicules, etc. indiquent tous une progression de leur chiffre d’affaires. Et si les Israéliens achètent à crédit, c’est plus par habitude que par nécessité. Durant les trois derniers mois (de novembre 2009 à janvier 2010), les achats à crédit ont fait un bond de 8,7%. Tous les secteurs sont concernés par cette frénésie de consommation à crédit: les services (+ 13%), l’électroménager (+ 12%), l’alimentation (+ 8%), etc.

L’immobilier redémarre en plein hiver

Les saisons influencent aussi les transactions immobilières: l’hiver est peu propice aux achats d’appartement. Comment expliquer alors qu’au seul mois de janvier, les ventes d’appartements neufs ont fait un bond de 9%? Et comme la construction tourne au ralenti, le stock de logements disponibles sur le marché va en diminuant: en janvier 2010, le nombre de logements neufs disponibles est inférieur de 26% à celui qui prévalait en janvier 2009. A défaut d’accélérer les constructions, le stock existant suffira à satisfaire la demande des sept prochains mois seulement.

Déçus par le rendement des placements financiers, les Israéliens n’hésitent plus à investir toutes leurs économies dans la pierre. Jamais, en plein hiver, le marché israélien de l’immobilier n’avait connu une telle frénésie. Les promoteurs immobiliers se disputent les terrains à construire et les projets immobiliers sont pris d’assaut. A Tel Aviv, les appartements d’une tour de grand standing ont été entièrement vendus, sur plan, en quelques heures; les nouveaux locataires devront attendre au moins cinq ans avant l’achèvement de la construction.

Les agriculteurs souffrent du changement climatique

Seul secteur qui, en Israël, contredit cet optimisme à contre-saison: l’agriculture qui souffre du changement climatique. Les agriculteurs israéliens sont doublement pénalisés: d’abord par les intempéries en Europe, ensuite par le beau temps qui règnent en Israël. Le rude hiver européen n’a pas incité le consommateur à sortir de chez lui et à acheter. La consommation des ménages s’est contractée, en particulier les achats de fruits et légumes sur les marchés découverts. C’est ainsi qu’au moment des fêtes de fin d’année, les exportations israéliennes de fleurs vers les bourses européennes ont baissé de 10%; elles se sont montées à 900 tonnes, contre 1,1 million de tonnes l’année passée.

En Israël par contre, ce sont les caprices de la météo hivernale qui rend la vie difficile aux agriculteurs. Des jours de sirocco précèdent des nuits de gel et des journées de pluies torrentielles. Les cultures israéliennes souffrent soit d’une pénurie d’eau, soit d’une inondation des champs. Et ce n’est pas le soleil estival des mois de janvier et février qui a permis aux cultures de poursuivre normalement leur cycle de développement.

REPRISE DE LA CONSOMMATION – Après la crise économique, les Israéliens modifient leurs habitudes de consommation: produits sans marque, achats express, cocooning, etc.

Lundi 1er mars 2010

La consommation des ménages a repris sa progression au second semestre de 2009 avec un bond de 6,1%. Il n’empêche que la crise est passée par là: si les Israéliens achètent plus, ils consomment différemment. Finis les achats d’impulsion et le lèche-vitrine: désormais, le consommateur israélien privilégie les bas prix, économise du temps et donc de l’argent. Les difficultés financières de l’année dernière ont modelé de nouvelles habitudes de consommation parmi les Israéliens: produits sans marque, achats express, cocooning, etc. Revue de détails.

Les produits sans marque

La récession de 2009 a modifié le comportement du consommateur israélien: celui-ci devient plus rationnel et ses achats sont plus fonctionnels. Dorénavant, le prix est un des principaux facteurs que l’Israélien prend en compte dans sa décision d’achat. Les grandes surfaces ont compris que si le consommateur cherche les produit bon marché, il ne renonce pas, pour autant, à la qualité; elles ont donc lancé leur propre marque, n’hésitant pas à retirer des rayons les produits les plus chers des grands fabricants israéliens.

Au cours de 2009, la vente des produits sans marque dans les grandes surfaces a fait une percée dans tous les secteurs. Dans les seuls rayons de l’alimentation, elle a fait un bond de 20% en moyenne: dorénavant, les produits libres représentent 5% du marché israélien de l’alimentaire. Cette tendance s’étend aussi aux autres rayons de consommation courante: articles vestimentaires, produits d’entretien, cosmétique, etc.

Aujourd’hui, la chaîne de supermarchés Shufersal propose à la vente un choix de 1.000 produits sans marque; ce créneau lui a permis de réaliser un chiffre d’affaires de 700 millions de shekels (€ 130 millions) en 2009. Chez Méga aussi, on incite ouvertement le consommateur à préférer les produits libres. La chaîne a lancé une campagne de publicité télévisée en faisant appel à une célébrité locale (le présentateur Avri Guilad) qui se demande « pourquoi payer plus cher, juste pour une marque? ». En 2009, Méga a vendu pour 300 millions de shekels de produits libres (€ 55 millions).

Les achats express

En période de récession, le consommateur israélien est devenu pratique et calculateur. Le plaisir du shopping et du lèche-vitrine a été remplacé par les achats rapides qui permettent au consommateur de se concentrer sur l’essentiel sans perdre de temps. D’où le concept de « boutiques express » qui répond aux besoins du consommateur pressé. Au cours de 2009, les commerçants, distributeurs et fournisseurs de service, ont compris le potentiel des achats express. Dorénavant, de nombreux secteurs sont concernés par ce nouveau mode de consommation: la banque, les supermarchés, la restauration, et même la manucure.

Dans le secteur bancaire, la Bank Hapoalim a été le précurseur dans le domaine des services rapides. En 2009, elle a créé un réseau de 15 agences Poalim Express et une l’ouverte d’une centaine d’agences est programmée pour les années qui viennent. Dans la grande distribution, Shufersal a créé le réseau de proximité Shufersal Express qui permet de faire ses achats rapidement et à toutes les heures de la nuit: huit magasins ont été ouverts en 2009, l’objectif étant d’ouvrir prochainement 40 magasins supplémentaires. Le même concept de vente rapide est développé par les supermarchés Riboua Kahol sous l’enseigne “AM:PM”, et par Tiv Taam sous l’enseigne “In the City”.

Aujourd’hui, la vente rapide s’est étendue à des secteurs inattendus. A Tel Aviv, une boutique de “manucure express” sous l’enseigne LAKA vient de s’ouvrir: elle propose ses services en 15 minutes, sans besoin de fixer un rendez-vous d’avance. Même dans la restauration rapide, le consommateur peut avoir accès à la cuisine marocaine (“Marrakech Express”) et à la cuisine de chefs (“Seguev Express”) sans perdre de temps et à petits prix.

Le cocooning

Les difficultés financières n’incitent pas forcement à sortir de chez soi: d’où la tendance au « cocooning » qui consiste à se trouver si bien chez soi qu’on n’est guère poussé à en sortir. L’usage de la technologie domestique favorise ce type d’attitude: Internet, multimédias, cinéma à la maison, etc. Les Israéliens aussi sont moins sortis de chez eux en 2009, ce qui a conduit les commerçants à transformer cette tendance au cocooning en une opportunité commerciale.

Le cocooning alimentaire est une des principales tendances de ce nouveau mode de consommation. En période de crise économique, les Israéliens hésitent à sortir au restaurant: dorénavant, ils préfèrent manger chez eux et pas seulement des pizzas livrer à domicile. C’est ainsi que, sur les trois derniers mois (de novembre 2009 à janvier 2010), les grandes surfaces ont constaté une augmentation exceptionnelle de 8% des ventes de produits alimentaires, ce qui tend à prouver que les israéliennes se sont remises à leur fourneaux. Certains produits consommés lors de loisirs d’intérieur aussi ont fait un bond, comme les pop-corn (+ 11%) et les biscuits salés d’apéritif (+ 7%).

Les services à domicile ne concernent pas que la restauration, mais aussi des ateliers et cours dans de nombreux domaines (cosmétique, aménagement d’intérieur, travaux de rénovation, etc.), des conférences, des ventes à domicile, etc. La tendance au cocooning se retrouve aussi dans les achats d’ameublement et accessoires d’intérieur ainsi que dans le renouveau du “Do-It-Yourself”.

CULTURE ET POLITIQUE – le gouvernement lance un vaste chantier de préservation du patrimoine historique; le choix des sites à rénover est l’objet d’une polémique politico-financière.

Lundi 22 février 2010

Sauver le patrimoine historique, voilà une intention louable. Sauf que la rénovation coûte souvent cher au contribuable et que les gaspillages sont fréquents. Le Conseil des Ministres vient pourtant de lancer un vaste programme de conservation du Patrimoine culturel du pays. Et c’est à Tel Haï, en Haute Galilée, que le gouvernement s’est réuni hier pour lancer ce nouveau grand chantier. Le choix de ce lieu est symbolique: Tel Haï (en hébreu: Colline de la Vie) est un site historique qui illustre la colonisation juive dans la région durant le mandat britannique. Pour mener ce programme à son terme, le gouvernement ne va pas lésiner sur les moyens: des crédits d’un montant de 400 millions de shekels (€ 75 millions) seront débloqués à cet effet sur les six années à venir.

150 sites historiques seront rénovés

Il y a quelques mois, le Premier ministre Benyamin Netanyahou avait confié à Tsvi Hauser, le Secrétaire général du gouvernement, la charge de préparer un plan de conservation du Patrimoine d’Israël. Le Conseil des ministres vient d’adopter ce projet; il s’agit d’un document de 350 pages qui établit l’inventaire du patrimoine israélien à rénover. Tous les domaines sont concernés: culturel, archéologique, historique, folklorique, musical, etc.

Selon le programme de conservation, 150 sites historiques seront rénovés, restaurés ou retapés. Parmi les sites sélectionnés par le programme gouvernemental: Tel Megiddo dans la Vallée de Jezréel, les grottes de Qumram dans le désert de Judée, les vestiges de Bet-Shéan, la vieille ville de Tibériade, l’ancienne gare ferroviaire de Jérusalem, le quartier Montefiore à Tel Aviv, la cabane de Ben Gourion à Sdé Boker, etc.

Les sites historiques ne sont pas les seuls composantes du Patrimoine national visées par le chantier; ce dernier comprend aussi la restauration de films et documents sonores, de musique, de photographies, etc., autant de documents d’archive qui font partie du patrimoine culturel du pays. Le projet d’une grande Bibliothèque nationale sera également relancé dans les semaines qui viennent.

4.500 emplois seront créés

Le coût estimé de ce chantier de rénovation est d’un montant de 400 millions de shekels (€ 75 millions), étalés sur les six années à venir. Cette facture sera financée principalement (42%) par le budget ordinaire de la Présidence du Conseil. Le reste (58%) sera prélevé sur les crédits des autres ministères et les collectivités locales. A moyen terme, le gouvernement estime que des organisations non gouvernementales prendront le relais du financement à hauteur de 200 millions de shekels supplémentaires.

Pour convaincre les plus réticents, la Présidence du Conseil met l’accent aussi sur les retombées économiques de ce nouveau chantier. Selon les estimations officielles, le projet permettra la création de 4.500 nouveaux emplois, dont 1.600 en Galilée et dans le Néguev. La contribution de ce projet au produit national est estimée à 1,4 milliard de shekels (0,2% du PIB sur six ans), près de la moitié provenant des retombées touristiques.

La politique se mêle de la culture

L’adoption de ce programme a ravivé les tensions politiques, aussi bien au sein du gouvernement que dans les rangs de l’opposition. Forcement, le choix des sites à rénover n’est pas dénué de considération politique ou d’intérêt partisan.

A droite de l’échiquier politique, on a regretté que la liste initiale des sites retenues pour la conservation ne comprenne pas des lieux spirituels du peuple juif comme: le tombeau de Rahel à côté de la ville de Bethléem, le caveau des Patriarches près d’Hébron, le tombeau de Joseph à Naplouse, la Cité de David dans la Vieille ville de Jérusalem, etc. Or, les pressions qui se sont exercées sur le Premier ministre ont porté leur fruit: en plein Conseil des ministres, Benyamin Netanyahou a annoncé que le caveau des Patriarches et le tombeau de Rahel seront ajoutés à la liste des sites à rénover et qu’ils bénéficieront d’un budget spécial de l’Agence juive…

A gauche en revanche, on s’étonne de la facilité avec laquelle le gouvernement a débloqué de nouveaux crédits. On fait remarquer que d’autres investissements sont bloqués, faute de crédits suffisants, par exemple dans le secteur de l’éducation et des infrastructures. De même, les salariés menacés de licenciement dans le nord du pays ont protesté contre la politique du Trésor qui conditionne l’aide publique à la suppression de postes.

Les expériences étrangères montrent que, sans études sérieuses et souci de rationalisation, les chantiers de rénovation peuvent engloutir des fortunes. Et en Israël plus qu’ailleurs, le coût des grands travaux finit toujours par déraper; surtout si les politiciens, maires et élus locaux, mêlent leurs intérêts politiques à la préservation du patrimoine national.

ISRAËL EUROPE – L’économie israélienne pourrait sortir renforcée de la crise financière qui touche le bloc des quatre pays fragiles de la zone euro (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne).

Lundi 15 février 2010

La vague de froid qui paralyse l’Europe n’est pas le principal événement de cet hiver. La crise financière qui frappe certains pays va laisser plus de traces sur les Européens que la rudesse de l’hiver. Aujourd’hui, c’est la Grèce qui demande l’aide économique des institutions européennes. Demain, la liste d’attente pour l’aide européenne va s’allonger: l’Espagne, le Portugal et l’Irlande accumulent aussi les déficits. La presse israélienne n’hésite pas à désigner symboliquement ces quatre pays européens par leurs initiales péjoratives en anglais: PIGS. Pour Israël, la fragilisation de la zone euro peut tourner à son avantage: elle pourrait renforcer l’économie israélienne en mettant en évidence la crédibilité de son système financier et la solidité de son modèle économique. Le malheur des Européens pourrait faire le bonheur des Israéliens. Démonstration.

L’écart de la richesse par tête se réduit

L’économie israélienne est déjà plus forte que celle de beaucoup de pays européens, et en particulier du groupe des “PIGS”. L’indicateur habituellement utilisé pour mesurer la richesse nationale est le produit intérieur brut (PIB) par tête, exprimé en parité des pouvoirs d’achat (ce qui permet la comparaison internationale). En 2008, le PIB par tête d’Israël se montait à 27.900 $. C’est bien plus que celui du Portugal (23.280 $); c’est un niveau semblable à celui de la Grèce (28.800 $), légèrement inférieur à l’Espagne (31.400 $) et derrière l’Irlande (41.500 $).

La crise de certaines économies européennes va donc mettre en valeur la richesse relative produite d’Israël et la bonne tenue de son économie, même en période de turbulences internationales. Si pour 2009, le chiffres précis du PIB ne sont pas connus, on sait déjà que l’écart de richesse par habitant entre Israël et l’Europe s’est encore réduit: le PIB par tête d’Israël a reculé de 1%, contre une chute de 4% en moyenne dans les pays européens.

Pour 2010, les prévision de croissance du PIB que vient de publier l’OCDE sont négatives pour la majorité des “PIGS”: Irlande (- 2,3%); Grèce (- 0,6%); Espagne (- 0,3%). Le Portugal sera le seul pays des “PIGS” à connaître une croissance positive (+ 0,8%). Quant à Israël, les prévisions sont beaucoup plus encourageantes: le FMI table sur une croissance du PIB israélien de 3,5% pour 2010.

L’impact sur les exportations israéliennes reste limité

Les entreprises israéliennes peuvent craindre pour leurs exportations à destination de l’Europe: leurs débouchés européennes pourraient être victimes de la récession qui touche de plein fouet les quatre pays du groupe PIGS. En 2009, les exportations cumulées d’Israël à destination du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce et de l’Espagne se sont élevées à 1,4 milliard de dollars. Certes, ce n’est pas un montant négligeable, mais ce ne sont que 12% des exportations israéliennes vers les pays de l’Union européenne: le danger d’une baisse des approvisionnements des “PIGS” en Israël est donc limité.

Les exportateurs israéliens peuvent donc se rassurer: les principaux débouchés européens pour les marchandises israéliennes (diamants exclus) ne sont pas les pays du groupe PIGS. Les gros clients européens d’Israël sont, par ordre décroissant: l’Allemagne, la Hollande, l’Angleterre et la France. L’économie de ses pays figure parmi les plus solides d’Europe; ils pourraient même remplacer les pays défaillants et accroître leurs fournitures en provenance d’Israël.

L’euro reflue, le dollar se renforce

Les inquiétudes sur la crise financière des “PIGS” ont fait vaciller la monnaie européenne et ont accentué la nervosité des bourses mondiales, Tel Aviv compris. En Israël aussi, le taux de change reste le principal baromètre de la santé économique. Depuis deux ans, l’euro caracole en tête des devises étrangères; face au shekel aussi, l’euro est resté longtemps surévalué et le dollar trop bas. Aujourd’hui, la tendance se renverse: l’euro s’affaiblit (- 1,5% depuis le début février) et le dollar se renforce (+ 0,5% en quinze jours).

Est-ce bon pour l’économie israélienne ? Oui, car le dollar reste la principale monnaie de transaction pour les échanges commerciaux d’Israël: seulement 25% des ventes israéliennes à l’étranger sont payées en euro. Les exportateurs israéliens préféreront une réévaluation du dollar (ce qui accroît la contrepartie de leurs exportations) et ils supporteront mieux une baisse relative de l’euro.

Autre crainte des économistes européens: l’abandon de la monnaie unique. Fortement endettés, un ou plusieurs des quatre pays du groupe de PIGS pourraient être amener à quitter la zone euro. A l’origine de cette crainte: les critères fixés par le traité de Maastricht et qui ne sont plus respectés. Par exemple, les pays européens doivent limiter leur déficit public à 3% du PIB. Or en 2009, il était de 13% en Grèce, 12% du PIB en Irlande, 10% en Espagne et 7% au Portugal. Si l’abandon de la monnaie unique ne semble pas d’actualité, la véritable inquiétude pour Israël concerne l’impact de la crise financière des “PIGS” sur les autres pays de la zone euro.

Pour l’heure, Israël est à l’abri d’une crise similaire au groupe des PIGS: c’est un pays solvable, sa crédibilité financière éloigne les attaques spéculatives sur sa monnaie et le retour de la croissance devrait attirer les investisseurs en quête de placements sûrs.

CONSOMMATION – Les monopoles restent puissants en Israël: LEUMI (banque), SHUFERSAL (distribution) et PSAGOT (finance), font la une de l’actualité économique et judiciaire.

Lundi 8 février 2010

Trois entreprises israéliennes dominent l’actualité économique et judiciaire de ces derniers jours: la banque Leumi, dont la directrice-générale, démissionnaire, voudrait se faire élire au conseil d’administration sans respecter la période transitoire légale; la chaîne de supermarchés Shufersal, qui est accusée de concurrence déloyale; et le fonds d’investissement Psagot, dont deux de ses employés sont soupçonnés de malversations financières. A priori, ces sociétés sont bien différentes; et pourtant, elles ont un même point commun. Toutes trois détiennent un monopole, chacune dans son secteur: la banque (Leumi), la distribution (Shufersal) et la finance (Psagot). Un monopole qui constitue une source de puissance pour leurs patrons, mais un abus de pouvoir pour le consommateur.

Leumi veut garder sa directrice-générale

La banque Leumi est une des plus grandes banques d’Israël. C’est une banque privée, mais l’Etat en détient 11,46% du capital, ce qui en fait le principal actionnaire. Depuis 15 ans, la banque est dirigée d’une main de fer par sa directrice-générale (DG), Galia Maor. En 2010, celle-ci arrive à l’âge de la retraite (67 ans) et elle a fait savoir qu’elle souhaite mettre fin à son mandat de DG, mais sans quitter la banque pour autant: Galia Maor est candidate au conseil d’administration de la banque, ce qui lui permettra ensuite de se faire élire au poste prestigieux de Présidente du directoire.

Rapidement, la classe politique se saisit de ce qui est devenu « l’affaire Maor ». Le ministre des Finances, Youval Steinitz, s’oppose au changement de poste de Galia Maor, arguant que celle-ci doit respecter une période transitoire avant d’accéder à un autre poste dans la banque. Certes, la législation bancaire prévoit un délai de deux ans avant de pouvoir nommer le salarié d’une banque à son Conseil d’administration; la loi prévoit aussi des exceptions en cas de « qualités exceptionnelles », ce qui pourrait jouer en faveur de Galia Maor. Mais alors, pourquoi le ministre des Finances doit-il se mêler de la gestion d’une banque privée? Parce que, selon certains juristes, l’Etat est le principal actionnaire de la banque Leumi, ce qui lui donne le droit de dire s’opposer à toute nomination au conseil d’administration.

En revanche, à la Banque d’Israël qui doit avaliser l’élection d’un nouveau membre du conseil d’administration d’une banque, on ne voit pas d’objection à la nomination de Galia Maor. On estime même qu’il n’y a pas de meilleur candidat que Maor qui connaît toutes les ficelles du métier de banquier. La décision définitive sera prise le 11 mars prochain, au cours de l’assemblée générale des actionnaires de la banque. Entre-temps, la presse israélienne consacre de longues pages aux joutes politiques entre les partisans de Galia Maor et ses adversaires. Quant aux clients de la Leumi, ils ne montrent aucun intérêt pour des intrigues internes qui ne font que ternir l’image de leur banque.

Shufersal accusé de concurrence déloyale

La chaîne Shufersal comprend 240 supermarchés répartis sur tout le pays et elle emploie plus de 10.000 salariés. En 2007, son chiffre d’affaires dépassait les 10 milliards de shekels (2 milliards d’euros). Aujourd’hui, Shufersal fait partie du consortium IDB contrôlé par Nohi Dankner, l’un des hommes forts de l’économie israélienne. Au fil des années, la chaîne a décliné différents réseaux de vente qui s’adressent à des publics variés: Shufersal Sheli (magasins de proximité), Shufersal Big (hypermarchés), Shufersal Deal (discount), Yesh (ultraorthodoxes), Shufersal Yashir (achats à distance), etc.

Il y a quelques jours, la Direction de la Concurrence a lancé une mini-bombe en décidant de porter plainte contre Shufersal pour abus de position et concurrence déloyale. L’affaire a démarré il y a un an, en décembre 2008: les principaux fabricants d’agroalimentaire (comme Ossem, Coca-Cola et Strauss) ont accordé une réduction substantielle sur leurs produits aux supermarchés de la chaîne Riboua Kahol (enseigne Méga), qui est une concurrente de Shufersol. Le président de Shufersol, Efi Rosenhoiz, a tenté de convaincre les fabricants d’agroalimentaire de cesser de favoriser ses concurrents en leur offrant des prix plus attrayants. N’ayant pas obtenu satisfaction, Efi Rosenhoiz décide alors de retirer des étalages des magasins Shufersal les produits incriminés. Le résultat ne s’est pas fait attendre: « entrave à la concurrence » a tranché immédiatement la Direction de la Concurrence qui vient de traîner Shufersol devant les tribunaux.

Cette affaire vient rappeler au consommateur israélien que le marché de la grande distribution reste un monopole, et cela à tous les échelons: monopole des fournisseurs qui peuvent dicter leurs prix aux distributeurs, et monopole des distributeurs (Shufersol et Riboua Kahol) qui peuvent décider de vendre, ou non, les produits en litige. Et le consommateur dans tout cela? Il est pris en otage par la lutte entre fournisseurs et distributeurs: son influence sur les prix est quasiment nul et son choix des produits reste très limité.

Psagot victime du zèle de deux employés

Psagot est le plus important fonds d’investissement d’Israël. Créé en 1989, il gère aujourd’hui l’épargne de 1,3 million d’Israéliens pour un montant de 125 milliards de shekels (plus de 20 milliards d’euros); les dépôts reçus sont investis dans des instruments financiers sophistiqués: Provident funds, Mutual funds, Hedge funds, etc. En décembre 2009, le fonds américain Apax Fund prend le contrôle de Psagot en rachetant 75% de ses actions pour une valeur boursière d’un milliard de dollars.

Il y a quelques jours, un véritablement tremblement de terre a secoué le monde de la finance: deux traders de Psagot, David Edery et Shaï Bendavid (34 ans chacun), sont arrêtés par la Commission des Opérations en bourse. Ils sont soupçonnés d’avoir manipulé le cours de certaines actions et obligations d’Etat pour empocher d’énormes profits. Certes, les dégâts sont limités, d’autant plus que la clientèle de Psagot n’a pas souffert de ces malversations: les fonds gérés par les deux opérateurs de marché étaient ceux du compte Nostro, c’est-à-dire le capital propre de Psagot. En revanche, le directeur-général de Psagot, Roï Vermous, a du mal à convaincre les médias de ne pas avoir été au courant des manipulations financières de ses employés.

Il n’empêche que chez Apax, l’actionnaire principal de Psagot, on craint que la réputation de Psagot ne soit entachée par l’enquête menée par les autorités boursières israéliennes. Et il ne serait pas impossible qu’Apax ne demande à revoir à la baisse la valeur boursière du fonds d’investissement; le fonds américain, dirigé en Israël par Zahavit Cohen, pourrait réclamer aussi un dédommagement aux dirigeants actuels de Psagot qui ont failli à leur tâche.

IMMOBILIER – Les résidents étrangers sont toujours actifs sur le marché immobilier d’Israël: en 2009, ils ont acheté 2.800 appartements, de préférence à Jérusalem, Eilat, Tel Aviv et Netanya.

Lundi 1er février 2010

La pierre reste un des placements favoris pour les résidents étrangers en Israël. Ils achètent et revendent, ils investissent et spéculent. Pour la plupart d’entre eux, un logement en Israël est une « résidence secondaire » qui reste inhabitée une grande partie de l’année. Néanmoins, la crise mondiale est passée par là: au cours de 2009, les résidents étrangers ont acheté 2.800 appartements en Israël, soit 2,8% seulement des transactions immobilières. En revanche, beaucoup aussi ont profité de la hausse des prix pour liquider leurs investissements immobiliers, réalisant au passage une confortable plus-value. Tour d’horizon.

Une forte part de marché à Jérusalem et Eilat

Selon les chiffres que publie le Trésor public, le nombre d’appartements acquis en 2009 par des résidents étrangers s’est monté à 2.800, soit un recul de 13% en un an. Une baisse particulièrement forte des achats a été enregistrée dans le centre du pays, notamment dans des villes comme Netanya (- 41%) et Rehovot (- 34%). En revanche, le recul a été relativement plus faible (- 11%) dans les régions de Jérusalem et Tel Aviv.

Au total, les étrangers ont investi en 2009 un total de 4,3 milliards de shekels dans l’immobilier israélien, soit 780 millions d’euros; en valeur nominale, c’est 10% de moins qu’en 2008. On estime qu’un cinquième de ce marché est constitué de résidences de luxe. C’est au mois de juin dernier que le record de ventes a été atteint avec 360 appartements achetés par des étrangers; depuis, la moyenne des ventes stagne autour de 230 logements par mois.

En général, les étrangers concentrent leurs investissements dans un petit nombre de villes. En 2009, c’est toujours Jérusalem qui a eu leur préférence: la capitale israélienne a attiré 36% des investissements immobiliers étrangers, contre 26% pour la région de Tel Aviv. Le reste des investissements s’est partagé entre les villes périphériques comme Netanya, Eilat, Ashdod. A noter qu’en 2009, les villes israéliennes qui ont connu la plus forte activité immobilière de la part des résidents étrangers étaient Jérusalem et Eilat: les étrangers y ont accaparé plus de 10% du marché immobilier local, contre moins de 3% pour la moyenne nationale.

Et les prix? En moyenne sur 2009, un étranger a investi 1,5 million de shekels pour l’achat d’un logement en Israël, soit 270.000 euros. La ville la plus chère reste Herzelia où le prix moyen payé par un étranger pour un pavillon de luxe s’est monté à 6,7 millions de shekels (1,2 million d’euros). A Tel Aviv, le prix moyen d’un appartement acheté par les résidents étrangers s’est monté à 2,5 millions de shekels, ou 450.000 euros.

L’ancien plutôt que le neuf

Autre tendance observée parmi les acquisitions immobilières réalisées par les résidents étrangers: leur préférence accrue pour les constructions anciennes. En 2009, le neuf a représenté un achat sur quatre (25%) seulement. Autrement dit, lorsque les étrangers achètent moins, ils concentrent leurs achats sur l’immobilier ancien: en 2006 par exemple, qui fut une année record pour les investissements étrangers dans l’immobilier, le neuf représentait 40% de leurs achats.

Pour leur achat de neuf, les étrangers préfèrent la région de Tel Aviv: en 2009, plus de 30% de leurs acquisitions ont concerné des logements neufs, soit bien plus que la part de l’immobilier neuf dans les achats des Israéliens (12%). Il faut croire que le prix prohibitif du neuf favorise les résidents étrangers dans les nouvelles constructions de Tel Aviv. Par contre, les ventes de l’immobilier neuf sont en perte de vitesse à Rehovot, Ashdod et Netanya.

Acheter pour revendre

Dans certains cas, les étrangers spéculent sur l’immobilier israélien: ils achètent à bas prix pour revendre lorsque le prix monte, et en retirent ainsi de confortables bénéfices. La crise financière de 2009 aura eu un double impact sur l’immobilier israélien: d’une part, les étrangers ont moins acheté que par le passé tandis que, de l’autre, ils ont davantage revendu.

C’est ainsi qu’au cours de 2009, les étrangers ont vendu 2.400 appartements qu’ils détenaient en Israël, soit 1% de plus que l’année précédente. Dans certaines villes, les ventes réalisées par les étrangers ont dépassé leurs acquisitions: il en va ainsi de Netanya, Rehovot et Ashdod. Dans ces régions, les étrangers ont profité des hausses de prix pour liquider leurs investissements dans la pierre et en retirer des plus-values.

Autre confirmation du caractère spéculatif des placements étrangers dans l’immobilier: la courte durée de l’investissement et la rapidité de revente. En 2009, près 20% des logements qui ont été revendus par des étrangers avaient été acheté au cours des quatre années précédentes. C’est deux fois plus que le taux des reventes réalisées par les Israéliens eux-mêmes.

HAÏTI – APRÈS-SÉISME: L’AIDE HUMANITAIRE D’ISRAËL POURRAIT AVOIR DES RETOMBÉES POSITIVES SUR L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE: meilleure image de marque, débouchés locaux, contrats de reconstruction, etc.

Lundi 25 janvier 2010

Après la période des fouilles, vient celle de la reconstruction. Israël participera à cet effort international, encouragé en cela par une image de marque améliorée par les prouesses de sa mission humanitaire. Aujourd’hui, les entreprises israéliennes peuvent se préparer à la reconstruction d’Haïti en se plaçant pour décrocher des contrats. Parmi les marchés les plus prometteurs pour les firmes israéliennes: les télécoms, le matériel médical, l’agroalimentaire, la construction, etc.

Une image de marque améliorée

L’aide humanitaire fournie par la délégation israélienne n’est pas passée inaperçue dans les médias internationaux. Une vingtaine des grands journaux et chaînes de télévision étrangères ont consacré des reportages aux prouesses effectuées par les équipes israéliennes. Cela change des images de guerre et de violence qui sont, d’ordinaire, véhiculées par les médias internationaux à propos d’Israël.

Certes, Israël peut se vanter d’avoir améliorer son image de marque, mais pour un coût qui n’est pas négligeable. Jusqu’à présent, l’aide israélienne a coûté quelque 8 millions de dollars, dont le tiers pour le transport et l’installation d’un hôpital de campagne. On estime qu’un mois de présence sur l’île coûterait 25 millions de dollars au contribuable israélien. Autrement dit, le gouvernement israélien dépensera, en un mois, deux fois plus que le budget annuel de Communication du ministère des Affaires étrangères.

Mais au delà du coût substantiel de l’action humanitaire à Haïti, c’est toute l’économie israélienne qui pourrait profiter d’une amélioration de l’image de marque de l’Etat juif. Les retombées positives concernent aussi bien le tourisme étranger que les investissements, les débouchés extérieures, la coopération internationale, etc. Ces perspectives encourageantes n’empêchent pas les critiques de se faire entendre, et en Israël même: certains prétendent que les Haïtiens ont davantage besoin d’eau que de couveuses pour prématurés; d’autres diront que les enfants de Gaza mériteraient la même attention de la part des autorités israéliennes.

Un réseau de télécommunication par satellite

La rupture des moyens de communication a été un des principaux obstacles à résoudre après le séisme. Dès son arrivée, la mission humanitaire israélienne a déployé sur l’île dévastée un réseau de télécommunication fonctionnant entièrement par satellite et qui comprend: Internet sans fil, lignes de téléphone, accès satellite illimité, etc. Tsahal a investi plus de 2 millions de dollars dans l’installation de ce réseau ultramoderne de télécoms qui est le principal réseau existant aujourd’hui sur l’île.

Les utilisations de ce réseau satellitaire sont nombreuses. Il permet notamment de réaliser des opérations chirurgicales par vidéoconférence afin que les médecins présents à Haïti puissent consulter des médecins spécialisés qui se trouvent dans un hôpital d’Israël; il permet aussi aux malades qui sont soignés dans l’hôpital de campagne israélien installé sur le stade de Port-au-Prince de téléphoner à leurs proches. De même, les journalistes étrangers qui en font la demande sont autorisés à utiliser le réseau militaire israélien pour envoyer leurs papiers à leur rédaction.

Selon le coordinateur israélien des transmissions, le lieutenant-colonel Yaacov Magal, ce réseau de communication a été installé par un personnel militaire de 10 officiers qui en garantit aussi le bon fonctionnement. Ainsi, les soldats de Tsahal sont reliés directement au QG du ministère de la Défense à Tel Aviv par un réseau de 14 lignes de téléphone sécurisées. Interrogé par la presse israélienne, Yaacov Magal n’a pas rejeté l’idée selon laquelle les autorités haïtiennes pourraient sollicitées Israël pour rétablir l’infrastructure de communication sur l’île.

Des équipements médicaux et des produits alimentaires

Autre spécialité israélienne qui pourrait contribuer à la reconstruction d’Haïti: les équipements médicaux. Il y a quelques jours, la société pharmaceutique Teva a annoncé qu’elle faisait don à Haïti de médicaments et matériel médical pour un montant de 7,2 millions de dollars. Dans un courrier adressé aux 35.000 salariés de la firme, le PDG de Teva, Shlomo Yanaï, a écrit que « en tant que firme et individus, nous nous allons faire de notre mieux pour garantir la livraison d’un équipement médical de base et de médicaments aux nombreux blessés ».

Par ailleurs, les entreprises israéliennes pourraient être amenées fournir à la population haïtienne des produits alimentaires de base qui leur font cruellement défaut. En 2008 déjà, Israël a exporté vers Haïti pour 3,7 millions de dollars de marchandises, essentiellement des produits agroalimentaires (soupes et bouillons de légumes) et des semences agricoles.

Quant au travail de reconstruction lui-même, il exigera de nombreux investissements, notamment dans le cadre de la coopération internationale. Déjà, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) vient de lancer un programme de travail contre rémunération employant environ 700 Haïtiens et destiné à accélérer l’accès de l’aide humanitaire auprès de la population. Après le dégagement des débris et gravas, il faudra réparer les rues, les réseaux électriques, etc. La remise en état des installations portuaires, des infrastructures routières, des logements et bâtiments publics, pourrait constituer un marché important pour les entreprises israéliennes.

PRIVATISATION DES SERVICES PUBLICS: les associations privées reçoivent des dons de l’Etat, l’école est gérée comme une entreprise et les malades paient pour leur santé.

Lundi 18 janvier 2010

Le ministère des Affaires sociales vient de révéler qu’il transfert 30% de son budget annuel à des associations bénévoles. Et il n’est pas le seul: l’Etat continue de privatiser les services qui sont, d’ordinaire, de la responsabilité des pouvoirs publics. Cette privatisation rampante des services publics concerne notamment l’éducation, la santé et les services sociaux personnels. Désormais, les écoles israéliennes sont gérées comme des entreprises, les malades paient pour leur santé, et le secteur associatif profite de la générosité de l’Etat.

L’État fait des « dons » aux associations

Il n’y a pas que les particuliers qui font des dons aux associations charitables et humanitaires. En Israël, le gouvernement aussi transfert à des organismes privés les fonds nécessaires au fonctionnement de certains services qu’il leur a délégués. Ce phénomène méconnu, qui a débuté avec la grande vague de privatisations du début des années 2000, s’étend progressivement aux services sociaux personnels. Ces derniers sont aussi victimes de la baisse des budgets publics: dans de nombreux domaines, ce sont les organisations humanitaires ont pris la relève des pouvoirs publics pour lutter contre toutes les formes de pauvreté et d’exclusion.

Le ministère des Affaires sociales vient de révéler avoir transféré l’an passé 30% de son budget annuel au secteur associatif: il s’agit d’une somme record de 1,5 milliard de shekels (280 millions d’euros) qui a été répartie entre 877 associations bénévoles. Celles-ci s’adressent à de larges couches de la population: les invalides, les personnes âgées, les enfants à risques, les handicapés mentaux, les femmes, etc. Les services sociaux personnels qu’elles fournissent sont destinés à la réinsertion des Israéliens les plus défavorisées comme: des foyers pour femmes battues, des internats pour enfants, des centres de désintoxication, des maisons de jeunes, etc.

Le principal bénéficiaire de la générosité publique est la Wizo: l’an passé, l’Organisation internationale des Femmes sionistes a reçu de l’Etat une enveloppe de 66 millions de shekels (12 millions d’euros). Viennent ensuite les associations Alut (The Israel National Autism Association) qui reçoit 58 millions de shekels par an et Elwin (enfants et adultes handicapes) qui s’est vue accorder 54 millions de shekels. Et encore, il ne s’agit là que des associations qui sont financées par le ministère des Affaires sociales: les autres ministères aussi ont accru leurs dotations aux associations, chacun dans son domaine: éducation, culture, religion, arts, santé et sports. Les chiffres précis ne sont pas connus, mais on estime que 5% du budget de l’Etat sont consacrés aujourd’hui au financement des associations bénévoles.

L’école devient une « entreprise »

La réforme de l’éducation conduite par les derniers gouvernements israéliens était pleine de bonnes intentions: améliorer les résultats scolaires des petits Israéliens et revaloriser le statut des enseignants. Pourtant, les mesures mises en place sont en train de transformer l’école en entreprise et la pédagogie en gestion.

Le premier volet de la réforme en cours a, pour objectif, d’accroître l’autonomie des écoles: désormais, le directeur est responsable de la gestion du budget de son école. Pour accroître leur budget, les écoles adoptent des méthodes de gestion empruntées au monde capitaliste: activités lucratives, sponsorisation, compétition entre écoles, participation financière des parents, appel à la sous-traitance, etc. On s’éloigne donc des critères de pédagogie pour privilégier la rentabilité financière de l’école.

Autre réforme mise en place cette année: le libre choix de l’établissement scolaire par les parents. Finie la carte scolaire: dorénavant, les parents peuvent inscrire leurs enfants à l’école qui présente, à leurs yeux, les meilleures chances de réussite. Résultat: la concurrence entre certaines écoles est rude et, souvent, ce sont les écoles qui choisissent leurs élèves et non l’inverse. Difficile alors de parler d’intégration sociale et d’égalité des chances.

Les malades paient pour leur santé

Les services de santé aussi ont souffert des coupes budgétaires réalisées par les gouvernements israéliens successifs depuis le début des années 2000. Résultat: les Israéliens sont amenés à financer une part croissante de leurs dépenses de santé: soins privés, médicaments non remboursés, assurance complémentaire. En 2009, plus de 32% des dépenses nationales de santé sont financées, à titre privé, par les ménages. C’est deux fois plus en dix ans; c’est aussi le taux de financement privé le plus élevé des pays occidentaux, Etats-Unis exceptés.

La semaine dernière, le rapport annuel de l’ombudsman a révélé un autre domaine inattendu de privatisation des services de santé: les soins médicaux aux élèves dans le cadre scolaire. En 2008, l’infirmière scolaire a laissé sa place à l’« Association for Public Health », organisme privé qui effectue, pour le compte du ministère de l’Education, les soins en milieu scolaire (vaccinations, prévention, contrôle de la vue et de l’ouïe, etc.). Le contrôleur de l’Etat souligne que cette privatisation a « pour seule justification de réaliser une économie financière ». Or, le contrôleur a remarqué que le transfert des soins scolaires au secteur privé a coûté l’année dernière 20 millions de shekels de plus que prévu.

SPÉCIAL PLACEMENTSLES OPPORTUNITÉS DE FAIRE FRUCTIFIER L’ÉPARGNE EN 2010 NE MANQUERONT PAS: actions, immobilier, comptes à terme, devises, etc.

Lundi 11 janvier 2010

Le bilan économique de 2009 réserve des surprises: à la fin de l’année, le portefeuille financier des Israéliens s’est monté à 2.200 milliards de shekels, soit 400 milliards d’euros. C’est un bond de 19% en un an. Il semble donc que les épargnants israéliens aient réussi à mettre leurs économies à l’abri de la crise puisqu’en 2008, le portefeuille financier des Israéliens s’était réduit de 4%. Pour 2010, les prévisions de forte croissance, la remontée des taux d’intérêt et les besoins de financement des entreprises laissent présager de bonnes opportunités de gagner de l’argent. Mais pour en profiter, l’Israélien devra prendre des risques qui ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Les actions israéliennes

Le principal responsable de l’enrichissement du portefeuille financier des Israéliens est la Bourse de Tel Aviv dont les actions ont connu une envolée en 2009. A la fin de l’année, les Israéliens détenaient des actions israéliennes pour un montant de 414 milliards de shekels (75 milliards d’euros), soit un bond de 82% entre janvier et décembre 2009. Dorénavant, les actions représentent 23% du portefeuille financier des Israéliens, soit 7 points de plus en un an.

Pour 2010, la Bourse de Tel Aviv devrait connaître une accalmie. Les placements les plus sûrs resteront les valeurs immobilières (+ 125% en 2009) et technologiques (+ 84% en 2009). De plus, certaines activités en plein boom devraient connaître la même spéculation qu’en 2009 comme la pharmacie et l’énergie verte.

Les dépôts d’épargne

La montée des valeurs spéculatives, comme les actions, s’est réalisée sur le compte des placements plus sûrs. En 2009, les dépôts d’épargne et autres comptes bancaires n’ont rapporté presque plus rien, avec une rémunération très inférieure à l’inflation. Et pour cause: la baisse des taux d’intérêt à leur niveau le plus bas (autour de 1% l’an) a entamé la rentabilité de l’épargne de précaution qui est indexée sur ce taux.

En 2010, le choix du type d’indexation de l’épargne restera décisif. En 2009 déjà, les Israéliens qui ont préféré les plans d’épargne indexés sur l’indice des prix (33% de leur portefeuille) ont fait le bon choix: avec une inflation annuelle de 4,5%, ils ont pu préserver la valeur réelle de leur patrimoine. En revanche, ceux qui ont préféré les placements à taux fixe ont vu le rendement de leur épargne plonger. Le choix entre épargne de précaution et placement spéculatif reste plus que jamais d’actualité.

L’immobilier

La crise boursière de 2009 a orienté les investisseurs, israéliens et étrangers, sur le marché de l’immobilier neuf. Or la pénurie d’immobilier s’est aggravée au cours de 2009, ce qui a fait de la pierre un placement sûr et rentable. Au cours de 2009, la mise en chantier de nouveaux logements a baissé de 3%, ce qui fait qu’à la fin de l’année, le stock de logements à vendre était inférieur de 25% à son niveau de l’année passée. Résultat: le rythme de construction ne permet plus de satisfaire à la demande et les prix s’envolent. Autre explication à la pénurie actuelle de logement: 1 achat d’immobilier sur 3 se fait dans le but d’investir, c’est-à-dire par des acheteurs qui sont déjà propriétaires d’un logement et qui ne l’occupent pas toujours.

Pour 2010, le gouvernement israélien s’est fixé, pour priorité, d’accélérer le rythme des constructions en multipliant les terrains à construire et en accélérant les procédures. Les résultats ne devraient pas se faire sentir avant un ou deux ans, ce qui fait que la « bulle immobilière » qui s’est formée en raison de la pénurie ne devrait pas exploser en 2010. La pierre restera donc un des meilleurs placements pour l’année à venir. Par ailleurs, l’acquéreur décide de l’achat de son immobilier en fonction du rendement qu’il en obtiendra plus tard, par la location ou la revente. C’est cette motivation qui explique qu’en 2010, l’acquéreur délaissera le centre du pays pour investir davantage dans l’immobilier des régions périphériques, comme Beer-Sheva, Hedera et Netanya.

Les devises étrangères

Spéculer sur les devises étrangères est devenu un exercice périlleux; il faut tenir compte aussi bien des cours mondiaux que de la politique monétaire de la Banque d’Israël. Le bilan 2009 montre que le shekel a perdu 8,7% de sa valeur moyenne vis-à-vis du dollar, 4% face à l’euro et 17% face au yen. En revanche, le shekel s’est renforcé de 7,6% face à la livre sterling.

En 2009, les Israéliens possédaient encore 12% de leurs avoirs financiers sous la forme de dépôts indexés sur une devise. Sans compter les nombreux Israéliens qui gardent chez eux des devises achetées au marché noir et qui ne font pas l’objet de déclaration. En 2010 aussi, le principe de précaution et le souci de d’échapper au prélèvement fiscal resteront déterminants dans le choix de convertir ses économies dans une monnaie étrangère, surtout lorsqu’il s’agit d’effectuer des transactions en espèces.

LES 10 PRINCIPAUX ENJEUX POUR L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE EN 2010: pauvreté, chômage, eau, logement, débouchés extérieurs, transports publics, gaz, etc.

Lundi 4 janvier 2010

Que réserve 2010 à l’économie israélienne? Après une année 2009 bien mouvementée, les défis économiques et sociaux qu’Israël doit relever en 2010 seront déterminants pour la décennie à venir: pauvreté, chômage, eau, logement, débouchés extérieurs, transports publics, gaz, etc. Tour d’horizon.

1. Vaincre la pauvreté

Une société moderne et avancée ne peut se permettre de laisser un citoyen sur quatre vivre en dessous du seuil de la pauvreté. C’est le cas d’Israël qui compte 1,6 million de pauvres (24% des Israéliens), dont 780.000 enfants (34% des enfants). De plus, de nombreux israéliens, qui ne sont pas considérés comme pauvres, risquent à tout moment de sombrer dans la pauvreté: la dernière enquête sociale réalisée par l’Institut de la Statistique révèle que 30% des Israéliens sont exposés au risque de pauvreté, soit plus de 2 millions d’individus. A titre de comparaison, le risque de pauvreté touche seulement 16% des Européens. En Israël, le risque de pauvreté est particulièrement élevé parmi les enfants: 40% d’entre eux courent ce risque.

2. Réduire le chômage

Certes, le taux de chômage s’est stabilisé à 7,7% de la population active à la fin de 2009. Mais pour les 230.000 chômeurs, la stabilisation du chômage n’est pas une consolation. Durant la crise financière mondiale, l’économie israélienne a perdu 50.000 emplois environ. Et ce ne sont pas les 180 jours d’allocations chômage qui permettent au chômeur de faire vivre dignement sa famille. Le gouvernement vient de décider de généraliser la privatisation de l’Agence pour l’Emploi en ouvrant des « centres d’emploi » privés dans l’ensemble du pays. Pour certains experts, la décision est prématurée car la réforme n’a pas encore fait ses preuves.

3. Diversifier les sources d’eau

L’augmentation continue du prix de l’eau n’est pas une solution à la pénurie. Au contraire, vouloir faire payer l’eau « à son juste prix » est une absurdité économique et sociale: l’eau fait partie des produits de base (comme le pain ou les médicaments) dont l’Etat doit prendre à sa charge une partie du financement pour éviter de pénaliser les consommateurs les plus démunis. La solution est connue: l’eau dessalée devrait couvrir au moins 70% des besoins des Israéliens. Cela prendra encore deux ou trois ans, mais il n’y a pas de temps à perdre. Il existe déjà trois usines de dessalement qui fonctionnent (à Ashkelon, Palmahim et Hédéra), et deux autres sont en cours de construction (à Sorek et Ashdod). Selon le programme officiel, le plein rendement des installations ne sera atteint qu’en 2013; à moins que le gouvernement israélien ne décide d’accélérer les procédures: 2010 sera une année cruciale pour prendre les décisions qui s’imposent.

4. Reconquérir les débouchés extérieurs

La crise financière mondiale a porté un coup dur aux exportations israéliennes. On sait que l’économie israélienne est étroitement liée à ses débouchés extérieurs: une baisse des exportations de 13% en un an représente un manque-à-gagner important pour les entreprises israélienne qui vendent à l’étranger l’essentiel de leur production. Diamants exclus, c’est en Europe qu’Israël a perdu une grande part de ses débouchés extérieurs (- 27%); la perte de débouchés est particulièrement sèche avec certains pays comme l’Italie (- 36%) ou Chypre (- 45%); par contre, la baisse des exportations est limitée vers la France (- 12%) ou l’Espagne (- 20%). En revanche, sur le marché américain, les exportations israéliennes sont restées stables en 2009.

5. Relancer la construction de logements

La mise en chantier de nouveaux logements a baissé de 3% au cours des neuf premiers mois de 2009. La baisse de la construction est particulièrement dramatique dans les régions où la demande est forte, comme Tel Aviv (- 39%). Le rythme de construction (30.000 logements par an) ne permet plus de satisfaire à la demande, ce qui explique l’envolée des prix de l’immobilier. A la fin 2009, le stock de logements à vendre était inférieur de 25% à son niveau de l’année passée. Le gouvernement israélien s’est fixé pour priorité d’accélérer le rythme des constructions en 2010; l’année qui commence devrait voir exploser la « bulle immobilière » qui s’est formée en raison de la pénurie croissante.

6. Défendre le consommateur

La concurrence tant souhaitée par le gouvernement israélien n’a pas encore profité au consommateur. Celui-ci est toujours pris en otage par les banques, les opérateurs de téléphone (fixe ou cellulaire), les chaînes de TV (câbles ou satellite), les caisses de maladie, les fonds de retraite, etc. Un client désireux de passer à la concurrence doit affronter une véritable course d’obstacles et payer parfois de lourdes amendes. La protection du consommateur aura encore des progrès à faire en 2010.

7. Achever le tramway de Jérusalem

La construction du tramway de Jérusalem n’a pas fini de faire couler de l’encre. La date officielle d’inauguration avait été fixée symboliquement au 8 septembre 2010 (8/9/10). Mais le consortium international CityPass, qui construit et exploitera le tramway, a déjà déclaré qu’il ne pourra pas respecter les délais prévus. Les commerces qui longent la première ligne du tramway sont handicapés par les interminables travaux et commencent à s’impatienter. Et les Hiérosolymitains ne sont pas les seuls à attendre: à Tel Aviv aussi, la construction du tramway n’a même pas encore démarré.

8. Exploiter les réserves de gaz

Plus de 100 milliards de mètres cubes de gaz naturel attendent sous la mer d’être exploités. Or les infrastructures sont en retard: les usines polluantes de Haïfa attendent d’être relayées par un gazoduc pour pouvoir produire plus proprement. Quant à la Compagnie Nationale d’Electricité, elle vient de signer un contrat avec les sociétés qui exploitent les champ de gaz offshore pour la livraison de 2,7 milliards de mètres cubes de gaz par an, sur une période de 15 ans. Si ce contrat reflète la volonté de la Compagnie d’Electricité de se reconvertir au gaz, et de préférence un gaz israélien plutôt qu’égyptien, il faudra attendre 4 à 5 ans pour pouvoir transporter le gaz: la construction d’infrastructures adaptées devient une priorité nationale.

9. Améliorer les résultats scolaires

Tout au long de la dernière décennie, les résultats scolaires des jeunes Israéliens ont périclité dans les examens internationaux. Dans les matières comme les mathématiques ou les sciences, les petits israéliens sont devancés par la majorité des pays occidentaux. La faute à qui? Peu de moyens, des maîtres peu motivés, des outils pédagogiques de mauvaises qualités: sans tout cela à la fois. Les réformes du système éducatif se sont succédées, mais en vain. Il est urgent d’améliorer les performances des petits Israéliens si le pays veut garder son avance en matière de technologie et de recherche scientifique.

10. Adhérer à l’OCDE

L’admission officielle d’Israël à l’organisation internationale est prévue pour le printemps 2010. Israël rejoindra les 30 pays les plus riches de la planète qui ont en commun de prôner la démocratie et l’économie de marché. Cette adhésion va permettre à Israël de redorer son blason international et d’améliorer sa position parmi la communauté financière mondiale. Par ailleurs, Israël bénéficiera d’un cadre international qui lui permettra de comparer, avec d’autres pays semblables, ses expériences en matière d’action publique. Autrement dit, le seul prestige de fréquenter une scène internationale devrait donner un coup de fouet à l’économie israélienne.

BILAN DE L’ÉCONOMIE ISRAÉLIENNE – LES 9 ÉVÉNEMENTS MARQUANTS DE 2009.

Lundi 28 décembre 2009

L’année civile qui s’achève a été riche en événements pour l’économie israélienne. Pour résumer la dernière année de la première décennie du troisième millénaire, nous avons choisi de retenir les neuf événements qui ont non seulement marqué l’économie israélienne au cours de 2009, mais dont on reparlera en 2010. Finances, business, énergie, innovations, télécoms, etc.: revue de détails.

1. La bonne nouvelle de l’année: la croissance redémarre

0% de croissance en 2009: contrairement aux prévisions pessimistes, le PIB israélien restera inchangé en 2009. C’est au troisième trimestre que le pays est sorti de la récession. Ce rebond est surtout dû à la bonne tenue de la consommation des ménages (+ 3,6% en rythme annuel) et des dépenses publiques (+ 2,7%). Au dernier trimestre de 2009, le rythme de croissance du PIB était de 2,2% l’an; cette forte reprise est aussi soutenue par les investissements (+ 23%) et les exportations (+22%). L’économie israélienne aura donc réussi à atténuer les effets de la crise mondiale. Un seul point noir: un chômage élevé (7,7%) et des faillites d’entreprises qui ont mal supporté la crise. La pauvreté aussi ne se réduit pas: dorénavant, ce sont 1.6 million Israéliens qui vivent sous le seuil de la pauvreté, soit 19,9% de la population israélienne. Si la croissance est au rendez-vous, les laissés-pour-compte sont encore trop nombreux.

2. Le placement de l’année : la Bourse de Tel Aviv

Un an à peine après la crise financière mondiale, les bulles spéculatives recommencent à apparaître. A Tel Aviv aussi, les spéculateurs s’en donnent à cœur joie. Sur toute l’année 2009, l’indice boursier “Tel Aviv 100” a augmenté de 90%! Attirés par des profits faciles, les investisseurs s’arrachent notamment les actions bancaires (+ 115%) et les valeurs immobilières (+ 128%). Autre conséquence de la confiance des investisseurs dans l’économie israélienne: le shekel reste surévalué par rapport au dollar. La Banque d’Israël a tout fait pour freiner la chute du billet vert, mais en vain. Autre bulle spéculative: le green business. En octobre par exemple, l’allemand Siemens a investi 420 millions de dollars pour prendre le contrôle de l’israélien Solel spécialisé dans l’énergie thermosolaire.

3. Les transactions de l’année : Bezek et Partner

La crise financière mondiale et la stagnation de l’économie israélienne ne semblent pas avoir gêner la restructuration de certaines activités. C’est dans le secteur des télécoms qu’ont eu lieu les grandes manœuvres de l’année. En octobre, l’homme d’affaires israélien Shaoul Alovitz a racheté le géant de la téléphonie Bezek pour près de 2 milliards de dollars, réalisant ainsi la plus grosse transaction de l’année. Quelques mois plus tôt, en août, c’était un autre investisseur israélien, Ilan Ben-Dov qui achetait l’opérateur de téléphonie portable Partner pour une somme plus modique: 1,5 milliard de dollars. Les télécoms n’en finissent pas d’intéresser les investisseurs à la recherche d’un placement qui soit sûr et rentable à long terme.

4. L’investisseur étranger de l’année : le français Patrick Drahi

En quelques mois, l’homme d’affaires français Patrick Drahi est devenu l’un des hommes les plus influents sur le marché israélien des télécommunications. Désormais, il contrôle 48% du capital de la chaîne câblée Hot qu’il a achetée pour un montant global de 320 millions de dollars. Le mois dernier, il s’est offert l’opérateur de téléphonie mobile Mirs, racheté à Motorola pour la somme de 170 millions de dollars. Et Patrick Drahi ne compte pas s’arrêter là: il envisage de regrouper toutes ses activités en Israël dans un grand groupe de télécoms qui fournira de nombreux services (comme téléphonie, télévision, Internet). Patrick Drahi vient d’être classé 48e fortune de France par le magazine Challenges avec un patrimoine financier de 600 millions d’euros en 2009.

5. La faillite de l’année : Africa-Israel

C’est à la fin de l’été, le 30 août, que Lev Levaïev a annoncé que son entreprise Africa-Israel ne pourrait pas tenir ses engagements financiers. Ses dettes vis-à-vis des créanciers et épargnants se monteraient à 25 milliards de shekels, soit plus de 4 milliards d’euros. C’est en 1997 que Lev Levaïev avait pris le contrôle d’Africa-Israel; en une décennie, il avait diversifié ses activités, notamment dans l’immobilier, l’énergie, les télécoms, le diamant, etc. Mais la crise mondiale a eu raison des investissements, sans doute risqués, de Lev Levaïev. Désormais, c’est le tribunal de Tel Aviv qui devra décider du sort de ce qui fut l’un des plus gros consortiums industriels du pays.

6. L’Alya de l’année : Samy Ofer

Il y a quelques années, Samy Ofer, première fortune d’Israël avec un patrimoine évalué à 6 milliards de dollars, a installé sa résidence principale à Londres. Pourtant, il vient de modifier sa domiciliation à Tel Aviv: aux yeux du fisc israélien, il est devenu un « résident de retour » en Israël. Résultat: ses revenus de l’étranger deviennent exonérés de l’impôt en Israël pendant 10 ans. En effet, à l’occasion du 60e anniversaire de l’Etat juif, la Knesset a voté des déductions fiscales exorbitantes aux Israéliens installés à l’étranger depuis au moins 5 ans: non seulement ils sont exonérés d’impôt en Israël pendant dix ans, mais ils sont aussi dispensés de déclarer leurs revenus au fisc israélien pendant une décennie.

7. L’enjeu de l’année : la candidature à l’OCDE

En devenant membre d’une organisation qui prône la démocratie et l’économie de marché, Israël va redorer son blason international et améliorer sa position parmi la communauté financière mondiale. Officiellement, c’est en mai 2007 qu’il a été décidé d’ouvrir les négociations avec Israël, et quatre autres pays, en vue de leur adhésion à l’OCDE. Mais c’est en 2009

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