Jacques Bendelac
Les Pages Economiques de Jacques Bendelac
Jacques Bendelac, économiste, enseignant et chercheur, a enseigné l’économie dans les universités françaises et israéliennes, et il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et travaux de recherche sur les économies israélienne et palestinienne. Ses recherches actuelles portent sur la société civile en Israël. Dernier ouvrage publié: “les Arabes d’Israël” (Ed. Autrement, Paris, 2008).
ISRAËL SPÉCIAL 60E ANNIVERSAIRE – les 60 mythes de la société israélienne qui sont tombés.
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 7 mai 2008
Le bilan de soixante années d’indépendance économique pourrait passer par la longue litanie des chiffres officiels.
Pourtant, il existe une autre réalité que les statistiques ne saisissent pas: celle des évolutions de la société, de la vie quotidienne des Israéliens, des modes de consommation, des innovations technologiques, etc.
Plutôt que de rappeler les miracles et mirages de l’économie israélienne, nous avons donc choisi de mettre l’accent sur les nombreux mythes qui ont disparu.
Ils ont été remplacés par de nouvelles icônes économiques qui symbolisent une société israélienne plus libérale, individualiste et virtuelle.
Voici Israël modèle 2008:
ÉCONOMIE:
1. Un PIB de 180 milliards de dollars en 2008 a remplacé un PIB de 1 milliard de dollars en 1948.
2. Le néolibéralisme a remplacé le libéralisme qui avait remplacé le socialisme.
3. Les restructurations d’entreprises ont remplacé les privatisations qui avaient remplacé l’étatisation.
4. Les délocalisations vers l’Asie du Sud-est ont remplacé la production de textile à Kiriat-Gat.
5. Le travail par intérim a remplacé l’emploi à vie, le plein-emploi a remplacé le chômage, le ministère de l’Emploi a remplacé le ministère du Travail.
6. L’ouvrier chinois a remplacé la main d’œuvre palestinienne qui avait remplacé le travailleur juif.
7. Au kibboutz, le paysan thaïlandais a remplacé l’agriculteur juif, la gestion capitaliste a remplacé la direction socialiste.
8. Les “travailleurs pauvres” ont remplacé les pauvres qui ne travaillaient pas.
9. L’impôt négatif pour les chômeurs qui retrouvent du travail a remplacé l’impôt sur le revenu des salariés qui travaillent.
10. L’irrigation au goutte-à-goutte a remplacé une pluviosité insuffisante.
11. Les usines de désalinisation ont remplacé le pompage de l’eau du lac de Tibériade.
12. Le high-tech de Herzlia a remplacé les oranges de Jaffa.
13. Le clean-tech des sociétés Ormat et Luz ont remplacé le high-tech traditionnel de Scitex et Elbit.
14. Le gaz égyptien a remplacé le pétrole mexicain.
FINANCES:
15. Les finances de Gaydamak ont remplacé le ministère des Finances.
16. Le nouveau shekel a remplacé l’ancien shekel qui avait remplacé la lire.
17. Le billet de 20 shekels en polymère de plastique a remplacé le billet de papier.
18. La déflation a remplacé l’inflation, les excédents budgétaires ont remplacé les déficits.
19. Un shekel fort a remplacé un dollar faible, la Banque d’Israël a remplacé la Réserve fédérale (la Fed) pour freiner la chute du dollar.
20. Le blanchiment de l’argent “noir” a remplacé le marché “gris” de la finance qui avait remplacé le billet “vert”.
21. La vitalité de l’indice Tel Aviv 100 a remplacé l’instabilité de l’indice Nasdaq.
22. Le découvert bancaire autorisé et personnalisé a remplacé le découvert non autorisé dit “minus”.
23. Les fonds de capital-risque, comme Gemini ou Vertex, ont remplacé les crédits bancaires de la Leumi ou Discount.
24. Les fonds de pension Pisga et Phoenix ont remplacé les fonds cachés sous les matelas.
25. Le “social business” a remplacé le mécénat d’entreprise qui avait remplacé les pouvoirs publics dans le financement de la culture.
CONSOMMATION:
26. Le sushi a remplacé le falafel, le Big-Mac a remplacé le Pita-Houmous.
27. La Toyota a remplacé la Subaru qui avait remplacé la Susita, les voitures hybrides Honda Civic ont remplacé les voitures à essence Renault.
28. Plus de 1,8 million de véhicules privés ont remplacé en 2008 les 8.000 voitures qui roulaient sur les routes israéliennes en 1948.
29. Les jeans Lee ont remplacé les pantalons d’Ata, les chaussures en plastique Crocs ont remplacé les sandales en cuir Nimrod.
30. Le “Canyon” ou centre commercial a remplacé la “Makolet”, l’épicerie de quartier.
31. Les boutiques de stations-service Yellow et So Good ont remplacé les centres commerciaux urbains.
32. Corsair a remplacé El Al pour les vols Tel Aviv-Paris.
33. Israël a remplacé la Russie en tête des pays où la vodka est la plus consommée par habitant.
34. Les meubles IKEA ont remplacé les armoires RIM.
35. Les écrans plasma et LCD de Samsung ont remplacé le téléviseur noir et blanc de Pilot.
36. Le réfrigérateur General Electric avec, sur la porte gauche, un distributeur de glaçons, glace pilée et eau fraîche, a remplacé le frigidaire Amcor.
37. Les produits libres “Shufersal” ont remplacé les produits de la marque “Elite”.
38. Les enseignes de supermarchés low-cost Rami Lévy et Big-Deal ont remplacé les chaînes d’hypermarchés Riboua Kahol et Mega.
39. Les journaux gratuits “Israel Post” et “24 minutes” ont remplacé Maariv et Yediot.
40. L’autoroute à péage trans-Israël nº6 a remplacé les routes nationales nos 1 à 5.
41. Les trains de la Compagnie nationale des Chemins de Fer “Israel Railways” ont remplacé les autobus de la coopérative Egged.
42. Tsahal a remplacé les cuisiniers militaires par des professionnels de la restauration collective et les dispensaires militaires urbains par des médecins privés.
43. Le duty-free de l’aéroport Ben Gourion a remplacé les magasins du Mashbir.
SOCIÉTÉ:
44. Les réfugiés du Darfour ont remplacé les réfugiés palestiniens.
45. Les “19 grandes familles” de l’économie israélienne ont remplacé 1,5 million de pauvres dans la répartition du revenu national.
46. Sami Ofer a remplacé Stef Wertheimer à la tête du classement des milliardaires israéliens.
47. “Eifo Ata?”(“Où es-tu?”) a remplacé “Shalom” au téléphone portable.
48. Les pavillons individuels et maisons bifamiliales ont remplacé les logements collectifs.
49. Le GPS a remplacé l’atlas routier Carta.
50. Le logiciel ICQ, inventé par les chercheurs israéliens de Mirabilis, a remplacé les conversations enfantines après la classe.
51. Le SMS a remplacé le télégramme, l’E-mail a remplacé la gazelle de la Poste.
52. Le barbecue au gaz a remplacé les brochettes grillées au feu de bois le Jour de l’Indépendance.
53. Le câblo-opérateur Hot a remplacé le téléphone fixe de Bezek.
54. La télé par satellite Yes a remplacé la première chaîne publique de l’Israel Broadcasting Authority.
55. L’encyclopédie virtuelle “Ynet” a remplacé les 17 volumes en hébreu de l’Encyclopædia Britannica.
56. Le “20-Heures” de la Deux a remplacé le “21-Heures’ de la Une.
57. La téléréalité “Survivre aux Caraïbes” a remplacé les documentaires de la National Geographic.
58. Les rythmes Rap et Hip-hop ont remplacé les chants et danses folkloriques.
59. Ninette Taïeb a remplacé Yafa Yarkoni, Boaz Meouda a remplacé Yizar Cohen au concours de l’Eurovision.
60. Le rapper Subliminal chante “la chanson des 60 ans” avec les septuagénaires des Guivatron.
Rendez-vous au 70e anniversaire…
ISRAËL HAPPY BIRTHDAY - Les festivités de l’Indépendance ont été organisées comme une opération militaire.
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 4 mai 2008
Le gouvernement israélien n’a pas hésité sur les moyens. Un “état-major” des préparatifs a été mis en place, un budget spécial de 98 millions de shekels (18 millions d’euros) a été débloqué et la Ministre chargée des Relations avec le Parlement, Mme Rouhama Abraham, a été nommée “ministre du Soixantième”.
Après 6 mois d’intenses préparatifs, le programme officiel est maintenant finalisé. Un site Internet a été lancé (israel60.gov.il) pour présenter et mettre à jour les nombreuses manifestations publiques qui seront étalées jusqu’à la fin de cet été.
Les manifestations du jour même de l’Indépendance, le jeudi 8 mai, absorberont 15% du budget des célébrations: bals populaires, spectacles pyrotechniques, etc. Ce budget ne comprend pas les défilés militaires et les parades aériennes de l’Armée de l’air qui sont pris en charge par le Ministère de la Défense.
Un autre poste de dépenses important (11%) est consacré aux “décorations d’ambiance”; il s’agit de l’achat des différents “symboles de l’Etat”, à savoir drapeaux, autocollants et banderoles en tous genres qui sont, pour la plupart, importés de Chine…
Cette année, le gouvernement israélien a souhaité mettre l’accent sur les activités éducatives et culturelles. C’est pourquoi, le plus gros poste du budget des célébrations (25%) sera consacré à des “projets culturels et éducatifs”, comme festivals (cinéma, théâtre, musique, etc.), musées gratuits, protection de l’environnement. Par ailleurs, un des thèmes centraux de ces manifestations sera la coexistence entre les diverses communautés ethniques et religieuses d’Israël.
Point commun à de nombreuses activités: le chiffre “60” qui est devenu un véritable porte-bonheur. Parmi les principales opérations qui marqueront ce soixantième anniversaire, on relèvera pêle-mêle: la création de 60 jardins publics, l’émission d’un timbre commémoratif des 60 ans, l’aménagement de 60 km de pistes cyclables autour du lac de Tibériade, etc. L’état-major des festivités prévoit aussi de célébrer la Bar-mitsva à 600 enfants de familles nécessiteuses et le mariage collectif de 60 jeunes couples de Jérusalem.
Quant au poste des “relations publiques”, il n’a pas été oublié: près de 5 millions de shekels (5% des dépenses totales) sont consacrées à des spots publicitaires qui présentent des images d’archives des grands moments de l’histoire du pays. Et il semble bien que la nostalgie contribue à renforcer le moral des Israéliens: le spot télévisé officiel de l’état-major des festivités caracole en tête de l’audimat depuis quelques semaines…
Parmi les autres ministères qui “profitent” du chiffre rond de l’âge du pays pour sensibiliser les Israéliens se trouve le Ministère de l’Intégration des Immigrants. Ce ministère vient de lancer l’opération “on rentre à la maison pour les 60 ans d’Israël” qui se prolongera jusqu’à la fin 2008. Les Israéliens expatriés sont encouragés à revenir en Israël par l’octroi de nombreuses aides à l’emploi et à l’installation. Pour résoudre la pénurie de médecins, le ministère offre aussi une allocation spéciale de 60.000$ à tout médecin juif qui immigrera en Israël cette année.
Même les activités spatiales ont été mises à contribution pour regonfler le patriotisme national. Le satellite de communication “Amos 3” a été rebaptisé “Amos 60”: il a été lancé dans l’espace le 28 mars dernier depuis la base de Baïkonour au Kazakhstan, non sans avoir été décoré du logo officiel des 60 ans.—
ISRAËL DONS ET PHILANTHROPIE – La révolution des “millionnaires sociaux”
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 27 avril 2008
Une nouvelle tendance émerge dans le secteur de la philanthropie: le “social business” qui associe des fonds d’investissement à des activités de mécénat.
Alors que le mécénat d’entreprise semble en perte de vitesse et que les associations de bienfaisance sont épinglées pour leur mauvaise gestion, ce sont les “nouveaux riches” israéliens qui prennent le relais de la philanthropie traditionnelle.
La nouvelle philanthropie est proche du capital-risque: des sociétés d’investissement, dont le but est de maximiser leurs profits, créent des fonds à vocation sociale mais qui sont gérés sur le modèle capitaliste. Née aux Etats-Unis il y a peu, la pratique du “social business” s’étend aujourd’hui en Israël.
Les “millionnaires sociaux” sont des Israéliens qui ont fait fortune dans le high tech ou la finance et qui consacrent une partie de leurs revenus à des activités sociales. Les figures les plus connues de cette nouvelle philanthropie israélienne s’appellent Nir Barkat, Benny Levin et Erel Margalit. Leurs dons sont versés par l’intermédiaire de fonds de “capital ventures” qui se consacrent à des activités sociales dans des domaines très variées comme la culture, le sport, la formation, l’éducation, l’emploi, etc.
Parmi les fonds de capital-risque les plus actifs et les plus récents, on trouve: la “Startup Jerusalem” créée par Nir Barkat en 2004 et qui se consacre au développement économique de Jérusalem; l’”Israël Venture Network” (IVN) fondé en 2002 par Benny Levin et qui se présente comme un “réseau philanthropique d’entrepreneurs et hommes d’affaires”; ou encore le “Jerusalem Venture Partners” (JVP-community) lancé en 2002 par Erel Margalit et qui se spécialise dans le mécénat culturel.
En Israël, le précurseur en matière de “social business” est sans doute Nir Barkat. A 49 ans aujourd’hui, l’homme d’affaires israélien a fait fortune dans les années 80 en investissant dans des sociétés israéliennes et américaines spécialisées dans les logiciels informatiques. Conseiller municipal de Jérusalem depuis 2003, il s’est retiré des affaires pour consacrer sa fortune aux activités de mécénat. Il a créé trois fonds de mécénat qui proposent leur aide dans des secteurs bien ciblés: le site Internet “Snunit” lancé en 1999 et qui offre un soutien scolaire gratuit aux enfants du primaire; l’ONG “Startup Jerusalem” créée en 2004 pour favoriser le développement économique de Jérusalem et la création d’emplois pour les jeunes; l’association “New Spirit” qui agit depuis 2005 parmi les étudiants de Jérusalem.
Nir Barkat a également participé au lancement de l’”Israël Venture Network” (IVN), un réseau de capital-risque créé en 2002 et animé aujourd’hui par l’homme d’affaires Benny Levin. Le fonds IVN a introduit en Israël le concept de “venture philanthropy”, qui vise à résoudre des problèmes sociaux en utilisant des méthodes de gestion capitalistes. Ce réseau d’entrepreneurs-philanthropes cible ses activités de mécénat dans trois domaines – la société, l’éducation et l’emploi – et s’adresse aussi bien aux Juifs qu’aux Arabes d’Israël.
Un autre fonds de capital-risque, le “Jerusalem Venture Partners” (JVP), s’est lancé dans des activités de mécénat après avoir fait fructifier ses investissements dans les technologies de la communication. Fondé par Erel Margalit à la fin des années 90, le fonds JVP a créé récemment une association à but non lucratif (JVP-community) qui s’est orientée vers le mécénat culturel en soutenant des théâtres, centres communautaires de quartier, etc.
Issue du capital-risque, la nouvelle philanthropie israélienne doit son développement à l’engagement de personnalités qui mettent une partie de leur fortune au service de la collectivité. Mais contrairement aux fondations d’entreprise ou aux associations de bénévoles, les nouveaux mécènes sont des hommes d’affaires qui attendent un réel retour de leurs investissements.
A l’heure où les recettes des collectes publiques sont insuffisantes pour faire face aux besoins toujours croissants, la philanthropie issue du capital-risque vise à apporter un peu de réconfort à plus d’un million d’Israéliens touchés par la pauvreté.
ISRAËL LOISIRS PESSAH – Les Israéliens se lancent à l’assaut des parcs d’attractions
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 21 avril 2008
La semaine de Pessah est l’occasion pour les Israéliens de se consacrer à des activités de détente.
Les vacances pascales et la température estivale vont pousser les Israéliens hors de chez eux. Pendant les 5 jours de cette semaine, de lundi à vendredi, les vacanciers israéliens vont s’élancer sur les routes. Destination: les parcs naturels, les plages, les musées et autres lieux de détente et de loisirs.
Les inconditionnels du barbecue prendront d’assaut les bois et forêts, les sportifs préféreront faire le tour du lac de Tibériade à bicyclette alors que les amateurs d’activités plus artistiques participeront aux nombreux festivals qui se déroulent cette semaine.
Si beaucoup d’activités sont proposées gratuitement aux promeneurs, d’autres sont payantes ou sponsorisées par de grandes enseignes israéliennes qui comptent bien en retirer un profit indirect en améliorant leur image de marque.
Pour avoir une idée des loisirs préférés des Israéliens, il faut se référer au classement des parcs d’attractions les plus visités d’Israël que réalise chaque année l’agence Dun & Bradstreet.
En tête du hit-parade des lieux touristiques les plus visités en Israël, on trouve le zoo biblique de Jérusalem, avec plus de 695.000 visiteurs pour l’année 2007.
Viennent ensuite les sites de Massada (620.000 visiteurs en 2007) et de Césarée (592.000 visiteurs). A la quatrième position, arrive le Safari de Ramat Gan avec 590.000 visiteurs en 2007, suivi en cinquième position du Parc d’attractions et d’eaux chaudes de Hamat Gader avec 530.000 visiteurs. Parmi les dix premières places du classement, on trouve aussi: l’Observatoire sous-marin d’Eilat, le Parc Yamit 2000 à Holon, le Parc miniature Mini-Israël à Latroun, le Parc de loisirs pour enfants Balagan du kibboutz Yagour et les sources du Banyas sur le Golan.
Le classement de Dun & Bradstreet ne prend en compte que les lieux dont l’entrée est payante. Si on y inclut les sites gratuits, les plus populaires sont le Mur des Lamentations à Jérusalem et les Jardins des Bahaïs à Haïfa.
La semaine de Pessah voit aussi une profusion de festivals en tous genres, pour tous les publics et sur tous les sujets (sciences, techniques, arts, archéologie, danse, etc.). Cette année, les plus originaux d’entre eux sont sans doute le “Festival de la Pomme de Terre” à Mitzpé Gvoulot dans le Néguev, et le “Festival Indiana Jones” dans le Parc national Apollonia au sud de Netanya qui est consacré à l’archéologie.
Les Israéliens les plus nostalgiques visiteront l’exposition “Quand nous étions des enfants” au Musée des Enfants à Holon et les plus audacieux assisteront au spectacle “Pessah au Cirque” qui sera présenté dans une tente installée au Parc Hayarkon de Tel Aviv. Sur la plage Beit Yanaï au nord de Netanya, un concours de sculptures de sable sera organisé samedi prochain sur le thème des 60 ans d’Israël.
Dans la communauté arabe d’Israël aussi, la semaine de Pessah est mise à profit pour attirer les visiteurs juifs. Le ministère du Tourisme encourage les Israéliens à s’arrêter dans les localités bédouines du Néguev pour y découvrir la culture locale. Dans la ville arabe d’Oum El-Fahem, se déroule cette semaine le 4e Festival international de Pantomime; des artistes israéliens et européens y présenteront leurs spectacles, notamment le couple de mimes français Julien Lubek et Cécile Roussat.
Les firmes israéliennes tirent aussi profit du potentiel commercial de Pessah en sponsorisant des activités de loisirs. La banque Hapoalim offre gratuitement l’entrée de 48 musées et sites d’attractions pendant 5 jours. L’opérateur de téléphone mobile Péléphone a installé un parc d’attractions surnommé “Family fun” au Parc Hayarkon à Tel Aviv; les abonnés de Péléphone bénéficieront de tarifs réduits pour les spectacles et attractions qui y sont proposés.
Quant aux centres commerciaux, ils ne sont pas en reste: ils ont mis en place une stratégie promotionnelle comprenant spectacles, ateliers et attractions diverses. Objectif: convaincre les Israéliens de s’y promener pendant la semaine Pessah et de consommer sur place…
ISRAËL CONSOMMATION SPÉCIAL PESSAH – Une fièvre d’achats s’empare des Israéliens.
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 13 avril 2008
La période des fêtes juives de Pessah est l’occasion pour les Israéliens de donner libre cours à leurs frénésies dépensières. Les médias israéliens n’hésitent plus à qualifier Pessah de “fête nationale de la consommation”.
Tous les produits et services de consommation sont concernés par la poussée des ventes durant la période de Pessah: alimentation, produits d’entretien, cadeaux, électronique, voyages à l’étranger, loisirs et tourisme local, etc.
Selon l’Association israélienne des Chambres de Commerce, les ventes au détail vont faire un bond de 22% durant le mois qui précède la fête de Pessah.
La forte progression du chiffre d’affaires des grandes surfaces va profiter à presque tous les rayons. Selon l’évolution des ventes observée depuis quelques années, la demande la plus forte est attendue pour les articles de maison, comme la vaisselle, dont les ventes devraient faire un bond de +120% en un mois, suivis de l’alimentation (+30%).
A Pessah, la course à la consommation est largement alimentée par les cadeaux que les comités d’entreprise offrent à leurs salariés. Cette année encore, le cadeau le plus en vogue reste les chèques-cadeaux et bons d’achat. On estime que le marché du cadeau d’entreprise atteindra cette année les 2 milliards de shekels (350 millions d’euros) que vont se partager les commerçants et grandes surfaces qui accepteront les bons d’achat en forme de paiement.
Les fabricants et distributeurs israéliens connaissent bien le potentiel économique que représente la période des fêtes. Il ont donc mis en place des stratégies commerciales qui poussent à la consommation: “deux produits pour le prix d’un”, “le second article à moitié prix”, etc. De nouvelles lignes de produits sont lancées dans les rayons des supermarchés à cette occasion: le géant israélien de l’alimentaire Ossem n’hésite pas à lancer plus de 100 nouveaux produits à l’approche des fêtes de Pessah.
La guerre des distributeurs et grandes surfaces fait donc rage. Désormais, les géants israéliens de la distribution, comme Supersol et Mega, doivent faire face à de nouveaux concurrents. L’enseigne Shivouk Hashikma de Rami Lévy a lancé récemment une “guerre des prix” qui profite au consommateur israélien. Et c’est sans compter aussi avec la montée en force de Yellow, la principale enseigne des boutiques de stations service qui a, depuis longtemps, dépassé son rôle de fournisseur des autoroutes pour devenir une chaîne de supermarchés qui quadrille aujourd’hui tout le pays.
Et les Israéliens ne sont pas insensibles à ses stratégies commerciales qui poussent à la consommation. Depuis quelques semaines, les médias israéliens les incitent à comparer les prix et à faire jouer la concurrence entre les différentes chaînes de distribution. L’institut de sondage “Pricesal”, spécialisé dans la consommation, a constaté que l’écart de prix pour un panier d’achats standard peut dépasser les 22% entre le supermarché le plus cher et le meilleur marché, soit plusieurs centaines de shekels par famille.
Le repas traditionnel du soir de Pessah (le “Seder”) est, à lui seul, un enjeu commercial qui attise l’imagination des professionnels de la restauration. Désormais, de nombreux traiteurs livrent à domicile des repas préparés par des chefs cuisiniers et qu’il suffit de réchauffer avant de servir aux convives.
Si ce sursaut de consommation est favorable à l’activité économique, la frénésie d’achats s’accompagne généralement d’une croissance de l’endettement des ménages israéliens. Il est vrai qu’après les fêtes, le chiffre d’affaires des grandes surfaces chute de plus de 10% en un mois, histoire pour le consommateur israélien de “digérer” son découvert bancaire.
ISRAËL ÉCONOMIE – Le budget de fonctionnement de l’Etat pourrait être amputé de 10% ! Le Trésor lance un correctif budgétaire
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 6 avril 2008
La rigueur serait-elle déjà de retour? L’année budgétaire vient à peine de commencer et voilà que le ministère des Finances concocte déjà des coupes sombres dans le budget de fonctionnement de l’Etat.
Le correctif budgétaire que prépare le Trésor israélien va comprendre des économies dans les dépenses courantes de presque tous les ministères. Objectif: trouver 1,5 milliard de shekels (270 millions d’euros) qu’il manque au budget pour financer la réforme de l’Education et revaloriser certaines prestations sociales.
Il est vrai que le Budget 2008, voté par la Knesset à la fin décembre, n’a pas pris en compte certaines rallonges qui ont été décidées après son adoption: 700 millions de shekels pour la réforme de l’Education, 450 millions pour le remboursement de nouveaux médicaments, 250 millions pour les pensions de vieillesse, etc. Et comme le budget n’a pas prévu un poste de réserves, il va falloir puiser ailleurs.
Le gouvernement israélien va donc choisir de rogner sur les services publics pour faire face à ces dépenses imprévues. La question en suspens est de savoir si les coupes concerneront tous les ministères ou si, au contraire, certains seront épargnés par la rigueur budgétaire.
Si tous les ministères, Défense comprise, seront priés de se serrer la ceinture, un calcul arithmétique montre que 1,5 milliard de shekels représentent 5% de l’ensemble des dépenses courantes des services de l’Etat.
En revanche, si le gouvernement refuse de couper dans le budget de la Défense, ce qui est probable, la pilule sera encore plus amère: il ne s’agira pas de 5%, mais de 10% qui seront amputés au budget de fonctionnement des autres ministères.
Il y aurait pourtant d’autres solutions pour trouver les budgets manquants sans amputer les dépenses courantes des ministères. Comme, par exemple, laisser filer le déficit public qui est quasiment nul. Ou encore interrompre la réforme fiscale en cours qui prive les caisses de l’Etat de plusieurs millions d’impôts directs et de cotisations sociales.
La rigueur qui se prépare dans les coulisses du Trésor est d’autant plus surprenante que, depuis le début de 2008, l’excèdent budgétaire atteint les 5,6 milliards de shekels, soit 3 fois la somme nécessaire pour faire face aux dépenses imprévues. Et les recettes fiscales ont, à elles seules, progressé de 4% au premier trimestre de cette année.
Alors pourquoi s’acharner à couper dans le fonctionnement des ministères, au risque de porter atteinte à la qualité des services publics? C’est que les priorités du gouvernement israélien sont d’abord d’ordre politique avant d’être économique.
Depuis quelques années, l’équilibre budgétaire est devenu la règle dans la gestion des finances publiques; quant aux excédents, lorsqu’ils existent, ils sont consacrés au remboursement de la dette publique. Tout écart à cette règle financière est banni par le gouvernement israélien qui préfèrera la rigueur au pragmatisme.
Certes, un ralentissement économique est attendu dans le courant de 2008 et donc une pause dans les recettes fiscales. Mais en confondant “ralentissement” et “récession”, le gouvernement israélien va faire peser sur le citoyen le poids des économies budgétaires que l’on aurait pu éviter.
ISRAËL PALESTINE - Une Sécurité sociale sera créée en Cisjordanie avec l’aide d’Israël pour remplacer les fonds de charité du Hamas.
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 30 mars 2008
Un nouveau domaine de coopération israélo palestinienne est en train de se mettre en place: la lutte contre la pauvreté qui sévit dans les Territoires palestiniens.
Le ministre israélien des Affaires sociales Itzhak Herzog vient de rencontrer son homologue palestinien Mahmoud Abash pour envisager les modalités de création d’une Sécurité sociale palestinienne.
Cette coopération se déroule sous l’égide du Quartet (Etats-Unis, Russie, ONU et Union européenne) et de son envoyé spécial au Proche-Orient Tony Blair.
L’objectif du gouvernement palestinien de Ramallah est de remplacer les organisations charitables du Hamas. En effet, c’est il y a près de 20 ans que le Hamas a mis en place dans les territoires de la Cisjordanie et de Gaza des réseaux de charité qui reçoivent des fonds des pays islamiques (comme l’Iran et les pays du Golfe) et qui distribuent des allocations financières aux Palestiniens les plus nécessiteux.
L’objectif immédiat de la future Sécurité sociale qui verra le jour en Cisjordanie sera de concurrencer les fonds caritatifs liés aux Hamas. Pour ce faire, la nouvelle institution accordera des allocations mensuelles aux familles les plus démunies et notamment aux vieux, aux chômeurs et aux handicapés.
Dans une première phase, le projet s’adressera aux 60.000 Palestiniens les plus pauvres de la Cisjordanie. Son coût est évalué à 120 millions de dollars par an qui seront financés par le groupe des Pays donateurs pour les Territoires palestiniens.
Selon les chiffres récemment publiées par l’Autorité palestinienne, ce sont 160.000 familles qui reçoivent régulièrement une aide du ministère palestinien des Affaires sociales: 110.000 familles reçoivent une aide alimentaire et 50.000 autres bénéficient d’un soutien financier.
L’aide alimentaire est financée, en grande partie, par les agences des Nations Unies; le budget de l’aide sociale gérée par l’Autorité palestinienne ne s’élève aujourd’hui qu’à 2 millions de dollars par an.
Si la sécurité sociale palestinienne ne remplacera immédiatement la Charité islamique du Hamas, elle vise à affaiblir l’influence que le Mouvement islamique exerce sur les Palestiniens les plus pauvres.
Un groupe de travail commun vient d’être constitué pour fixer les règles du futur système de protection sociale palestinien. Côté israélien, le groupe est dirigé par Esther Dominicini, qui est la nouvelle directrice générale de la Sécurité sociale israélienne.
Il ne reste plus qu’à espérer que les conseils qu’Israël prodiguera à ses voisins palestiniens en matière de lutte contre la pauvreté seront plus efficaces qu’en Israël même: le dernier rapport sur la pauvreté publié par la Sécurité sociale israélienne au début de 2008 dénombrait 1,67 million d’Israéliens vivant en dessous du seuil de la pauvreté, soit 21% de la population israélienne.
ISRAËL – ÉCONOMIE – Le Gouverneur Stanley Fischer prend un virage à 180° pour garantir la stabilité financière de l’économie israélienne.
Par Jacques Bendelac à Jérusalem, le 23 mars 2008
Stanley Fischer vient de surprendre tous les analystes financiers en annonçant que la Banque centrale va se porter acquéreuse de 12 milliards de dollars jusqu’au début de 2010.
Le Gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer, est un expert reconnu dans le monde entier en matière de politique monétaire. Ancien haut fonctionnaire du FMI, il ne prend pas de décisions à la légère. Et lorsqu’il décide de modifier les règles du jeu monétaire et d’intervenir ouvertement sur le marché des devises, c’est tout simplement un moment historique.
C’est ainsi qu’il vient de surprendre tous les analystes financiers en annonçant que la Banque centrale va se porter acquéreuse de 12 milliards de dollars jusqu’au début de 2010.
Pour un Gouverneur libéral, qui a toujours prôné le “laisser-faire” en matière monétaire, la décision qu’il vient de prendre n’a pas dû être simple. Certains observateurs croient même savoir que Stanley Fischer a envisagé de remettre sa démission si son plan n’était pas adopté.
A partir de cette semaine, la Banque d’Israël va acheter 25 millions de dollars par jour sur le marché des devises, et cela pendant les deux années à venir. Objectif officiel: augmenter les réserves en devises de 12 milliards de dollars supplémentaires. Autrement dit, les réserves de change passeront de 28 milliards de dollars aujourd’hui à 40 milliards au début de 2010.
Depuis 1997, la Banque d’Israël s’était interdite d’intervenir sur le marché des changes au nom des grands principes du libéralisme. La seule intervention de la banque centrale depuis dix ans a eu lieu la semaine dernière lorsqu’elle a acheté symboliquement 600 millions de dollars en deux jours pour freiner la dégringolade du billet vert.
Pour la banque centrale, le besoin d’augmenter les réserves de change est justifié par la croissance rapide du PIB israélien et par l’intégration de l’économie israélienne au marché financier international.
Certes, l’accumulation de réserves de change dans une période faste comme celle que connaît aujourd’hui l’économie israélienne peut s’avérer très efficace pour accroître la stabilité financière d’Israël. Mais alors, pourquoi avoir choisi le jour où le dollar s’effondre en dessous de la barre des 3,40 shekels pour annoncer cette nouvelle politique monétaire? La Banque centrale aurait pu faire la même annonce il y a deux mois ou attendre encore quelques semaines.
Il semble bien que le moment choisi pour annoncer ce renversement de politique n’est pas le fruit du hasard. La banque centrale vise ainsi deux objectifs à la fois; non seulement accroître les réserves de change à faible coût puisque le dollar est bon marché, mais aussi soutenir ouvertement le billet vert contre le shekel.
Il ne serait pas impossible, par exemple, que la banque centrale achète jusqu’à 100 millions de dollars par jour si le besoin s’en fait sentir, et beaucoup moins les jours d’accalmie financière. La Banque d’Israël deviendrait ainsi un des principaux opérateurs sur le marché des devises; son interventionnisme devrait calmer l’ardeur des spéculateurs contre le dollar et ramener le shekel à un cours plus réel.
Par cette décision courageuse, le Gouverneur de la Banque centrale vient de se donner les moyens de faire face à la crise financière mondiale tout en réduisant la vulnérabilité extérieure d’Israël. Et il démontre aussi qu’une dose de pragmatisme est parfois nécessaire pour faire face à une situation exceptionnelle.
ISRAËL – ÉTAT DE GUERRE: l’impact économique des dégâts provoqués par les tirs de roquettes sur le sud d’Israël n’est pas négligeable
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem, le 10 mars 2008
Le sud d’Israël est au bord de la paralysie économique. Les dégâts provoqués par les tirs de Kassam sur le sud d’Israël ne sont pas négligeables. Il s’agit aussi bien du coût direct des destructions que du manque-à-gagner pour l’activité économique de la région.
Depuis le début de 2008, ce sont près de mille demandes d’indemnisation qui ont été déposées par des Israéliens auprès du Service des Impôts fonciers habilité à traiter les dossiers des dégâts matériels. Environ 700 demandes d’indemnisation ont été enregistrées à Sdérot et sa région et plus de 260 pour la seule ville d’Ashkelon. Les dégâts causés par les roquettes palestiniennes aux civils israéliens concernent aussi bien les logements que le matériel de maison, les véhicules, les exploitations agricoles et les installations de certaines entreprises.
Aux destructions directes causées aux populations civiles, s’ajoute aussi le risque de voir une paralysie de l’activité économique de la région Sud d’Israël. Les salariés n’arrivent plus sur leur lieu de travail, les chaînes de production tournent au ralenti, les consommateurs désertent les petits commerces.
Une paralysie économique de la région provoquerait aussi des pertes de production nationale qui ne seraient pas négligeables. On estime que la région du Néguev occidental, Ashkelon compris, contribue pour 6% du PIB israélien, soit 45 milliards de shekels par an, ou 8 milliards d’euros. Une paralysie totale de l’activité économique se traduirait par une perte quotidienne de 150 millions de shekels. On n’en est pas encore là, mais cette hypothèse est sérieusement envisagée par les industriels de la région.
Un des exemples de la paralysie économique qui commence à se faire sentir est donné par l’usine Holandia, dans la zone industrielle de Sdérot. Près de la moitié des 80 salariés de la célèbre usine de matelas n’arrive plus de façon régulière au travail, ce qui désorganise la production. Les chaînes tournent donc au ralenti et les délais de livraison ne sont plus respectés, notamment pour les commandes de l’étranger. Le fabricant de sommiers et matelas vient de refuser une commande de la Russie et le dernier container à destination de l’Espagne a été expédié à moitié vide. Le PDG estime les pertes de l’usine pour cause de Kassam à 10 millions de shekels par an.
Pourtant, les difficultés rencontrées par les entreprises se traduisent parfois par des décisions contradictoires; si certains patrons préfèrent quitter Sdérot, d’autres au contraire préfèrent s’y installer par élan de solidarité nationale.
C’est ainsi que chez la société Elbit Systems, on entend un autre son de cloches. Le patron de la firme israélienne d’électronique, qui va bientôt lancer la construction de nouvelles lignes de production pour ses systèmes de vision nocturne, considère les investissements dans les endroits particulièrement touchés par les conflits, comme Sdérot, comme un “devoir national”.
A Ashkelon, l’état de guerre latent influence deux secteurs d’activité principaux: le tourisme et l’immobilier. Avec ses 11 km de côtes, la ville méditerranéenne essaie de concurrencer Eilat comme station balnéaire d’Israël. La chute de roquettes en plein cœur de la ville risque d’anéantir ses efforts et de faire fuir les touristes vers des plages plus accueillantes. Quant à l’immobilier, il connaît un boom sans précèdent depuis quelques années; or la chute de roquettes pourraient faire chuter le prix de la pierre, plongeant dans la récession un secteur tout entier.
Une chose est sûre: l’état de guerre qui règne sur la région de Sdérot depuis près de sept ans et sur la ville d’Ashkelon depuis quelques semaines n’est pas favorable à la bonne marche des affaires, des petits commerces et des chaînes de production. Au delà des dégâts matériels, c’est l’impossibilité de respecter les délais de production et de paiement qui va peser de plus en plus lourdement sur les entreprises de la région.
ISRAËL – EMPLOI : l’économie israélienne a créé près de 110.000 emplois en 2007
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem, le 2 mars 2008.
Selon les derniers chiffres du Bureau israélien de la Statistique, la reprise de l’emploi s’est accélérée dans le courant de 2007. Durant cette période, ce sont 108.000 postes nouveaux qui ont été créés en Israël, soit une progression de 4,2% par rapport à 2006. C’est même mieux que le taux de création d’emplois établi en 2006, année qui avait vu les emplois progresser de 3,2% par rapport à 2005.
Le Bureau de la Statistique met l’accent sur la forte progression de l’emploi des seniors. Entre 2004 et 2007, les hommes âgés de 60 à 69 ans ont augmenté leur participation au marché du travail de 21%; sur la même période, on relevait un supplément de 13% de femmes âgées de 55 à 64 ans qui travaillaient. Il s’agit sans doute du résultat du recul de l’âge de la retraite qui maintient plus longtemps les seniors sur le marché du travail.
Cette forte progression des créations d’emploi a fait tomber le taux de chômage à 6,7% au 4ème trimestre de 2007, contre 7,2% au 2ème trimestre.
L’année 2008 s’est donc ouverte avec 196.000 chômeurs, soit 50.000 chômeurs de moins en deux ans.
L’amélioration sur le front de l’emploi s’est accompagnée d’une plus grande précarisation: en 2007, ce sont les emplois d’intérim et à temps partiels qui ont le plus fortement contribué à la baisse du chômage.
Parmi les 108.000 emplois créés en 2007, environ 73.000 sont des emplois à temps plein alors que 36.000 d’entre eux sont des emplois à temps partiel. Autrement dit, les emplois à temps partiel représentent aujourd’hui 33% des créations d’emplois. L’enquête-Emploi du Bureau central des Statistiques (BCS) précise qu’en 2007, près de 22% des salariés à temps partiel avaient adopté cette formule d’emploi par dépit, ne parvenant pas à trouver un job à temps plein. En Israël, la part des emplois à temps partiel reste l’une des plus fortes des pays occidentaux.
Les chiffres du BCS permettent d’identifier aussi les secteurs qui ont créé des emplois en 2007, ainsi que les métiers les plus demandés.
Les secteurs qui ont le plus embauché en 2007 sont le commerce de gros et de détail avec 21.000 postes créés (+6%), les services aux entreprises avec 21.000 postes créés (+6%) et l’industrie avec 20.000 postes créés (+5%).
Parmi les professions qui ont bénéficié des créations d’emplois en 2007 figurent les métiers de la vente avec 26.000 postes créés (+5%), les professions libérales et techniques avec 20.000 postes créés (+5%), les cadres de direction et les professions administratives avec 18.000 postes créés dans chacune de ces professions.
Mais la forte croissance des créations de postes s’avère largement soutenue par l’intérim. A la fin de 2007, Israël comptait 154.000 emplois intérimaires, un bond de 20% en une seule année! Il s’agit de salariés qui sont recrutés par des agences d’intérim qui les envoient travailler en sous-traitance dans une autre entreprise. Dans ce cas, l’employeur direct du salarié reste l’agence de recrutement qui lui verse son salaire. La sous-traitance (appelée ici “outsourcing”) est particulièrement forte dans les métiers de la surveillance, du gardiennage, de l’entretien et de la maintenance.
Pour le salarié, cette forme de travail en sous-traitance reste à double tranchant: d’une part, elle augmente les chances ultérieures d’être embauché directement par l’entreprise, mais de l’autre, elle accroît aussi la précarité et l’instabilité du travail.
En 2007, la précarisation de l’emploi est restée la principale caractéristique du marché de l’emploi en Israël. Certes, la croissance actuelle (+5,3% en 2007) est créatrice d’emplois, mais elle favorise surtout les emplois précaires, instables, à temps partiel et à bas salaire. Cette précarisation des emplois pourrait peser plus tard sur le pouvoir d’achat des ménages et sur le niveau de la consommation qui reste un des principaux moteurs de la croissance israélienne.
ISRAËL – SOCIAL: les “travailleurs pauvres” sont de plus en plus nombreux – en 2007, 45% des Israéliens pauvres étaient des actifs.
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem, le 25 février 2008.
Le rapport sur la pauvreté que vient de publier la Sécurité sociale israélienne pour 2006/2007 est inquiétant. Dorénavant, la pauvreté touche 1,7 million d’individus, soit un Israélien sur quatre. En un an, ce sont 25.000 Israéliens supplémentaires qui ont sombré dans la pauvreté.
Mais le plus préoccupant dans ce rapport, ce n’est pas seulement que la pauvreté continue de progresser; c’est aussi le nouveau visage que revêt la pauvreté en Israël. Désormais, les pauvres ne sont plus seulement des individus qui ne travaillent pas, comme les chômeurs et les retraités. Ce sont aussi et surtout des actifs occupés ainsi que des familles nombreuses et des Arabes. Pour un Israélien qui cumule ces trois caractéristiques, ses chances d’éviter le cercle de la pauvreté sont nulles.
Depuis le début des années 2000, la pauvreté en Israël se déplace vers les individus en âge de travailler. Ces “nouveaux pauvres” présentent des caractéristiques différentes des “pauvres traditionnels”: ce sont des actifs qui sont victimes de la précarisation des emplois, des salaires trop maigres et de la flexibilité du travail. La baisse du chômage que connaît Israël a aussi son effet pervers: elle serait, en partie, responsable de l’augmentation de la pauvreté.
Il faut se rendre à l’évidence: le travail en Israël ne garantit plus aux salariés un revenu décent. Les chiffres que vient de publier la Sécurité sociale israélienne sont sans équivoque: en 2007, plus de 27% des familles de travailleurs vivaient en dessous du seuil de la pauvreté, soit 192.000 foyers. En deux ans, ce sont 20.000 foyers de travailleurs supplémentaires qui ont sombré dans la pauvreté. A titre de comparaison, les actifs pauvres en France ne représentent que 6% de l’ensemble des actifs français.
Ces actifs pauvres remplissent des emplois intérimaires, à temps partiel et à bas salaire. Le revenu qu’ils ramènent dans leur foyer est trop faible pour permettre à leur famille de prétendre à un niveau de vie minimal. En 2007, ces travailleurs pauvres gagnaient un salaire inférieur à 50% du salaire médian (le seuil de la pauvreté), soit 2.028 shekels par mois (370 euros).
A côté de travailleurs pauvres, les chiffres de 2007 révèlent aussi l’explosion de la pauvreté parmi les familles nombreuses. En 2007, 60% des familles de quatre enfants et plus vivaient en dessous du seuil de la pauvreté, soit 97.600 familles nombreuses pauvres. En 2002, “seulement” 45% des familles nombreuses israéliennes étaient pauvres.
La forte progression de la pauvreté parmi les familles nombreuses est le résultat de la politique sociale conduite en Israël durant ces cinq dernières années. Entre 2002 et 2007, les allocations familiales ont été carrément coupées en deux! A titre d’exemple, les allocations pour 5 enfants sont passées de 2.260 shekels par mois en 2002 à 1.132 shekels en 2007 (200 euros), soit une perte de revenu de 50% pour ces familles.
Autre visage de la pauvreté israélienne: les Arabes d’Israël. Le rapport de la Sécurité sociale dénombre 55% de pauvres parmi les Arabes israéliens contre 15% de pauvres parmi les Juifs. Autrement dit, les Arabes israéliens étaient près de quatre fois plus pauvres que les Juifs en 2007.
La pauvreté qui touche la communauté arabe s’explique notamment par la forte proportion de familles nombreuses, mais aussi par un chômage élevé et un revenu inférieur à la moyenne nationale. Malgré un progrès social rapide, les Arabes israéliens bénéficient beaucoup moins que les Juifs des fruits de la croissance, et les écarts sociaux entre les deux communautés subsistent.
Du reste, le profil type de l’Israélien pauvre des années 2000 est très révélateur: c’est un Arabe qui travaille à bas salaire, et qui est père d’au moins six enfants.
En réduisant les budgets sociaux et en privatisant les services de l’aide sociale, le gouvernement israélien prend le risque d’aggraver davantage les inégalités et de creuser les écarts entre les plus riches et les plus démunis.
ISRAËL – ÉCONOMIE – La guerre des prix fait rage dans la distribution
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem, le 17 février 2008.
Baisser les prix pour gagner des parts de marché peut s’avérer un jeu dangereux pour les distributeurs israéliens. Le consommateur israélien a horreur de se faire plumer en faisant ses achats. Mais avec le poulet à moins d’un shekel le kilo, il n’a plus aucune raison de se plaindre! Et cette semaine, il a été gâté.
Le coup d’envoi a été donné la semaine dernière par la chaîne de supermarchés Shivouk Hashikma. Son fondateur, Rami Lévy, s’est immiscé en intrus dans le secteur de la distribution dominé par deux géants, Supersol et Riboua Kahol.
En quelques années, Rami Lévy a monté un réseau de 9 supermarchés dans la région de Jérusalem. Son credo : garantir au consommateur les prix les plus bas. Le succès fut immédiat : son enseigne est vite devenu synonyme de mini-prix et ses magasins ne désemplissent pas.
Aujourd’hui, sa chaîne emploie 1.200 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 800 millions de shekels (150 millions d’euros) par an.
C’est dans la région de Haïfa, où l’enseigne de Rami Lévy vient d’ouvrir un nouveau supermarché, que la guerre de prix a commencé. Pour rogner quelques parts de marché sur ses concurrents, le patron inventif décide de casser les prix. Le poulet sera le symbole de cette nouvelle guerre des prix. En fixant le prix du kilo de poulet à 1,49 shekel (27 centimes d’euro), les magasins de Rami Lévy ont déclenché les hostilités.
Ses concurrents décident de répondre à la provocation par la guerre. Ce qui n’aurait dû être qu’une querelle entre épiciers de quartier devient bien vite une guerre généralisée. Les géants de la distribution, Supersol et Riboua Kahol, décident, une fois pour toute, de faire la leçon au troublion de la distribution israélienne.
Très vite, la baisse des prix se propage à Jérusalem où Rami Lévy concentre la majorité de ses supermarchés. Dès lors, plus rien ne freinera la baisse du prix du poulet. Chez Mega (du groupe Riboua Kahol), le kilo de poulet frais s’affichait à 0,89 shekel (16 centimes) en fin de semaine! Et la baisse ne s’arrête pas au poulet; du coup, c’est une baisse généralisée sur les principaux produits de base comme fruits, légumes, conserves, poisson, entretien, etc.
Pour le consommateur israélien, il n’y a pas de temps à perdre : c’est la ruée dans les supermarchés! Ces derniers jours-ci, faire ses courses à Jérusalem aura été un véritable parcours du combattant, notamment au rayon de la viande où la queue s’allongeait sur plusieurs dizaines de mètres.
Ce phénomène semble révélateur d’un changement de comportement du consommateur israélien. Pour accroître son pouvoir d’achat, celui-ci n’hésite plus à sortir de son quartier pour bénéficier des prix les plus bas. Aujourd’hui, tous les secteurs de la consommation sont concernés par la montée générale du low-cost : médicaments, transports aériens, téléphonie, meubles, tourisme, il n’est plus un secteur qui n’ait adopté le slogan des “prix cassés”comme stratégie commerciale.
Les magasins bon marché se multiplient à travers le pays. Le succès des boutiques “tout à 1 dollar” ou des magasins Ikea confirme bien que les Israéliens prennent goût aux petits prix. Dans les supermarchés, le consommateur israélien délaisse les grandes marques, préférant acheter davantage de produits sans marque à bas prix.
La guerre des prix ne fait pas que des heureux. Les actionnaires de Rami Lévy se sont montrés méfiants vis-à-vis de la nouvelle stratégie de prix. A la bourse de Tel Aviv, les cours de la chaîne Shivouk Hashikma ont chuté de 20,5% depuis le début du mois de février.
Du côté des fournisseurs, la pression qu’exercent les distributeurs pour faire baisser les prix devient préoccupante. Car en vendant le poulet à perte, les distributeurs israéliens pourraient exiger des producteurs qu’ils compriment aussi leurs prix de gros. D’ailleurs, les éleveurs de volailles viennent de se réunir d’urgence pour prévenir contre l’effondrement de leur secteur d’activité; en Israël, la production excédentaire de volailles se traduit par des marges bénéficiaires déjà très étroites.




