Jun 21

ISRAELVALLEY-INCENDIE DU CARMEL : LE CONTRÔLEUR DE L’ETAT ETABLI UNE NOUVELLE NORME QUANT A LA RESPONSABILITE MINISTERIELLE.

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Mati Ben-Avraham

C’est la grande nouveauté de ce rapport sur l’incendie qui, voici un an et demi, avait fait rage sur le Carmel, provoquant la mort de 44 personnes, relevant de l’administration pénitentiaire.

Le juge Mica Liedenstrauss a pris de la hauteur. Dans l’enchainement des faits, il a privilégié la recherche des causes profondes qui ont permis cette catastrophe. A l’arrivée, le chef du gouvernement et trois ministres – Finances, Intérieur et Sécurité intérieure – ont été épinglés.

Le premier, qui bien qu’au fait de l’indigence des services des sapeurs-pompiers du pays, n’a pas jugé utile d’intervenir. Le second qui, après avoir alerté le gouvernement quant à cette indigence – fruit il est vrai d’années de négligence et le rapport le souligne -, réclamé une enveloppe budgétaire immédiate de 100 millions de shekels, n’a pas insisté devant l’apathie de ses collègues, se satisfaisant d’une agitation stérile. Le quatrième pour n’avoir pas maitrisé son sujet, soit la capacité d’intervention de ses services.

Le cas du ministre des Finances, Yuval Steinitz, est le plus significatif. Que lui reproche, en effet, le juge Liedenstrauss ? Ni plus, ni moins, d’avoir subordonné l’octroi de l’enveloppe financière réclamé par l’Intérieur à une réforme des services des sapeurs-pompiers. Une exigence qui s’est révélée mortelle, catastrophique. Le contrôleur de l’Etat vient et dit : il y a d’autres possibilités pour imposer une réforme que la rétention budgétaire, possibilités qui n’ont pas été évaluées.

Et pourquoi donc ? Parce que c’est la doctrine des Finances, affinée au long des années, qui se voit comme seul maître à bord dès que l’on parle de gros sous. Comme si le ministère des Finances était l’Olympe de l’économie israélienne. Le processus de prise de décision s’en trouve faussée, par l’absence d’un vrai débat et au gouvernement et au parlement. Ce qui explique les réactions, souvent à la limite de l’insulte vis-à-vis du juge Liedenstrauss, du ministre Yuval Steinitz et de ses hauts-fonctionnaires. Quant on détient le pouvoir de délier les cordons de la bourse à son entendement, sous-tend le rapport, on doit aussi assumer la pleine responsabilité des conséquences qui en découlent. C’est nouveau.

En ce, le rapport confirme – et c’est bien là le problème essentiel – les deux rapports publiés voici peu sur, l’un, la gestion de l’arraisonnement du Marmara et, l’autre, le Conseil National de Sécurité, soit le dysfonctionnement de l’appareil d’Etat à son plus haut niveau : manque de concertation, de préparation, de réflexion, de coordination, de débats, donc de politique dans l’acception première du terme. Dur, très dur même.