May 20

ISRAELVALLEY. Chronique économique de Roger Cukierman sur RCJ 94.8 FM. "LA GRECE ET L'EURO. UN PSYCHO-DRACHME".

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Roger Cukierman

Question: François Hollande et Angela Merkel se sont entendus sur au moins un point : la nécessité de sauver la Grèce. Est-ce encore possible ? Réponse : Pas sûr. Angela Merkel et François Hollande, dans leur souci de sauver la Grèce, ont même annoncé qu’ils seraient disposés à assouplir les conditions des nouveaux prêts à consentir à ce pays pour lui éviter la sortie de l’euro. Il serait évidemment dramatique de risquer l’effondrement de l’euro, et donc du projet d’une Europe unie, première puissance économique du monde, à cause des difficultés d’un pays qui ne représente qu’à peine plus de deux pour cent du PIB européen.

Ce pays de 11 millions d’habitants a pourtant déjà bénéficié d’une aide de 30.000 euros par habitant, plus que son PIB. Certes des efforts considérables ont été imposés au peuple grec, mais ni les armateurs, ni la puissante Eglise, pas plus que l’Armée n’ont contribué réellement à la cure d’austérité. Il n’existe toujours pas de cadastre foncier digne de ce nom. Les impôts ne rentrent pas. Les banques ne prêtent pas. L’économie d’effondre. L’incapacité des politiques à redresser la barre a éloigné le peuple de ses dirigeants au point qu’aucune majorité ne peut prendre en mains l’avenir du pays.

Quelles seraient les conséquences pour la Grèce de la sortie de l’euro ?
A ce stade la Grèce doit choisir entre la peste et le choléra, entre la misère de la rigueur et l’inconnue peut-être dramatique de la sortie de l’euro. L’option de sortie n’est pas prévue dans les traités. Elle serait techniquement délicate, coûteuse financièrement, et explosive socialement.

Selon le FMI, le scénario de sortie donnerait pour la Grèce : une baisse de 50 % de la nouvelle monnaie, une chute importante du PIB, une flambée des prix, et l’arrêt de tout financement extérieur, ce qui obligerait d’adapter les dépenses aux recettes. Sauf à faire marcher la planche à billets de la nouvelle monnaie, donc à entrer dans le cycle infernal de l’inflation. De plus, la forte dévaluation de la nouvelle drachme n’apporterait aucun soutien à l’économie grecque car la Grèce n’exporte que ses capacités touristiques et rien d’autre. L’industrie grecque ne représente que 6 % du PIB contre 20 % en Allemagne et 15 % en France. En réalité les conséquences pour la Grèce de la sortie de l’euro sont difficiles à apprécier mais nul doute qu’elles seraient certainement très rudes pour le peuple grec !

D’où l’apparition ou la réapparition de l’hypothèse d’une dictature.
On peut comprendre dans ces conditions que les épargnants grecs se ruent sur les guichets des banques pour retirer des espèces en euros dans l’attente d’un miracle hypothétique qui pourrait sortir des urnes le 17 juin. Les retraits atteignent 800 Millions d’euros par jour. La seule activité florissante est le commerce des coffres fort.

L’accélération des retraits des banques peut entraîner la chute des banques grecques et l’irréversibilité de la sortie de l’euro.

Quelles seraient pour les autres européens les conséquences de la sortie de l’euro ?
Certes on entrerait sur des terres inconnues. En tout cas, pour Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, « aucun groupe ne serait mis en difficulté dans cette hypothèse ». En vérité le coût pour les banques et les compagnies d’assurance serait lourd, même si les fonds propres des grandes institutions financières peuvent supporter le choc d’autant que le risque grec a déjà été largement provisionné.

En tout cas ce serait un échec grave. Un tabou serait renversé. Si le tabou tombe, la contagion menace immédiatement le Portugal, l’Espagne, puis l’Italie, et au bout du chemin….la France. En attendant l’euro baisse sensiblement contre dollar, ce qui n’est pas un mal pour nos industries, mais les taux d’emprunt de l’Espagne et de l’Italie atteignent 6,2 % et 5,6 % respectivement contre seulement 1,4 % à 10 ans pour l’Allemagne. Quel écart ! Du jamais vu !

L’existence même de l’euro est-elle en danger ?
Je ne le crois pas, car les avantages de l’euro pour les membres de l’euro zone demeurent : d’une part ,un marché unique au monde par sa dimension et le pouvoir d’achat de ses habitants, et d’autre part une monnaie forte et l’absence de risque de dévaluation. Certes comme l’a dit Manuel Barroso « si un membre d’un club n’en respecte pas les règles, il est préférable qu’il quitte». Cela ne signifie pas pour autant que le club doive être dissous.

Mais ce club pour survivre doit adopter les valeurs de solidarité. Cela s’appelle le fédéralisme. Et tant qu’à adopter le fédéralisme pourquoi ne pas le faire avant que la Grèce ne nous quitte ! Evidemment le fédéralisme signifie des abandons substantiels de souveraineté.

Ce serait le prix du sauvetage de l’euro.