May 9

ISRAËLVALLEY POLITIQUE : L’ACCORD NETANYAHOU MOFAZ EST-IL UN TRAIT DE GENIE OU UNE MANŒUVRE POLITIQUE DE BAS-ETAGE ?

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Mati Ben-Avraham

Si les commentateurs politiques de tous bords peinent encore à analyser le Tsunami politique déclenchée par les deux leaders du Likoud et de Kadima, pour l’opinion publique les choses sont claires : 70,6% se sont déclarés convaincus que seule la survie politique a poussé les deux hommes à s’entendre.

Et de fait, depuis son élection à la tête de Kadima – et l’éviction marquée de Tzipi Livni de toute responsabilité, la cote du parti créé fin 2005 par le premier ministre Ariel Sharon n’a cessé de plonger dans les sondages. Aux dernières nouvelles, Kadima était crédité de 10 mandats. Pas de quoi pavoiser quand l’intention proclamée urbi et orbi était de faire chuter Binyamin Netanyahou, malmené verbalement par ailleurs, et Shaul Mofaz ne s’en est pas privé, allant même jusqu’à qualifier le premier ministre de menteur…

Alors, si pour Henri IV Paris valait bien une messe, pour Mofaz, un strapontin dans un gouvernement ô combien pléthorique vaut bien de ravaler sa langue. Car la question est là : ok pour se renier, mais à quel prix ? Que voici un cas de figure inédit dans les annales politiques israéliennes : le parti le plus important du pays, Kadima, avec ses 28 mandats, s’en vient rejoindre la coalition gouvernementale, lui assurant ainsi d’aller au bout de la législature en cours alors que des élections anticipées étaient programmées et tout ça pour un poste de vice-premier ministre ?

Alors ce matin, l’ancien ministre des Finances, Roni Baron, justifiait cette démarche – il n’a pas osé dire sacrifice – en arguant d’une part des grosses difficultés économiques qui pointent à l’horizon et, d’autre part, des conditions posées, à savoir remplacer la loi Tal (sur le conscription des ultra-orthodoxes) d’ici fin juillet et la reprise des pourparlers avec la partie palestinienne. Comme disent les anglais : il nous faut attendre et voir…

Quant à Binyamin Netanyahou, il pensait bien être le maître du jeu. Près de 40% des israéliens voyaient en lui le meilleur premier ministre possible, loin devant ses éventuels rivaux, et sa popularité tirait le Likoud vers le haut : 30 mandats, laissant le parti travailliste loin derrière avec 20 élus possibles, et seuls Israël Beytenou (12), Il y a de l’avenir (12) et les partis arabes (11) se plaçaient au-dessus des 10 mandats….Une conjoncture favorable donc, dont il fallait tirer profit au plus vite. Pour trois raison essentielles.

Et d’une, revoir d’ici juillet la délicate question de l’enrôlement, ou mieux-dit du non-enrôlement à l’armée des religieux ultra-orthodoxes (et des jeunes arabes israéliens) pouvait mener à l’éclatement de la coalition gouvernementale. Et de deux, l’épineuse question du démantèlement du quartier Oulpana à Bet-El d’ici juillet, également ordonnée par la Cour suprême, menaçait aussi la stabilité gouvernementale.

Et de trois, au plan économique, les indicateurs virent au rouge, lentement mais sûrement : les rentrées fiscales sont en baisse, les exportations faiblissent, le déficit budgétaire se creuse et l’indice des banques israéliennes est sous haute surveillance. La crise se fera sentir rudement dans le courant de l’année prochaine, accompagnée de son cortège de manifestations… Mieux valait donc engranger maintenant. D’aucuns ajoutaient une quatrième raison :largement reconduit, Binyamin Netanyahou avait toute latitude de traiter la question iranienne à sa guise, et ce d’autant plus que Barak Obama était entravé par sa campagne électorale propre….

Mais voilà, dimanche dernier, la convention du Likoud a séché le premier ministre qui comptait bien réunir tous les pouvoirs dans ses mains et, partant, nommer à des places éligibles des gens à lui. Il reste encore, dans ce parti qui se réclame de Zeev Jabotinsky et Menahem Béguin, des démocrates dans l’âme. Binyamin Netanyahou avait aussi un autre objectif, à savoir barrer la route à Feinglin et ses partisans. C’est l’aile des ultras au sein du Likoud, des religieux partisans du grand-Israël, qui ne cachent pas leur volonté de conquérir la direction du Likoud. C’était donc raté.

Alors, trait de génie ou politique de bas-étage ? Entre-nous, qu’importe. C’est à l’aune des résultats que sera jugée cette coalition, forte aujourd’hui de 94 députés (1). Le fait est que ce gouvernement disposera d’une liberté de manœuvre bien plus grande qu’auparavant. Les religieux ultra-orthodoxes menacent de claquer la porte ? Qu’ils la claquent ! 91 – 17 = 74. Ceux hostiles au dialogue israélo-palestinien haussent le ton ? Qu’ils crient ! 91 – 20 = 71. Et puis, même si au plan économique, Kadima n’est pas éloigné du Likoud, Shaul Mofaz est lui sensible à l’injustice sociale. Revenons aux anglais : il faut attendre et voir.

(1) Cette coalition sera la troisième en nombre du parlementarisme israélien. La palme revient à la coalition formée en 1984 par Shamir-Peres, qui comptait 102 députés. Quatre ans plus tard, une coalition identique regroupera 95 députés. Rappelons que la coalition d’union nationale, formée la veille de la guerre des six-jours, s’appuyait sur 89 députés.