May 8

ISRAELVALLEY - Pour parfaire sa marche vers le futur, l’armée israélienne s’est engagé dans une modernisation des ses effectifs.

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Maxime Perez (Tel-Aviv)

Pour parfaire sa marche vers le futur, l’armée israélienne s’est engagé dans une modernisation des ses effectifs. En 1998, sous l’impulsion de Shaul Mofaz, l’état-major amorce une révision de sa stratégie et de ses modes de fonctionnement. Sa nouvelle doctrine s’appuie sur quatre éléments clés : la dissuasion, l’alerte précoce, la recherche d’effets militaires décisifs et la riposte systématique à des attaques terroristes.

A cette époque, nombre d’experts tentent d’influencer sur les travaux et les réflexions des généraux de Tsahal. Jugeant l’armée trop volumineuse, ils prônent une réduction drastique du nombre de troupes par l’abandon du service militaire obligatoire. Ce processus doit, selon eux, s’accompagner d’une professionnalisation graduelle des forces armées, ce qui implique à moyen terme la suppression totale des unités de réserve. En outre, ils préconisent un réajustement du mode de combat, davantage axé sur la destruction des capacités ennemies que sur l’occupation de territoires.

L’état-major israélien n’est pas convaincu. Il ne suit que très partiellement ces recommandations et opte pour son propre plan de restructuration : « Catapulte 2008 ». Ce programme autonomise un peu plus les quatre régions militaires (nord, centre, sud et intérieur) dans l’échelle de décision. Ainsi, le contrôle opérationnel des forces armées passe sous l’autorité directe des commandants de région. L’état-major ne conserve plus qu’un rôle de conception, de planification et de supervision, perdant au passage sa mainmise sur les forces spéciales. En conséquence, huit postes de généraux et vingt postes de colonels sont supprimés.

Trois nouvelles structures apparaissent : le département logistique et technologique, la division des relations internationales – chargée de la coopération interarmées – et l’académie militaire des officiers, dispensant aux plus prometteurs d’entre eux une formation universitaire. Ces réformes affectent de plein fouet les trois corps d’armées, notamment l’aviation qui recrute davantage de professionnels et accepte une féminisation de ses unités. Suivant l’exemple de Roni Zuckerman, première femme pilote de F-16 en 2001, plusieurs jeunes appelées font leur entrée dans l’école de l’armée de l’air. D’autres mesures suivent, comme la création d’un commandement de l’armée de terre (Mazi) chargé de veiller à l’entrainement et à la préparation des troupes. Car ce sont les forces terrestres qui s’apprêtent à subir le remaniement plus important.

Après sa réoccupation militaire en 2002, la Cisjordanie est découpée en sept secteurs correspondant chacun à la zone de déploiement d’une brigade d’infanterie. Au total, 10.000 hommes sont stationnés dans le territoire palestinien, l’équivalent du contingent britannique en Irlande du nord. Le plan « Catapulte 2008 » aboutit enfin à la suppression de quatre brigades de réserve et de nombreux bataillons. En contrepartie, un budget conséquent est réinvesti dans la qualité du matériel porté par le fantassin (casque, gilet céramique et production du fusil-mitrailleur Tavor). L’artillerie et le génie militaire bénéficient également de nouveaux équipements modernes.

Cette refonte structurelle ne résout cependant pas tout. Au moment où éclate la seconde Intifada en 2000, de nombreuses voix s’élèvent dans l’establishment sécuritaire, reprochant à Tsahal d’être resté une armée lourde et pléthorique. Si la brigade Kfir – 6000 hommes – est constituée pour mener des opérations de guérilla urbaine, la qualité des entrainements est sérieusement remise en cause. A l’exception des forces spéciales, le niveau des différentes unités d’infanterie est jugé trop irrégulier.

Pendant l’été 2006, la guerre contre le Hezbollah dévoile au grand jour les lacunes de l’armée israélienne qui voit sa réputation d’invincibilité sérieusement ternie. La liste des défaillances est longue : mauvaise préparation des soldats, absence ou manque de soutien logistique aux troupes positionnées en tête de pont et enfin, multiplication des ordres et des contre-ordres. Ce manque avéré de coordination déclenche un mouvement de protestation des réservistes, soutenu par l’opinion. Rapidement, plusieurs hauts gradés annoncent leur démission ou sont tout simplement écartés, à l’instar de Gal Hirsch et d’Oudi Adam, chef du commandement nord.

Pour résorber ce déficit de confiance, l’Etat hébreu lance « Tefen 2012 », un vaste programme de restructuration de Tsahal. Lancé par le général Gaby Ashkenazi, successeur de Dan Haloutz au poste de chef d’état-major, ce plan quinquennal ambitionne de redonner à l’armée israélienne sa pleine force de dissuasion, de sorte qu’elle redevienne une puissance militaire incontestable au Moyen-Orient. Tefen se concentre sur trois aspects : la modernisation complète des effectifs, la remise à niveau des stocks de munitions et surtout, la planification massive d’exercices.

Prenant en compte les recommandations de la commission Winograd, le plan Tefen accorde une attention toute particulière à l’armée de terre. Sous la houlette d’Ashkenazi, troupes régulières et réservistes sont soumis à rude épreuve, sans aucun traitement de faveur. Les manœuvres s’intensifient : elles sont plus longues, plus dures mais aussi plus variées. Le plateau du Golan redevient un terrain d’entrainement privilégié pour l’armée israélienne, au même titre que le désert du Néguev. A proximité de Beer Sheva, la base de Tsehilim ouvre un centre de combat en zone urbaine (« Mali ») construit sur le modèle des villes palestiniennes. Depuis 2006, 150 000 soldats israéliens s’y rendent chaque année pour suivre une formation poussée aux techniques de contre-guérilla.

(Première partie).

Maxime Perez