Apr 26

ISRAËLVALLEY-INDEPENDANCE : MERCI, UN TRES GRAND MERCI, MONSIEUR BEN-GOURION…

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Mati Ben-Avraham

Le 29 novembre 1947 donc, la toute récente ONU votait le plan de partage de la Palestine mandataire. A une majorité des deux-tiers. Un résultat acquis non sans mal par les dirigeants de l’Agence juive. Et dans lequel la Shoah n’a pratiquement joué aucun rôle. Seuls les historiens et politiques de mauvaise foi, ignorants ou haineux, ont vu, et voient encore une relation de cause à effet là où il n’y a eu que concomitance. Un résultat qui a provoqué une grande émotion dans le peuple juif de la diaspora, parsemée d’explosions de joie, de chants, de danses dans les rues d’agglomérations à population juive, dans les kibboutz et mochavs de la Palestine mandataire. Un moment de grâce qui, ici, a amené une fraternisation entre groupes politiques et mouvements clandestins rivaux de la résistance à la présence anglaise. Ils aspiraient tous à un Etat, mais qui hébreu, qui juif, qui binational, et qui, ancrés déjà dans des certitudes idéologiques, avançaient en ordre dispersé.

Dans cette Palestine encore mandataire, que Londres avait annoncé abandonner le 15 mai 1948, la décision onusienne donna le signal à un déferlement de violences anti-juives. La Ligue arabe n’avait pas caché ses intentions. Avant même que l’Onu ne se prononce, alors que la Commission dépêchée par elle sur place tentait d’y voir clair, de dégager la marche à suivre, la Ligue arabe réunie le 16 septembre au Liban, à Sofar, déclarait que : »…Les arabes de Palestine livreraient une guerre impitoyable, sachant que tous les pays arabes les soutiendraient, en hommes, fonds et munitions (Al Ahram, 21.09.1947). Son secrétaire général, Azzam Pacha allait plus loin, le 1er décembre, en confiant au journal Al Wahda (Jaffa) qu’un plan d’occupation de la Palestine avait été élaboré, qu’il avait été accepté à l’unanimité, et qu’il sera appliqué dans les deux mois. Le jour précédent, le 30 novembre, 7 juifs palestiniens trouvaient la mort sur la ligne Tel-Aviv-Jérusalem, au cours d’une attaque perpétrée par une bande d’irréguliers arabes.

Un massacre qui donna le signal à une violence généralisée. D’abord sur la défensive, les combattants de la Haganah, de l’Irgoun et du Lehi ne tardèrent pas à rendre coup-sur coup avant de passer à l’offensive. Les forces britanniques restèrent le plus souvent l’arme aux pieds, leurs chefs témoignant même d’une certaine complaisance, sinon d’une complaisance certaine vis-à-vis des arabes. C’est ce qui permit à des milliers d’irréguliers arabes, fortement armés, venant de Syrie, d’Irak, de Transjordanie de s’introduire en Palestine avec la ferme intention, tel le condottiere syrien Fawzi el-Kaukadji, de se tailler des fiefs. Et en avril 1948 déjà, la Légion arabe du roi Abdallah de Jordanie s’en était venue assiéger le Goush Etzion, qui tombera le 15 mai. Et pour ne pas perdre la main, la Ligue arabe avait annoncé que, immédiatement après le départ des britanniques, le 15 mai, ses armées allaient envahir la Palestine. La curée se dessinait.

C’est dans ce climat d’incertitude totale quant aux chances de survie de l’Etat projeté, que le gouvernement provisoire se réunit, trois jours avant la date fatidique. Sur ses 13 membres, 10 participèrent à cette réunion. Il fallait trancher : proclamer la création de l’Etat le 15 ou renvoyer celle-ci à une date ultérieure. De fortes pressions étaient exercées sur ce gouvernement provisoire pour choisir le deuxième terme de l’alternative, de la part d’Etats – les Etats-Unis en particulier, mais aussi de personnalités juives de la Diaspora. La situation, il est vrai, était dramatique : les combattants juifs palestiniens étaient en minorité, et leur nombre allait en s’amenuisant, certains préférant échapper à un enrôlement, d’autres choisissant de quitter le pays. Le rapport des forces était de plus en plus favorable à la partie arabe qui, de plus, espérait l’intervention des armées des pays arabes voisins : Liban, Syrie, Jordanie, Irak, Arabie saoudite et Egypte.

Il n’est pas étonnant donc que les 10 présents à cette réunion décisive étaient divisés. Quatre d’entre-eux étaient franchement hostiles à la création de l’Etat dans les conditions présentes, cinq hésitaient à se prononcer. Seul David Ben-Gourion, persuadé que c’était le moment ou jamais, défendait la création de l’Etat maintenant, envers et contre tout. Les débats ont duré quelques 13 heures, entrecoupés d’informations venant de l’extérieur sur l’évolution de la situation sur le terrain. A l’arrivée, la création de l’Etat fut votée par six voix contre quatre. L’obstination d’un seul homme, basée sur une analyse pointue des évènements et une conviction profonde que oui, oui c’était possible, avait entraîné l’adhésion de cinq autres membres du gouvernement provisoire. La décision de créer l’Etat a été prise à la majorité d’une voix. Et nous voici, près de huit millions, 64 ans plus tard. Allez, à notre santé, et merci, un très grand merci, monsieur Ben-Gourion.