Apr 18

ISRAËLVALLEY-GAZ NATUREL : L’EGYPTE ROMPT UNILATERALEMENT L’ACCORD D’APPROVISIONNEMENT D’ISRAËL EN GAZ NATUREL.

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Mati Ben-Avraham

La décision égyptienne, annoncée hier soir, a créé la surprise côté israélien. Au ministère des affaires étrangères, il a été avoué : « Nous n’avons rien vu venir ! ». Quant aux partenaires israéliens de la société d’exploitation égypto-israélienne EGM, la surprise se teinte d’incompréhension : « Les égyptiens ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. » Au Caire, l’un des candidats aux présidentielles, Abdelmoneim Aboul Foutouh, rejoint par son rival Ahmad Chafik, a été explicite : « C’est une décision qui correspond à la volonté du peuple, a-t-il souligné. »

En fait, cette mesure unilatérale constitue un grave accroc à l’accord de paix israélo-égyptien du 26 mars 1979. L’annexe III du Traité de paix règlemente, entre autres, l’approvisionnement, en pétrole, d’Israël par l’Egypte. En 2008, cet accord a été modifié d’un commun accord entre les deux Etats, la livraison en gaz naturel venant en lieu et place du pétrole. L’application de l’accord était dévolue à une société privée d’exploitation commune, EGM. Et s’il est vrai que les autorités égyptiennes avaient pris, sous l’ère Moubarak, des libertés avec l’article 3 du traité, portant sur la normalisation (1), elles avaient cependant évité d’aller trop loin. Pour une raison fort simple. Le Traité de paix israélo-égyptien présente, en effet, une particularité de poids : il est garanti par un pays-tiers, en l’occurrence les Etats-Unis. Et depuis 1979, Washington met annuellement un peu plus d’un milliard de dollars sur la table cairote, au titre d’aide militaire. L’an dernier, lorsque sur la place Tahrir, la suppression du Traité a été réclamée sur l’air des lampions, le Congrès américain a rapidement haussé le ton, tandis que le département d’Etat rappelait le pouvoir militaire de transition à la raison.

Mais s’agit-il vraiment d’une décision d’ordre politique, d’une volonté de rupture liée à la situation née du « printemps arabe » ? Il semble qu’à Jérusalem, l’intention est de calmer le jeu. D’aucuns, dans les ministères concernés – Affaires étrangères et Energie – lient cette décision à un conflit d’intérêts égypto-égyptien, entre le partenaire égyptien d’EMG et l’Office National de Pétrole, qui trouvera son épilogue devant une Cour international. Il s’agit donc de laisser du temps au temps, suivant la formule mitterandienne, et étudier des formules de rechange. C’est jouer à l’autruche, rétorque-t-on chez les dirigeants de Ampal-American-Israël-Corporation, le partenaire israélien d’EMG. Pour eux, il s’agit bel et bien d’un acte de pure politique, qui demande à être traité en tant que tel.

Les choses en sont là. Le vrai problème est que le temps presse. Le ministère de l’Energie a publié, hier matin, un plan d’urgence, qui sera soumis dimanche prochain au gouvernement. Selon le ministre, Uzi Landau, Israël vivra, l’été prochain, une crise énergétique de grande ampleur. En clair, la Compagnie d’Electricité publique, ne sera plus en mesure d’assurer sa mission. Parmi les mesures proposées : des coupures alternées de courant sur l’ensemble du pays suivant un ordre prioritaire, remise en activité des centrales à mazout polluante de Tel-Aviv et Haïfa, mise hors-de-service des stations d’épuration ou de dessalement d’eau…(2)

(1) « Les parties conviennent que les relations normales établies entre elles comprendront la pleine reconnaissance des relations diplomatiques, économiques et culturelles, la fin du boycottage économique et des obstacles discriminatoires au libre mouvement des personnes et des biens, et garantira à leurs citoyens la protection de la loi. Le processus par lequel elles s’engagent à parvenir à de telles relations, parallèle- ment à la mise en vigueur des autres dispositions de ce traité, est exposé dans le protocole joint (Annexe III).
(2) La consommation électrique se répartit comme suit : 33% secteur commercial et public, 30% consommation privée, 20,5% secteur industriel, 7,6% Jérusalem-est et Autorité palestinienne,5,6% pompage de l’eau –principalement du lac de Tibériade, 3,3% secteur agricole.