EDITO: ISRAELVALLEY - Les partenaires sociaux ont retardé la signature de l'accord qui aurait permis la reprise rapide du travail.

Feb 201212

Par Jacques Bendelac (Jérusalem)
Publié le 12 février 2012

Alors que la fin de la grève générale était annoncée dès jeudi matin, les partenaires sociaux n’avaient toujours pas signé, ce dimanche matin, l’accord qui aurait permis la reprise normale du travail. Pourtant, un compromis avait été trouvé et il ne restait aux juristes qu’à rédiger l’accord. Seulement voilà: une revendication de dernière minute formulée par le Trésor a fait exploser l’accord en gestation. Lorsque les intérêts politiques des partenaires sociaux se mêlent aux négociations, les revendications salariales ne sont que le prétexte à un rapport de force entre les trois hommes-clé du conflit: le syndicaliste Ofer Eini, le ministre Youval Steinitz et l’industriel Shraga Brosh.

Ofer Eini. Le secrétaire général de la Histadrout va devoir affronter prochainement les comités d’entreprise: des élections à la Histadrout auront lieu au mois de mai prochain, et Ofer Eini doit montrer qu’il est toujours capable de mobiliser les salariés s’il veut être réélu à la tête de la confédération syndicale. Depuis la « révolte des tentes » de l’été dernier, qui s’est voulue apolitique et a-syndicale, la Histadrout a perdu de son influence parmi les classes moyennes et les salariés pauvres. Une grève générale permet donc à la Histadrout de réoccuper le devant-de-la-scène et de redorer son blason social.

En reprenant l’initiative de la contestation sociale, Ofer Eini a répété que la grève n’est pas un objectif en soi, mais un moyen d’action pour atteindre un but précis. C’est pourquoi, il a atténué progressivement ses exigences: il ne réclame plus la titularisation de tous les salariés contractuels; il se contentera de l’amélioration de leurs conditions de travail. L’important pour lui, c’est de sortir gagnant de ce conflit, même si les acquis sont limités.

Youval Steinitz. Le ministre des Finances est en mauvaise posture. Présenté par le rapport du contrôleur de l’Etat comme l’un des responsables de l’incendie catastrophique du Carmel l’an passé, il doit à nouveau se justifier: après avoir annoncé que la grève coûte chère (2,3 milliards par jour, soit 480 millions d’euros), il doit expliquer pourquoi avoir attendu le déclenchement d’une grève pour améliorer le sort des agents contractuels de l’Etat. Dorénavant, il accepte de relever le salaire des intérimaires du secteur public à 4.500 shekels par mois (900 euros), soit 10% de plus que le salaire minimum obligatoire. Il a aussi accepté d’embaucher 100 inspecteurs du travail supplémentaires qui contrôleront l’application des règles du travail par les sous-traitants.

Mais jeudi matin, au moment de rédiger l’accord final, les fonctionnaires du Trésor ont formulé une nouvelle exigence: ils réclament que les salariés intérimaires s’engagent à ne pas faire de grève pendant 4 ans. C’est beaucoup trop pour les syndicats qui ne peuvent accepter une telle atteinte au droit de grève. De même, un nouveau “malentendu” est survenu concernant l’effectif de salariés qui seront titularisés: le Trésor a proposé le chiffre de 800 salariés, ce que les syndicats ont d’abord accepté, croyant qu’il ne s’agissait que d’une première étape vers la titularisation des 250.000 agents contractuels de l’Etat, et non d’un chiffre définitif.

Shraga Brosh. Le patron des Patrons quitte ses fonctions ce mardi, après un mandat de sept ans passé à la tête de la puissante Fédération des Industriels. Pour finir son mandat “en beauté”, il aurait bien voulu régler la question l’emploi en sous-traitance avant son départ. C’est pourquoi, il a été le premier à accepter le principe d’une amélioration des conditions de travail des intérimaires et d’une égalisation de leurs droits sociaux avec ceux des autres salariés; il était même prêt à signer un accord avec la Histadrout, estimant que le gouvernement n’aurait pas d’autre choix que de s’aligner sur le patronat en publiant un “décret d’extension” qui couvrirait tous les intérimaires du pays.

C’était oublier que, plus que le secteur privé, c’est l’Etat qui est le principal employeur d’agents contractuels. Le Trésor ne s’y est pas trompé: il a refusé de suivre les Industriels, faisant perdre à Ofer Eini son principal levier de pression. Dorénavant, les fonctionnaires des Finances proposent de diviser les salariés intérimaires en deux catégories distinctes et aux conditions de travail différentes: les sous-traitants du privé et ceux du public. C’est un camouflet pour Shraga Brosh, c’est inacceptable pour Ofer Eini.

Jacques Bendelac (Jérusalem)

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