EDITO: ISRAËLVALLEY : ET SI RUSSES ET CHINOIS TEMOIGNAIENT DE CECITE POLITIQUE ?
Par Mati Ben-Avraham
Publié le 6 février 2012
Dans les relations internationales, l’amitié est un plat que l’on sert et que l’on dessert en fonction des intérêts en jeu. De Gaulle ne disait pas autre chose. C’est bien pour cela que le soutien inconditionnel de la Russie et la Chine au régime alaouite syrien est difficile à saisir.
C’est vrai que Damas est le 3ème client de la Chine. C’est vrai aussi que la Chine et la Syrie sont liées par un accord d’entente : Pékin reconnait les droits syriens sur le Golan tandis que Damas s’est engagé à à respecter et défendre l’intégralité du territoire chinois, y compris Taïwan et le Tibet. Mais il est tout aussi vrai que l’économie syrienne n’est pas ce qui se fait de mieux au Proche-Orient (un PNB de 500 dollars per capita) et, partant, sa capacité à rembourser ses créanciers pose un grand point d’interrogation. Et ce d’autant plus que Damas ne peut compter sur l’assistance des Etats arabes sunnites d’une part et, d’autre part, des places financières occidentales.
Un schéma qui vaut aussi, sinon plus, pour la Russie. Moscou, en effet, est fortement présente en Syrie, tant au plan stratégique qu’économique. Tartous, qui fut le dernier point d’ancrage de l’Ordre du Temple, est aujourd’hui une base navale de relâchement pour les navires de guerre russes en Méditerranée. Les livraisons de matériel militaire russe ( du missile au radar en passant par toute la gamme d’outils de destruction) se montent à 4 milliards de dollars. Au plan civil, les industries et services russes sont présents aussi bien dans le tourisme, l’infrastructure, l’agriculture, l’énergie, un engagement estimée à une vingtaine de milliards de dollars…
Si l’on suit le professeur Yossi Schein, de l’université de Tel-Aviv, l’attitude des russes et des chinois est dictée par deux craintes. La première est que toute adhésion à des renversements de régime puisse se retourner contre eux. La seconde est de perdre toute influence dans cette région au bénéfice des occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier. En somme, peut-on dire, Moscou et Pékin ne seraient pas hostiles à un changement de pouvoir en Syrie, mais à condition qu’ils en soient crédités. En ce sens, le chemin de Damas du ministre russe des Affaires étrangères, mardi, sera intéressant à suivre.
Reste une inconnue : comment réagiront les opposants au régime des Assad, ces manifestants en butte depuis des mois à la brutalité sans limite des « chiens de garde » du pouvoir en place ? Vont-ils passer l’éponge ? Russes et chinois ont-ils présumé de leur capacité à jouer le deus ex machina ? Pour se concilier la faveur des anti-Assad, n’auraient-ils pas du épouser le mouvement, hâter la chute du tyran et de ses sbires ? Comme quoi, si la terre a ses limites, la bêtise humaine n’a pas de bornes. C’est de Flaubert.






