EDITO: LA VOIE MENANT A LA PAIX EST PARSEMEE D’EMBÛCHES…
Par Mati Ben-Avraham
Publié le 6 septembre 2010
Et la première des embûches, la plus rude en fait, est constituée par l’axe Iran-Hezbollah-Hamas. Les trois ont donné le ton à l’occasion de la Journée de Jérusalem : pas question de concéder le moindre arpent de la Palestine aux sionistes. L’iranien Ahmadinejad a été, une fois de plus, le plus virulent, n’hésitant pas à afficher sa conviction dans la disparition de l’Etat d’Israël. Tôt ou tard ! Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a été lui voué aux gémonies par les uns et par les autres. Son cas est tranché : la mort l’attend s’il a l’impudence d’aller vers un accord avec les sionistes. Le Hamas, pour sa part, ne s’est pas contenté de vindictes. Il a actionné deux cellules dormantes en Cisjordanie. Bilan : quatre civils israéliens tués, deux blessés. Il ne faut pas s’y tromper, cette opposition à toute paix entre Israéliens et Palestiniens est de nature irréductible. Elle repose sur une idéologie religieuse, qui ne souffre aucun compromis. Seule l’effacement physique de l’autre, soit l’Etat d’Israël en tant que tel, entre en ligne de compte. C’est bien pour cela que le seul consensus international, en faveur du processus relancé à Washington la semaine dernière, sera à même de garantir son succès. Il faut que le Conseil de sécurité dénonce ce front du refus. Il faut aussi que l’Union européenne efface la honte de la Déclaration de Venise du 13 juin 1980, qui a vu le Conseil européen faire la fine bouche devant l’accord de paix israélo-égyptien, et s’engager résolument derrière les Etats-Unis, afin qu’Israéliens et Palestiniens aillent au terme de leurs efforts.
La deuxième de ces embûches est le fractionnement de la souveraineté palestinienne entre Cisjordanie et bande de Gaza. Il est impératif que l’Autorité palestinienne reprenne pied à Gaza. Au prix d’une guerre civile ? Certes, mais en mettant tout en œuvre pour la cantonner à sa plus simple expression. Là aussi, l’assistance des Etats favorables à la paix est indispensable. Mahmoud Abbas n’a pas les moyens de mettre fin au coup de force perpétré par le Hamas en juin 2008. En dépit des efforts intensifs menés par les Etats-Unis et, dans une moindre mesure, par la France pour former des forces de sécurité palestiniennes fiables, la supériorité de la branche armée du Hamas ne fait aucun doute. Celle-ci dispose d’une capacité de destruction, généreusement fournie par l’Iran, qui lui permet de faire des pieds-de-nez à ceux de Ramallah. La solution : éviter toute sensiblerie pour couper le Hamas de ses sources d’approvisionnement, tant financières que militaires. Une grande part du travail retombe sur l’Egypte, les filières d’acheminement empruntant le Sinaï, mais nul doute qu’une coopération, exempte d’arrière-pensées, des services de renseignements occidentaux, permettraient de réduire sensiblement la capacité de nuisance du mouvement sunnite radical. Et il ne serait pas mauvais non plus que des Etats arabes pragmatiques quittent les gradins pour rejoindre sur le terrain l’Egypte et la Jordanie.
La troisième embûche relève du seul Israël. Nul doute que la semaine passée à Washington, même si le scepticisme n’a pas été totalement levé, nul doute que Binyamin Netanyahou a affiché un courage politique de bon aloi. Le Premier ministre, rappelons-le, a affirmé, d’une part, voir en Mahmoud Abbas son partenaire pour parvenir à la paix et, d’autre part, que la formule de « deux Etats pour deux peuples » est la seule qui puisse y mener. Il s’est donné un an pour parvenir à un accord-cadre. Sans consulter. Ni les caciques du Likoud. Ni les ministres du forum des sept. Seul Ehud Barak, semble-t-il, était dans la confidence. Ce qui lui a valu d’acerbes critiques de la part des siens, en particulier du Vice-Premier ministre Sylvain Shalom. Et une volée de bois vert de son ministre des Affaires étrangères. Avigdor Liberman, c’était hier qui a ni plus ni moins accusé Binyamin Netanyahou de faire commerce d’illusions. Il estime impossible de parvenir à un accord-cadre au cours des 12 prochains mois, alors que l’on tourne en rond depuis 17 ans. A ses yeux, une paix avec les Palestiniens et les arabes aux alentours n’est pas pour la génération actuelle, ni même pour la prochaine. Mais, a-t-il souligné – et c’est-là l’essentiel – : « Mon parti ne quittera pas la coalition actuelle. Je suis prêt à un compromis en ce qui concerne le gel de la construction en Judée-Samarie. » Quel compromis ? Celui lancé par le ministre Dan Meridor, peut-être, qui envisage une reprise dans les zones qui passeront sous souveraineté israélienne et feront l’objet d’une compensation territoriale.
Logique, mais difficile à faire admettre, et aux dirigeants du Conseil régional Judée-Samarie, et aux dirigeants palestiniens. Les premiers ont lancé une campagne d’intimidation. Aux carrefours, des banderoles proclament la reprise de la construction le 26 septembre. Et sur les murs, des affiches portant le portrait de ministres leur rappellent des propos tenus sur la relance de la construction le 26 septembre. A l’inverse, les dirigeants palestiniens, Mahmoud Abbas en tête, font de la poursuite du gel de la construction une condition sine qua non quant à la poursuite du dialogue entamé à Washington.
Alors ? Il faut dire que la question agace Binyamin Netanyahou, tout comme, voici 10 ans, l’exigence du démantèlement des points d’appui irritait fortement Ehud Barak, alors premier ministre. L’un et l’autre estiment contre-productif ce type de condition préalable à toute avancée, une perte de temps inutile, alors qu’il s’agit d’aller à l’essentiel. Et l’essentiel, c’est de parvenir à un accord, dans les meilleurs délais. De toute façon, disait Ehud Barak hier, dit aujourd’hui Binyamin Netanyahou, la question sera tranchée dans le cadre de la fixation de la frontière entre les deux Etats, alors pourquoi se compliquer la tâche maintenant ? —






