EDITO: ISRAËL FRANCE FOOT - INTERVIEW - Luis Fernandez, qui a les clés de la sélection israélienne de foot, gare son scooter à Ramat Gan et parle « des clés de la réussite ».
Par Jonathan SERERO
Publié le 30 juillet 2010
EXCLUSIF – Ramat Gan, Mardi 27 juillet, quelques journalistes francophones triés sur le volet ont été invités par le service communication de la fédération israélienne de football à venir passer une grosse demi heure avec celui qui détient depuis un mois les clés de la sélection israélienne.
Il est dix heures précise lorsque Luis Fernandez gare son tout nouveau scooter sur le parking du Stade National de Ramat Gan. Quoi de mieux que le petit véhicule à deux roues pour éviter les embouteillages monstres de Tel-Aviv et sa région. L’ancien joueur et entraîneur du Paris Saint Germain est un homme pressé. Il se sait attendu mais se déclare d’entrée de jeu « prêt à qualifier Israël pour le prochain championnat d’Europe des Nations qui aura lieu en 2012 en Ukraine et en Pologne ».
Lors de cette rencontre amicale avec l’ex membre du carrée magique de l’Equipe de France des années Platini, « Luis » a commencé par serrer la main à chacun des journalistes présents dans la salle. Son attaché de presse, Stéphane Calvo, nous avouait avant l’entretien que le tout nouveau sélectionneur a pris l’habitude de saluer tous les employés de la fédération, de la femme de ménage à son président, Avi Louzon. Fernandez souhaite transmettre ces valeurs de respect et de discipline qui, selon lui, sont « les clés de la réussite ».
L’ancien coach de l’Athletic Bilbao s’est gentiment plié au jeu des questions-réponses. Une discussion à bâtons rompus entre amis.
Pour lui « le football israélien a progressé » depuis son départ du Betar Jérusalem, il y a trois ans. Il nous a avoué « ses atomes crochus avec ce pays et ses joueurs qu’il apprécie particulièrement». L’enfant des Minguettes à Lyon nous a transmis son envie « de réussir dans sa mission ».
Pour cela, le sélectionneur a un plan précis. Aller scruter, analyser, décortiquer chaque séance d’entraînement, chaque match, des deux ligues professionnelles du pays. Depuis son arrivée, Fernandez arpente les terrains à la recherche des joueurs susceptibles d’être appelé en équipe nationale, accompagné de son adjoint et ancien coéquipier de l’AS Cannes, Tal Banin.
Il lâche quelques noms, « Biram Khiel, le tout nouveau joueur du Celtic Glasgow, Zehavi de l’Hapoel Tel Aviv Bibras Natkhu du Rubin Kazan ou Tamir Cohen de Bolton en Angleterre ». Luis souhaite donc « s’appuyer sur les jeunes » et nous promet « quelques surprises ».
La campagne de qualification commence le 2 septembre prochain à domicile face à Malte. Le sélectionneur a, tout d’abord, prévu d’organiser un stage du 8 au 11 août prochain réunissant les 30 meilleurs joueurs du pays. Lors de cette grande revue d’effectif, une rencontre amicale interne sera organisée et ouverte au public. « Dans le football, rien ne vaut les matchs, il n’y a que le terrain qui parle » précise Luis Fernandez.
Concernant l’aspect tactique, l’entraîneur pense que son équipe possède aujourd’hui des bases solides au milieu et en attaque, reste le chantier de la défense qui selon lui pose « encore quelques difficultés ». Fernandez a aussi pesté contre le manque de préparateur physique compétent dans le pays.
Après ces précisions d’ordre technique, l’ex joueur de l’AS Cannes s’est laissé aller à une juste analyse de la situation du football et du sport en général en Israël. A la question d’un de mes confrères qui cherchait à savoir « pour quelles raisons la sélection nationale israélienne ne s’était plus qualifiée pour une Coupe du Monde depuis 40 ans ? » Luis a répondu fort à propos : « l’Etat d’Israël n’est âgé que de 62 ans, les priorités de ce pays ne sont pas malheureusement orientées vers la pratique du sport et l’environnement n’est évidemment pas propice à faire réussir la sélection » et de souligner que la qualification en Coupe du Monde ou une participation à un championnat d’Europe de football relevait « d’une volonté nationale » tout en se disant « le représentant de la nation d’Israël ».
Preuve que Fernandez prend son nouveau job au sérieux, il a nommé un diététicien arrivé d’Italie du prestigieux club de la Fiorentina. Une véritable révolution au sein du microcosme du football israélien pour des joueurs habitués à engloutir le traditionnel « pita-houmous-felafel ». Le sélectionneur compte aussi « utiliser les installations du centre national des sports de l’Institut Wingate » situé à l’entrée de la ville de Netanya. Wingate deviendra, ainsi, sous l’ère Fernandez le camp d’entraînement de la sélection israélienne de football.
Autre sujet de discorde, l’Equipe de France. L’ancien milieu de terrain a accepté de revenir sur le fiasco des Bleus et s’est déclaré favorable « à des sanctions bien plus lourdes que celles prononcées jusqu’ici » à l’encontre de joueurs qui ont, selon lui, « sali le maillot d’une équipe championne du monde et deux fois championne d’Europe ». Concernant la nomination du nouveau sélectionneur français Laurent Blanc, « c’est une bonne chose », déclare Luis Fernandez.
Enfin, pour Luis, Israël avait tout à fait sa place dans cette dernière Coupe du Monde en Afrique du Sud dont le niveau « l’a déçu ». Il a avoué « avoir aimé l’Allemagne et bien sur l’Espagne, championne du monde », et nous a assuré posséder des Iniesta et des Xavi (deux joueurs espagnols du FC Barcelone) dans sa propre formation. Sur cette nouvelle pirouette, Luis s’en est allé, d’un pas décidé, il aimerait tant conduire Israël vers les sommets.
Jonathan SERERO







