EDITO: ISRAËL-SOCIETE : LE FOOTBALL ISRAELIEN ATTEND SON MESSIE…

Mar 201013

Par Mati Ben-Avraham
Publié le 13 mars 2010

La seule, l’unique participation de la sélection nationale israélienne à une phase finale d’une grande compétition internationale, européenne ou mondiale, remonte à…1970. C’était au Mexique. Ce ne sont pas les occasions qui manquent : une compétition tous les deux ans. Mais rien de rien !

Tout, pourtant, a été tenté : les meilleurs parmi les meilleurs des entraîneurs locaux, des entraîneurs étrangers, les bénédictions des rabbins, les prières, les visites aux tombeaux des sages. L’invisible est demeuré de marbre.

Même les critiques, acerbes, virulentes, n’ont pas déclenché l’étincelle salvatrice. Ce ne sont pourtant pas les talents qui manquent. Toutes proportions gardées, le football israélien exporte autant de joueurs que la France. Ils courent après le ballon en Angleterre, en Espagne, en Belgique, en Allemagne…

La FIF, soit la Fédération Israélienne de Football, lassée de ces échecs, a décidé de recruter le prochain messie à l’étranger. Deux candidats tiennent la corde : le français Luis Fernandez et l’allemand Winfried Schaefer. Ce qui semble indiquer que les dirigeants de la FIF ont décelé le travers du football israélien, le manque de rigueur, et souhaitent y remédier. Fernandez et Schaefer, en effet, ont pour réputation de ne pas plaisanter avec la discipline sur le terrain et hors celui-ci.

Et puis, Israël ne serait pas Israël si, en sport tout comme en politique, il n’y avait pas un trublion de service. En l’occurrence Eyal Bercovitch. Milieu de terrain talentueux – il a été l’un des premiers à saisir que sans travail assidu, un don devient vite une sale manie – , il a fait ses débuts en 1989 au Maccabi de Haïfa pour être prêté en 1996 à Southampton, en première Ligue anglaise. Il ne reviendra qu’en 2004 pour une dernière saison au Maccabi de Tel-Aviv, après avoir opéré dans les rangs de West Ham United, Celtic Glasgow, Blackburn Rovers, Manchester City et enfin, Portsmouth. De solides références, donc.

Et voilà que, après une savante orchestration médiatique, il lance urbi et orbi : Si un Messie, autant qu’il soit israélien ! Du coup, le monde du ballon rond s’est enflammé, qui pour, qui contre. Et le voici qui passe d’interviews télévisées, radiodiffusées à celles diffusées par la presse écrite. Qu’il occupe le devant de la scène, laissant pantois les politiques.

A l’évidence, ce n’est pas seulement dans les pieds que s’est niché son talent. Le clou : une conférence de presse pour bien préciser son intention, au cas où subsistaient ceux qui avaient raté le train. En vrac : le prochain entraîneur de l’équipe nationale, ce sera moi; vous n’y pourrez rien, ce sera moi car je suis le meilleur; cessez de vous agiter pour rien: ce sera moi et nul autre! Et avec quel ton, quel culot !… Seul Nikita Kroutchev a dû faire mieux, à la tribune de l’ONU.

Bon, sa candidature ne sera pas retenue. Dans sa course au poste, Eyal Bercovitch a dérangé, blessé, froissé trop de monde, Le messie du football israélien sera français (il tient la corde) ou allemand. Mais quelle bouffée d’air frais Eyal a-t-il livrée, non seulement au monde du football, mais aussi à la société israélienne dont la tendance au ronronnement ne laisse pas d’étonner.—

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