EDITO: ISRAËL-PALESTINE : LE HAMAS VA-T-IL SE RADICALISER DAVANTAGE OU GLISSER VERS UN COMPROMIS ?
Par Mati Ben-Avraham
Publié le 12 janvier 2010
Les multiples échanges téléphoniques Gaza-Damas, entre les deux têtes du Hamas, traduisent un désarroi certain au sein de la branche palestinienne de l’intégrisme sunnite. Et il y a de quoi, en effet.
Primo, Israël a haussé le ton. D’une part, en ce qui concerne les tractations en vue de la libération du soldat franco-israélien Guilad Shalit, Binyamin Netanyahou a bloqué toute possibilité et de surenchère, et de dérobade. D’autre part, le déploiement du système de neutralisation en vol des roquettes Grad et autres Kassam, prévu pour mai, va rendre obsolète le formidable arsenal accumulé grâce à la générosité iranienne, depuis la fin de l’opération " Plomb durci ". De plus, la politique de retenue n’est plus de mise face à toute provocation. Ainsi, l’armée israélienne a-t-elle riposté immédiatement à tout tir de roquettes.
Secundo, l’Egypte a réagi face à la tentative de déstabilisation de son régime menée par l’Iran. Ce qui s’est traduit par le démantèlement d’un réseau mis en place par le Hezbollah d’un côté, et la construction d’un mur d’acier le long de la frontière Gaza-Egypte, de l’autre, qui vise aussi à l’assèchement de l’approvisionnement clandestin de la bande de Gaza, sous toutes ses formes : armes, explosifs, argent, drogue, électroménager, carburants…
Tertio, l’Autorité palestinienne, qui n’est pas loin de gagner son pari en termes d’infrastructures et de gestion en Cisjordanie face au Hamas, se sent en mesure de mener le jeu quant à une réconciliation intra-palestinienne. D’autant plus que Mahmoud Abbas bénéficie, dans sa démarche, de l’appui des principaux Etats arabo-musulmans de la région, en particulier l’Egypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie.
Quarto, son pouvoir absolu s’érode, à l’intérieur même de la bande de Gaza. Des groupuscules, parfois issus de ses propres rangs, n’en font plus qu’à leur tête. D’où les tirs de roquettes qui se sont multipliés ces temps derniers. Mais davantage : le Jihad islamique se comporte de plus en plus comme le garant de l’idéologie meurtrière de l’intégrisme religieux sunnite, encouragé, financé et armé pour cela par…l’Iran. Tout se passe comme si Téhéran humait un possible inversement de tendance au sein de la direction du Hamas, et mettait en place un contrepoids. C’est du moins l’analyse des services de renseignements israéliens et égyptiens.
Position inconfortable pour un mouvement qui, depuis 2006, se croyait seul maître du jeu. Ce qui peut le conduire à deux réactions : ou se radicaliser encore davantage et vogue la galère; ou glisser progressivement vers une réconciliation nationale palestinienne, en sauvant l’essentiel de ses meubles. Idéologiques, bien entendu.—






