EDITO: FRANCE-ISRAËL : LE MINISTRE CHRISTIAN ESTROSI TENTE DE BOOSTER LES RELATIONS BI-NATIONALES
Par Mati Ben-Avraham
Publié le 25 novembre 2009
Le ministre français de l’Industrie a passé 48 heures en Israël. Au pas de course, allant d’entretiens en entretiens. Sa visite coïncidait avec les Rencontres franco-israéliennes de l’Innovation qui, à l’initiative de la Mission économique près l’ambassade de France, a réuni du très beau monde autour des technologies de l’information et de la communication.
Le ministre français ayant également rencontré Shaï Agassi et Idan Offer, de Better Place, la voiture électrique a occupé le devant de la scène, lors du point de presse du ministre de l’Industrie, dans les salons de la Résidence de l’ambassadeur Christophe Bigot, à Jaffa.
Christian Estrosi : Vendre la batterie séparément du véhicule est une technique intéressante, développée par Better Place, au moment où en France, avec nos partenaires européens, notamment avec mon homologue allemand, nous réfléchissons au type de standard que nous allons mettre en place, à partir de 2011, pour répondre aux besoins du consommateur sur la recharge. Donc, cette rencontre avec Better Place avait pour moi l’intérêt de confirmer le partenariat Renault-Better Place et de voir avec eux comment nous pouvions, d’une part, nous mobiliser sur le marché israélien et palestinien sur la fabrication de batteries électriques – notamment à partir de la plate-forme industrielle que nous allons lancer à Bethlehem – et, d’autre part, comment utiliser leur technique, si c’est ce standard-là que nous décidons d’arrêter en France et, par voie de conséquence, avec nos partenaires européens. Encore une fois, ce qui m’a été proposé par Better Place est une voie intéressante, à laquelle nous entendons répondre rapidement.
Question : Ce projet semble vous impressionner, d’une certaine façon. En quoi?
Christian Estrosi : Je suis venu en Israël pour renforcer notre partenariat dans beaucoup de domaines, qui présentent des enjeux stratégiques pour la sortie de crise. Et c’est tout ce qui touche à l’innovation : santé, automobile du futur, fibres optiques, et j’en passe. Et de toute évidence, le véhicule électrique que propose Better Place est l’une des voies qui a toutes les chances de s’imposer. Je ne dis pas qu’elle s’imposera, je dis qu’elle a de grandes chances de s’imposer. Que nous ayons ce partenariat entre un pays comme Israël qui est à la pointe de l’innovation mondiale et les constructeurs automobiles français, qui sont eux aussi à la pointe quant à la production des véhicules du futur, est une voie qui me paraît prometteuse.
Question : A propos de partenariat, il semble que celui qui porte sur le tramway de Jérusalem ne va pas fort, pour des raisons d’ordre politique ?
Christian Estrosi : Il y a aujourd’hui un débat sur ce sujet, qui est loin d’être tranché. La France souhaite qu’Alsthom et Veolia occupent pleinement leur place en Israël et soient en mesure de répondre aussi à la demande d’autres marchés dans cette région.
Question : En dehors de la voiture électrique, quels ont été vos pôles d’intérêt au long de cette visite?
Christian Estrosi : J’ai signe un accord de coopération en matière de télécommunications avec mon homologue israélien, Moshé Kahlon. En même temps, nous avons échangé nos visions où nous avons, l’un et l’autre, deux grandes réformes en vue, au plan postal et au plan de la banque postale, en particulier en Israël. Je veux aussi que les industriels français soient plus présents en Israël qu’ils ne l’ont été ces dernières années. J’en ai beaucoup parlé avec le président Shimon Peres, qui m’a dit combien il soutenait notre projet d’aménager ce site industriel à Bethleem, parce qu’il mesure peut-être plus que d’autres que c’est aussi par notre accompagnement au développement économique que nous accompagnerons la construction d’une paix durable. Et ce sont aussi des orientations fortes que nous allons prendre sur tout ce qui touche à la politique du transport, la communication générale, la fibre optique et bien sûr l’industrie du médicament, dont nous avons beaucoup parlé avec les professeurs et les chercheurs de l’hôpital Hadassah et les professeurs français qui m’accompagnaient. Et il y a entre les grandes sociétés, Teva ici, Sanofi-Aventis en France, autour des biotechnologies des possibilités de partenariats à monter dans les prochains mois.
Question : Et qu’en est-il d’une coopération sur le plan de l’environnement, auquel le président Peres est très attaché?
Christian Estrosi : Le président Shimon Peres, tout comme le président Nicolas Sarkozy sont des visionnaires, en matière de défense de la planète. Le véhicule en est un exemple qui voit Israël mettre en place une taxation des véhicules les plus émetteurs de CO2, tout comme la France a mis en place la taxe carbone. Nous avons aussi beaucoup parlé de l’eau, qui est un grand sujet de préoccupation pour la Jordanie, les territoires palestiniens et Israël. Et également de ce grand projet que Mr Peres souhaite que la France puisse accompagner, à savoir le canal Mer rouge-Mer morte, et je lui ai confirmé que la France sera à ses côtés, car nous considérons que c’est là le grand projet du XXI° siècle, en termes d’aménagement du territoire, de la préservation de la biodiversité, et de garantie aux populations quant à l’alimentation en eau potable.
Question : L’inévitable question, monsieur le ministre : la France est globalement absente de l’économie israélienne. Qu’avez-vous envie de dire aux industriels de chez vous, à votre retour?
Christian Estrosi : D’abord, vous avez raison. La France n’a pas été particulièrement mobilisée, ces dernières années avec son industrie, aux côtés d’Israël. C’est bien pour cela que j’ai souhaité, à la demande du président Sarkozy, venir jeter les bases d’une coopération renforcée. Et mon emploi du temps, que vous avez pu voir, démontre la diversité des sujets abordés. En même temps, nous avons traversé cette période de crise, dont nous espérons sortir progressivement en 2010. C’est une période où nous avons beaucoup accompagné nos industriels, pour traverser cette crise, mais surtout pour leur permettre d’investir dans l’innovation qui sera la garantie d’être des leaders ou de rester des leaders à la sortie de crise. Seuls ceux qui seront à la pointe de l’innovation dans les fibres optiques, dans les transports, dans les biotechnologies, les nanotechnologies, dans la microélectronique, seront ceux qui résisteront; les autres seront, ou très affaiblis, ou disparaîtront. Et donc, parce que la France a beaucoup aidé ses industriels, nous sommes aussi en droit de leur demander de se positionner sur un certain nombre de marchés. Nous allons donc inciter les industries et PME françaises à être plus présentes en Israël et prendre une part plus significative sur ses marchés.
Question : Quels sont les blocages, selon vous?
Christian Estrosi : Ecoutez, moi, je ne crois pas à la libre concurrence sauvage. Je ne crois pas qu’une économie qui ne soit pas tant soit peu administrée, puisse jouer pleinement son rôle. La France est ce pays où règne l’équilibre entre la liberté d’entreprendre et la place que le volontarisme politique doit occuper. Et bien, permettez-moi de vous dire que, même si certains industriels français ont leur part de responsabilités, le volontarisme politique n’a pas toujours été au rendez-vous. Et aujourd’hui, sous l’impulsion du président Sarkozy – c’est une exigence – je veux dire très clairement que nous allons témoigner de plus de volontarisme politique pour pousser nos industriels, nos PME à être plus présents en Israël. —







