EDITO: PROCHE-ORIENT : " LA PAIX REGIONALE EST L'AMORCE D'UNE SOLUTION, MAIS NON LA SOLUTION" , SELON ELI AVIDAR.

Oct 200930

Par Mati Ben-Avraham
Publié le 30 octobre 2009

Eli Avidar est, depuis le 1er janvier 2007, le directeur-général de l’Institut israélien du diamant, en provenance du ministère des Affaires étrangères. Consul à Hong-Kong, à Philadelphie, et à Doha, il a été également conseiller politique d’Ariel Sharon, alors chef de la diplomatie israélienne, président de la commission chargé de la 3ème phase de retrait israélien dans le cadre des accords d’Oslo, il a aussi assumé le développement des relations avec des dirigeant de pays islamiques dans le monde. L’interlocuteur tout indiqué pour un tour d’horizon régional.

Mati Ben-Avraham : Qu’arrive-t-il à Mahmoud Abbas ? Il annonce la tenue prochaine d’élections générales. Le lendemain, il menace de tout lâcher. Et le voici qui s’envole pour le Maroc, comme si de rien n’était…

Eli Avidar : C’est un jeu. Mahmoud Abbas est intéressé à ce que les Américains fassent pression sur Binyamin Netanyahou pour l’amener à des concessions sur les différents points en litige. Et quand il constate que l’administration américaine a levé le pied, il brandit la menace de tout laisser en plan. L’annonce d’élections générales, fin janvier, relève, elle, de la tactique politique. Depuis la tenue de la convention du Fatah, voici quelques mois à Bethleem, ce courant a le vent en poupe en Cisjordanie. Mahmoud Abbas entend en tirer profiter. Le Hamas l’a fort bien compris, qui craint d’être le principal perdant de ces élections. D’où son refus immédiat d’y prendre part. Mais si le président de l’Autorité palestinienne persiste dans son intention, il prend le risque de figer la situation sur le terrain, à savoir deux entités politiques palestiniennes séparées, l’une dans la bande de Gaza, l’autre en Judée-Samarie. Ce qui marquerait la fin du rêve d’un Etat palestinien.

MBA : Passons aux relations israélo-turques. Rien ne va plus?

Eli Avidar : Ecoutez, la scène politique turque est dominée, depuis plusieurs années, par des partis islamiques qui estiment qu’il n’est nul besoin d’encourager des relations bilatérales avec Israël. Dans le même temps, l’armée turque a perdu de sa prépondérance dans le jeu politique turc. Or, c’était l’armée qui était favorable à des relations étroites avec nous. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la Turquie a sensiblement amélioré ses performances au plan économique, ce qui lui confère une plus grande liberté de manœuvre politique. Du point de vue d’Ankara, cette avancée ne doit rien à ses relations privilégiées avec Israël et, partant, la Turquie estime avoir davantage à gagner en resserrant ses liens avec les pays arabes et musulmans. Par ailleurs, le régime turc se juge un pion suffisamment important dans la stratégie américaine dans la région pour n’avoir pas à craindre un retour de manivelle venant de Washington, même dans le cas du réchauffement de relations renforcées avec la Syrie et l’Iran.

MBA : L’Iran refuse d’infléchir sa position quant à l’enrichissement de l’Uranium, prenant le risque d’aggraver les sanctions à son encontre. En fait, la question est de savoir si l’Iran peut renoncer à l’arme nucléaire sans porter atteinte à son ambition d’être une puissance régionale incontournable?

Eli Avidar : C’est plus prosaïque que ça. Le régime iranien ne peut renoncer à l’arme nucléaire en ce que celle-ci représente pour lui une traite sur l’avenir. Nul ne prendra le risque de tenter de le renverser. Et, par ricochet, la possession d’une arme de destruction massive fera de lui un acteur majeur de la scène politique au Proche et Moyen-Orient.

MBA : Le président Obama s’oriente vers une paix régionale pour dépasser les divergences entre Israéliens et Palestiniens, entre Syriens et Israéliens. Réalisable, selon vous?

Eli Avidar : Il s’agit là d’une amorce de solution, mais pas de la solution. La paix, si des accords se concluent, ne résoudra qu’une partie du problème. Il faut être conscient que le cœur du problème est l’acceptation d’Israël en tant qu’Etat démocratique légitime dans la région. Ce n’est pas un simple traité qui solutionne un tel problème. En témoignent les traités de paix conclus avec l’Egypte et la Jordanie. Seule une démarche commune en vue d’un Proche-Orient plus réfléchi pourra y parvenir. C’est d’ailleurs l’action que je mène avec mon association.

MBA : Vous êtes devenu la coqueluche des médias arabes ou des télévisions occidentales, telle “24h.” qui diffuse également en langue arabe. Quelles leçons dégagez-vous de ces confrontations avec vos interlocuteurs arabes?

Eli Avidar : Ces confrontations énervent beaucoup mes interlocuteurs, dans la mesure où ils ont été habitués à des face-à-face avec des Israéliens, disons complaisants. Je suis persuadé que ces débats sont à porter au crédit de ces chaînes de télévision qui permettent ainsi aux téléspectateurs dans le monde arabe d’entendre un autre son de cloche, une image nouvelle quant à Israël. Par exemple, ils se rendent compte soudain qu’il y a en Israël des personnes qui pratiquent la langue arabe, qui respectent la culture arabe, qui n’acceptent pas que les arabes soient humiliés, dont l’ambition est de vivre en paix avec eux, dans un respect mutuel. C’est important. Très important. En ce qui concerne mon site, il connaît une progression remarquable, mais n’existe pas en français. Malheureusement. Le mouvement " Pour un Proche-Orient plus réfléchi" compte 10000 membres. Là aussi, sa progression continue témoigne de l’intérêt que suscite la réflexion que nous menons.—

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