EDITO: IRAN-OCCIDENT-ISRAËL : LA REPRESSION EST EN GENERAL LE DERNIER RECOURS DE L'ABSOLUTISME AUX ABOIS.

Ce qui se joue en Iran, en dernière analyse, c’est le visage de l’Islam, le futur de tous ceux qui ont expulsé la raison de leur univers.

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Par Mati Ben-Avraham
Publié le 21 juin 2009

IRAN-OCCIDENT-ISRAËL : LA REPRESSION EST EN GENERAL LE DERNIER RECOURS DE L’ABSOLUTISME AUX ABOIS.
Par Mati Ben-Avraham

Les manifestations qui secouent l’Iran sont-elles porteuses d’une révolution? Rien de moins sûr, si l’on reste dans l’acception occidentale du mot. Non pas parce que le Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, s’est raidi. Qu’il entend maintenir l’Iran sous cloche. Et laisser au religieux une mainmise totale sur le quotidien. Mais parce que les réformateurs, menés par le candidat malheureux à la présidentielle, agissent dans le cadre religieux shiite. A bien y regarder, c’est un retour au shiisme traditionnel qu’il réclame.

L’Ayatollah Khomeiny, on le sait, a été porté au pouvoir en raison d’une conjonction politique exceptionnelle. Il s’est imposé, ensuite, à la manière d’un Pol-Pot, l’esprit génocidaire en moins. Son successeur, Khamenei a accentué encore l’emprise du religieux. S’agit-il encore de shiisme? L’épisode de l’ayatollah Chariat Madari est, en ce sens, exemplaire. Considéré comme le premier d’entre ses pairs, Chariat Madari était l’héritier de deux grandes figures du shiisme mondial : les ayatollahs Bouroudjerdy de Qom et Hakim de Nadjaf. Il prônait la séparation des mosquées et de l’Etat. Les questions d’ordre économique et social retenaient toute son attention. Son enseignement, à Qom, attirait des milliers d’étudiants. Insupportable pour le fondateur de la République islamique qui le neutralisera, en l’assignant à domicile avec interdiction d’enseigner. Mais le courant représenté par Chariat Madari demeure vivace. Sa figure de proue, aujourd’hui, est l’ayatollah iranien Ali Sistani.

En ce sens aussi, on peut se demander si l’école Khomeiny n’est pas une déviance du shiisme. Si le Guide suprême n’était pas influencé par le sunnite égyptien Qotb Sayyid, dont la thèse principale consistait à dire que tout pouvoir non fondé sur les règles islamiques est non-conforme à la volonté divine et doit être combattu au même titre que les idées importées d’Occident qui sapent l’intégrité de l’Islam. Cette école-là se situe dans le droit fil de ces religieux qui ont lapidé Averroès, un vendredi, lorsqu’il se dirigeait vers la mosquée. Et non pas des mutazilites, ce mouvement philosophique des débuts de l’Islam qui secoua l’édifice normatif, lequel visait à tout codifier.

Ce qui se joue en Iran, en dernière analyse, c’est le visage de l’Islam, le futur de tous ceux qui ont expulsé la raison de leur univers, qui ont cadenassé l’Islam, qui ont cassé l’esprit de Cordoue, dont les travaux ne portent plus que sur “…la longueur, la largeur et la couleur du voile de la musulmane. Il y a dix siècles, Dieu présidait aux grands débats philosophiques entre musulmans, aujourd’hui beaucoup d’ignorants en ont fait un simple tailleur”, selon le mot de Malek Chebel (“L’Islam et la raison, le combat des idées” aux Editions Perrin.)

Mais que l’on ne se leurre pas : si le chiisme iranien revient à ses fondamentaux, la question du nucléaire n’en sera pas évacuée pour autant. Sur ce point, les Iraniens se retrouvent unis. Le nucléaire est l’une des clés du retour de l’Iran en tant que puissance régionale sur la scène du Proche et Moyen-orient. La différence, par rapport à l’actuel pouvoir, portera sur la volonté de se doter de l’arme nucléaire ou de se satisfaire de la maîtrise du savoir-faire nucléaire. Il n’empêche : la chute de l’actuel pouvoir à Téhéran modifiera du tout au tout la donne régionale. En particulier, les approches syrienne, libanaise, israélienne et palestinienne en seront affectées. De beaux jours en perspective. Si ce n’est demain, ce sera pour après-demain. La répression est le dernier recours d’un absolutisme aux abois. Et la mort en direct de cette jeune femme, abattue en pleine rue par l’un de ces chiens de garde du régime, est davantage qu’un crime : une faute comme l’expliquait, en son temps, Talleyrand à Napoléon.—

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