Sarah Tours

EDITO: ISRAËL EUROPE EXCLUSIF - Marcel Shaton est le General Manager de l'ISERD, soit la " Israël-Europe R&D Directorate for the EU Framework Program".

Permalink Consulter les précédents éditos

Marcel Shaton : ” Signe de notre réussite, la première réunion du programme-cadre européen de R&D se tiendra en Israël, début décembre.”

nov19

Par Mati Ben-Avraham

Marcel Shaton est le General Manager de l’ISERD, soit la ” Israël-Europe R&D Directorate for the EU Framework Program”. A ce titre, il est certainement l’Israélien le mieux informé de l’état des relations entre l’Union européenne et Israël au double plan de l’implication de la recherche israélienne dans les programmes européens d’une part et, d’autre part, de la qualité des relations humaines qui se forgent entre chercheurs israéliens et chercheurs des autres pays.

Mati Ben-Avraham : Commençons par une présentation de l’organisme dont vous avez la charge depuis de nombreuses années.

Marcel Shaton : L’ISERD a été mis en place au moment où Israël a conclu un accord de participation des entités de recherches du pays, universitaires et industriels, dans le cadre du programme de R&D européen. Cet organisme résulte d’une initiative commune des Ministères de l’Industrie du Commerce et de l’Emploi, de la Recherche scientifique et du Conseil de l’enseignement supérieur. Il est en charge de la collecte et de la diffusion des informations qui permettent aux chercheurs de préparer des projets de recherche, à même de répondre aux divers appels d’offres que la Commission européenne lance en Israël.

MBA : Israël est-il le seul pays, hors la communauté européenne à être associé à ce programme?

Marcel Shaton : Non. Pour être plus précis, nous sommes le seul pays hors de la définition commune de l’Europe, à être associé à ce programme. Les 27 membres de l’Union européenne sont membres de droit, et il y a encore 11 pays qui sont associés au même titre qu’Israël, quoique lorsque nous nous sommes associés, en 1993, nous n’étions que quatre pays associés et 15 pays membres. Donc, nous n’avons pas le monopole de l’association. Nous sommes, en fait, le seul pays hors Europe à être rattaché au programme, qui compte aujourd’hui 38 pays.

MBA : Est-il des créneaux de recherche qui inspirent davantage les chercheurs israéliens ou ça participe tous azimuts?

Marcel Shaton : Il est difficile de répondre à cette question. L’actuel programme s’échelonne sur 7 ans. Il mettra à la disposition de la recherche un montant de 50 milliards d’euros. Il s’agit donc d’un programme aux possibilités infinies. C’est vrai, cependant, qu’Israël se positionne plus volontiers, en particulier au plan industriel, dans les projets concernant les technologies de l’information et de l’éducation. Les universités se distinguent particulièrement dans tout ce qui touche aux sciences du vivant. Dans le secteur du programme-cadre, pour la première fois, il est possible de participer à des projets, seul. Le Conseil de la recherche européenne prévoit d’allouer sept milliards d’euros, sur sept ans, à cet effet. Ce qui permettra à des chercheurs en recherche fondamentale, mais très poussée, à la limite, de présenter des projets et d’être financés seuls. Là, Israël est certainement, par tête d’habitant, le pays qui a le plus de succès. Sur les deux premiers appels d’offre, nous avons 37 lauréats, dont 24 jeunes chercheurs, c’est-à-dire qui comptent moins de 10 ans après leur doctorat, ce qui nous hisse à la 4ème place en valeur absolue. Nous sommes donc bien pointus dans ce domaine, où le retour touche les 45 millions d’euros. Et à nouveau, dans les technologies de l’information, des sciences du vivant et les sciences humaines. Nous avons enregistré une très grosse réussite avec un archéologue de l’Université de Tel-Aviv, le Dr Israël Finkelstein qui, dans le cadre du Conseil européen de la recherche, s’est vu attribuer 3 millions d’euros, au titre d’un projet interdisciplinaire avec l’Institut Weizman, qui verra l’utilisation de procédés technologiques avancés pour affiner la recherche.

MBA : Et au niveau des entreprises ?

Marcel Shaton : Là, nous avons une réputation en Europe. Pour le 6ème programme-cadre, les chiffres montrent que pour le secteur industriel, la part d’Israël dans les subsides accordés est la plus importante. Il faut savoir que le programme-cadre européen se veut contribuer à la compétitivité industrielle et économique européenne, vis-à-vis des Etats-Unis, ou encore vis-à-vis du Japon à une certaine période, aujourd’hui vis-à-vis de la Chine. On pourrait donc s’attendre à ce que le gros des fonds libérés aille aux industries. En fait, par le biais du consortia, les entreprises bénéficient du travail effectué dans les universités pour eux. C’est là qu’Israël se distingue. Aussi, pour le 7ème programme-cadre, en raison de notre réussite impressionnante – 45 millions d’euros, qui est anormale par rapport aux statistiques européennes – la recherche universitaire bénéficie de 65% des fonds requis. Cela dit, la concurrence européenne est très dure. Souvent des consortiums se forment et quand les grandes entreprises européennes se regroupent, il n’est pas facile pour des industries israéliennes d’obtenir un ticket d’entrée.

MBA : La quote-part d’Israël?

Marcel Shaton : Notre contribution pour participer à ce programme était de 45 millions d’euros pour 2007. Elle est de 48 millions d’euros pour 2008. 93 millions donc sur les deux années, mais en termes de retour, nous avons atteint 130 millions d’euros. C’est la première fois, d’ailleurs, que nous bénéficions d’un excédent aussi important. Ce qui témoigne de notre réussite sans précédent dans le programme de recherche fondamentale européen. Il y a un autre aspect positif, à savoir que les bourses de recherche allouées aux universités permettent le retour de chercheurs israéliens qui s’étaient exilés, notamment aux Etats-Unis. Ce qui peut sembler drôle, mais c’est comme ça. Sans oublier que notre participation permet également sinon d’éviter totalement, du moins de réduite la fuite des cerveaux.

MBA : Et pour terminer : cette réussite se mesure-t-elle en termes d’emplois?

Marcel Shaton : Il est difficile, dans le domaine de la R&D, d’en mesurer les effets à court terme. Ils ne seront perceptibles qu’à long terme. Mais, ce qui est important pour nous, ici, c’est que cette participation génère des résultats, qui ensuite génèrent des technologies, qui ensuite génèrent des marchés et enfin des emplois. Dans l’immédiat, et c’est plus important en Israël que dans certains pays européens, c’est qu’il s’agit bien de Recherche, qui génère des emplois dans les universités, dans les centres de développement des entreprises. Et sans employer de grands mots, fixer des jeunes, l’élite intellectuelle en Israël, et dans la R&D, est un plus inestimable, qui permet d’entretenir la principale de nos ressources, la matière grise. Dans ce sens, le programme-cadre européen, en termes de ressources financières des universités, occupe la 2ème place, derrière la Fondation Israélienne pour la Science. Ce n’est pas rien.

MBA : …et pour les industries?

Marcel Shaton : L’emploi bien sûr, mais c’est aussi le fait de travailler avec des entreprises européennes, dans une intimité importante, de travailler avec les clients, avec les fournisseurs et établir une certaine réputation au niveau européen. Donc, ce projet, dans une certaine mesure, est dans le tous azimuts évoqué tout à l’heure, mais un tous azimuts économique, et même social. Quand des ingénieurs allemands rencontrent des ingénieurs israéliens lors d’une session du consortium en Grèce, les barrières s’estompent rapidement, barrières qui souvent relèvent de cette mauvaise presse qui est faite à Israël. A tel point que la première réunion officielle du programme-cadre de la commission européenne se tiendra en Israël, début décembre. 400 personnes sont attendues. D’autre part, le programme-cadre permet à Israël d’apprendre à être européen. De part notre association pleine au programme, nous participons à toutes les réunions et en particulier à celles traitant de la gestion du programme. Il s’agit d’une trentaine de comités, où nous sommes présents. Sans oublier les commissions diverses. Il ne s’agit plus de réunions avec le représentant de l’Union européenne à Tel-Aviv, mais à Bruxelles ! Moi-même me rends trois fois par mois dans la capitale belge pour participer aux débats, aux échanges de vues. En quelque sorte, dans la foulée de ce programme, nous devenons les fers de lance d’une intégration plus étroite avec l’Europe. La R&D israélienne fait partie de l’Europe, au même titre que la française, l’allemande ou encore l’italienne.—

Permalink Consulter les précédents éditos

Imprimer cette page - Retour en haut de la page