EDITO: Israël-Palestine : La libération de 429 détenus palestiniens est-elle pertinente dans le contexte actuel ?
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Pourquoi 429, et non pas 1000?
Par Mati Ben-Avraham
La question s’impose. Ce n’est pas la libération de ces prisonniers qui fait problème, mais l’efficacité d’une telle mesure dans le contexte actuel. Il a été dit, répété que cette libération visait à renforcer l’aile dirigeante palestinienne modérée, auprès d’une opinion publique travaillée au corps par les extrémistes religieux.
En tel cas d’ailleurs, pourquoi 429, et non pas 1000? Et pourquoi pas Bargouti? Dont l’élargissement, on le sait, provoquerait une redistribution des cartes, surtout dans la perspective de l’élection présidentielle de janvier prochain ?
En arrivant, hier lundi, pour la énième fois à Jérusalem, Mme Rice a mis le doigt sur un des points les plus sensibles de la négociation israélo-palestinienne. ” Je ne pense pas, a-t-elle lancé à ses interlocuteurs israéliens, que les activités de colonisation aident en quoi que ce soit le processus de paix.” Et d’insister : ” Une confiance mutuelle ne se bâtit pas à l’aide d’expédients.”
La secrétaire d’Etat des Etats-Unis visait non pas tant l’extension des localités – cela viendra, qui que soit le prochain locataire de la Maison blanche – mais le démantèlement des points d’appui “sauvages”, plus d’une centaine, selon le rapport de l’avocate Sasson, rapport commandité par Ariel Sharon en 2003. Celui-ci s’était alors engagé vis-à-vis du président Bush à mettre fin à ces “illégalités”. Engagement réitéré par Ehoud Olmert. Mais jamais tenu! Or, qui dit points d’appui dit barrages militaires supplémentaires, dit nouveaux fractionnements du territoire palestinien, dit multiplication des entraves à la libre circulation. C’est à cette aune-là que la rue palestinienne mesure l’avancée positive ou non des négociations. La libération de détenus, c’est bien. Mais les youyous, les embrassades ont une vie très courte.
Mais, Condoleezza Rice a parlé de confiance mutuelle à bâtir. Or, force est de constater que la partie palestinienne ne remplit pas sa part de contrat, même si des progrès ont été notés. L’absence d’attentat, en effet, ne signifie pas l’absence de tentatives d’attentat. Dans les bons jours, ces tentatives sont de l’ordre de 10 à 15. Pour passer à 40-50 en période de tensions. Elles sont étouffées dans l’œuf grâce à un réseau de renseignements de proximité d’une rare efficacité développé par le Shabbak mais qui, par ailleurs, se complète par un étau mis en place par l’armée autour des agglomérations et villages palestiniens. Dans ce dispositif, les barrages remplissent le rôle de filtres supplémentaires.
En occident, ce souci israélien de se prémunir de toute violence terroriste est généralement admis. La réticence porte sur l’utilité de certains points de contrôle mis en place. De plus, aussi bien à Washington qu’à Paris, à Londres qu’à Berlin ou à Madrid, il est estimé que ce dispositif n’a rien à voir avec le démantèlement des points d’appui, dont l’exécution permettrait un renversement d’opinion. Et partant, un renforcement réel de l’image de marque de l’Autorité palestinienne.
Il y a du vrai dans cet argument. Mais, ce que l’on voit ailleurs n’est pas forcément ce que l’on voit d’ici. En fait, ce qui filtre des négociations menées par Tzipi Livni et Abû Alla, indique que les deux parties s’acheminent vers la conclusion d’un accord global, applicable par étapes. Partant, du point de vue israélien, pourquoi modifier aujourd’hui une donne qui, sur le terrain donne satisfaction sur le plan sécuritaire, alors qu’elle sera de toute manière modifiée à la fin du processus ? Un point de vue qui se défend, mais dont la logique est contestée. Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, dans la mesure où le sur place ne peut que profiter aux extrémistes.—


