EDITO: ISRAEL MEDITERRANEE : OVADIA SOFER : "Israël siégeant avec tous les pays de la Méditerranée, y compris des pays arabes hostiles, est une image forte".

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Ovadia Sofer, ancien Ambassadeur : ” L’Union Pour la Méditerranée peut être un formidable outil pour l’intégration d’Israël dans la région.”

jul15

Par Mati Ben-Avraham

Ovadia Sofer a été, de longues années, membre permanent de la délégation israélienne à l’ONU, puis ambassadeur plénipotentiaire, chargé des affaires des Nations Unies à Genève. Il a été nommé ambassadeur en France en octobre 1983. Sa connaissance des arcanes onusiens s’est exprimée dans un ouvrage ” Les Nations Unies au Moyen-Orient”, publié au PUF.

Mati Ben-Avraham : Finalement, le grand titre de cette messe internationale à Paris est : Bechar el Assad superstar, Ehoud Olmert ostracisé!

Ovadia Sofer : C’est une évidence que le président syrien, Bechar el Assad, a été la vedette de cette Conférence de Paris. Il est sorti de son isolement politique, sans rien céder pour autant, ni à Israël, ni à quiconque. Il a campé sur ses positions, vis-à-vis de l’Iran, du Hezbollah, des organisations terroristes basées à Damas. Il faut cependant relever qu’il a eu l’habilité d’aller dans le sens désiré par le président français, Nicolas Sarkozy, en ce qui concerne l’établissement de relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban. C’est là, incontestablement, une avancée majeure. A condition d’être appliquée sans faux-fuyants. Autre nouveauté : l’invitation lancée au président français d’être plus présent dans le processus de paix au Proche-Orient. C’était la une visée française qui a toujours eu du mal à se concrétiser, et voici que le président syrien ouvre la porte, conviant même Nicolas Sarkozy à Damas pour la mi-septembre. Un bel acquis pour la diplomatie française.

MBA : Avec une réserve, quand même. Bechar el Assad n’a jamais caché que rien ne pouvait se faire sans une implication américaine. Il a également précisé que les actuels échanges de vues, entre la Syrie et Israël par Turquie interposée, ne dépasseront pas ce stade tant qu’un nouveau président ne sera installé à la Maison blanche…

Ovadia Sofer : Vous avez raison. Il s’agit là d’une manœuvre diplomatique habile de la part du président syrien. Dire attendre le prochain président lui permet de gagner du temps. La porte est ouverte, mais son attentisme est lié à la situation politique aux Etats-Unis… Il peut donc afficher sa volonté de paix, tout en refusant tout geste en direction d’Israël. Davantage : lui-même et son ministre des Affaires Etrangères ont quitté la salle lors des discours d’Ehud Olmert et de Tzipi Livni.

MBA : Hosni Moubarak, dans son discours, a relevé que jusqu’à présent, tout projet de cet ordre avait connu de grandes difficultés d’application en raison de la persistance du conflit israélo-palestinien. Mais pas un mot sur la menace concrète que fait peser l’islamisme sur tout arrangement.

Ovadia Sofer : Ce n’était pas l’un des objectifs de cette conférence. Nicolas Sarkozy a obtenu un succès immense, en surmontant l’opposition de certains chefs d’état, européens, qui ne voyaient aucune utilité à accorder à la France une prépondérance quelconque au Proche-Orient. Des obstacles sérieux, dressés par l’Espagne, ou encore l’Allemagne. Il y a eu des marchandages. Des trocs. Notamment en ce qui concerne la future union des pays nordiques. Je dois dire que la France est en passe de devenir une pièce maîtresse, tant au sein de l’Europe qu’au Proche-Orient.

MBA : Venons-en à cette mise sur pied de cette ” Union Pour la Méditerranée”. Vous la jugez essentielle, cette union?

Ovadia Sofer : Oui. C’est une évolution positive. Même si Bechar el Assad a eu le comportement que l’on sait, que d’autres dirigeants arabes présents ont boudé les représentants israéliens, il n’empêche que le président Sarkozy a tenu la gageure de réaliser une union où Israël est présent, au même titre que les pays arabes du pourtour de la Méditerranée. Pour Israël, c’est une chance de pouvoir s’associer à des grands projets communs de recherche et développement, dans des domaines variés. Ce ne peut que lui être profitable. Et puis, ne boudons pas les menus plaisirs : Israël siégeant avec tous les pays de la Méditerranée, y compris des pays arabes hostiles, est une image forte. Cela dit, si Bechar el Assad a été la superstar de ce sommet, la France reste la grande gagnante. En tant que moteur de la construction politique de cet espace méditerranéen, mais aussi en tant que bénéficiaire des retombées économiques liées à l’élaboration et à l’exécution des projets énumérés au cours de la Conférence.

MBA : L’occasion faisant le larron, je vais mettre à profit votre connaissances des rouages de l’ONU. L’ancien ministre canadien de la Justice mène une action, à laquelle va s’associer l’Australie dit-on, pour amener le Secrétaire général de l’Onu, à utiliser tout l’arsenal juridique dont il dispose, pour contrer les passions destructives du président iranien, sans attendre l’initiative de pays membres. Réaliste à votre avis?

Ovadia Sofer : Pour, comme vous le dites, avoir arpenté de longues années les couloirs de cette institution, je pense que le Secrétaire général de l’ONU, même s’il avait l’intention d’utiliser cet arsenal juridique, ne peut pas ne pas tenir compte des rapports de forces en présence. L’historique montre que tous les Secrétaires généraux ont toujours été d’une grande prudence, afin de ne pas irriter les Etats arabes et musulmans, à même de mobiliser rapidement une majorité hostile. Aussi, je vois mal un Secrétaire général prendre sur lui une action anti-iranienne, même si la Charte le lui permet.

MBA : Dernière question. Vous faites partie de ceux qui n’ont pas été surpris par l’annonce de la mort du pilote navigateur israélien, Ron Arad, assassiné en 1988 par ses geôliers au Liban. Je me souviens qu’il y a quelques années, vous m’aviez confié, off the record, que Ron Arad n’était plus de ce monde.

Ovadia Sofer : Non, ce n’est pas une surprise pour moi. Dans les années 80, j’étais alors ambassadeur à Paris, à un moment où la France était fortement impliquée au Proche-Orient, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec des personnes touchant de près à l’affaire Ron Arad. J’en ai retiré la conviction que Ron Arad avait été exécuté par ceux qui l’avaient capturé. Mais sans disposer de preuves. C’est pour cette raison que je n’ai jamais fait état des informations que j’avais recueillies.—

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