EDITO: ISRAEL EXCLUSIF - MON REGARD SUR JERUSALEM - La question de Jérusalem est un formidable défi à l'imagination, à l'audace.
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Israël – Jérusalem : le vice-premier ministre Haïm Ramon met les pieds dans le plat…
Par Mati Ben-Avraham
Suite à l’attentat de mercredi dernier, rue Yafo, Haïm Ramon est monté au créneau. Le vice-ministre, une fois de plus, a évité toute précaution de langage. Il a clamé haut et fort qu’il est grand temps que les villages arabes, devenus quartiers de Jérusalem lors de l’extension du périmètre municipal par Teddy Kollek, soient rendus à leur statu quo ante.
Depuis, un vif débat s’est engagé, israélo-isralien bien entendu, qui et c’est intéressant traverse les différents courants politiques. La rue, pour l’instant, se comporte comme un spectateur au tournoi de Wimbledon : sa tête vire et revire. Elle penchera définitivement pour celui qui lui présentera l’argument le plus logique au double plan politique et sécuritaire.
La question de Jérusalem, il faut s’en convaincre, est un formidable défi à l’imagination, à l’audace. Question compliquée certes, mais non insoluble. A condition de témoigner de pragmatisme. Il y a quelques années, une commission israélienne interdisciplinaire, présidée par Ruth Lapidot, professeur de droit international à l’université hébraïque, aux compétences mondialement reconnues, avait dégagé 50 solutions pour Jérusalem. 50!
Cependant, ce qui entrave toute avancée, c’est le poids de l’idéologie conjuguée avec des raccourcis historiques hasardeux. D’où ces revendications sur à qui revient la souveraineté sur la ville sainte. En laissant les contours de celle-ci dans le flou. Partant, il est urgent de définir de quoi on parle. C’est ce point que vient de soulever le ministre Haïm Ramon, pour le versant israélien.
Que Jérusalem fut la capitale des royaumes d’Israël, puis de Judée, détruite à deux reprises est un fait incontestable, contesté par le seul Yasser Arafat et les siens. Que la vie et la mort de Jésus l’aient rendue sainte pour tout chrétien ne peut se discuter. Que le récit de la translation de Mahomet et son ascension au ciel pour y recevoir le Coran soit vérité pour tout musulman, c’est indéniable. C’est une donnée connue en histoire des religions : quant un fait religieux est admis par des millions d’individus, il devient imperméable à toute argumentation rationnelle.
Concernant Jérusalem, celle-ci ne peut porter que sur partie politique de la question. La, l’Histoire, et non l’ancrage religieux, est essentielle. Il faut revenir au début du 19ème siècle, quand Jérusalem était un misérable bourg de montagne, comptant entre 8000 et 10000 habitants. Il faut relire Chateaubriand, Lamartine et surtout Flaubert, aller voir la maquette effectuée en 1860 par un géographe hongrois, exposée au musée de la Citadelle, pour se convaincre que la ville sainte des trois religions monothéistes était aussi la ville délaissée, la ville des confins du monde habité pour les uns et les autres. Vécue en prières.
Puis vint un début de marée impulsé par les juifs religieux de l’Europe de l’est. Qui, à partir de 1840, allait asseoir une majorité juive dans la ville. Puis vint le tour des congrégations religieuses chrétiennes. En enfin, en raison de l’insalubrité croissante, la sortie hors des murailles impulsée par Sir Montéfiori et adoptée par tous : juifs, chrétiens, arabes, britanniques ont participé au développement de la Jérusalem moderne. Qui n’a jamais été, qui ne peut être que l’appendice social et politique du périmètre sacré, la vieille ville enserrée dans ses murailles.
Coupée en deux parties, occidentale et orientale suite à la guette imposée par les Etats Arabes de la région en 1948, réunifiée dans la foulée de la victoire israélienne lors de la guerre des six jours en 1967, Jérusalem a vu son caractère évolué peu à peu, au fur et à mesure de l’extension de son périmètre municipale, impulsée par Teddy Kollek et poursuivi par Ehoud Olmert. De nouveaux quartiers juifs israéliens ont surgi de terre, à l’est, au nord, au sud. Des villages palestiniens sont devenus des quartiers de la ville.
Il faut aujourd’hui, sinon trancher, du moins débattre de cette situation. Côté palestinien, Yasser Arafat avait toujours entretenu une ambiguïté quant à ses revendications sur Jérusalem. Jérusalem, bien sûr tout Jérusalem, avait-il répondu un jour à une question portant sur une souveraineté palestinienne sur l’ensemble de Jérusalem-est. Côté israélien, la notion de sainteté a suivi l’évolution des frontières municipales. Et voilà Shouafat, Djebel Moukaber, Sour Baher inclus dans l’économie religieuse juive de la rédemption…
Haïm Ramon a donc mis les pieds dans le plat. A fait un accroc dans l’imaginaire juif d’aujourd’hui. Réclamé un retour au bon sens, pour donner une chance supplémentaire au processus de paix. Celle du pragmatisme laïc. Qui pourra, peut être, ouvrir la voie au compromis religieux. Ou, si l’on veut, donner aux religieux juifs, chrétiens et musulmans l’occasion de prouver que leur monothéisme n’est pas que de pacotille.


