EDITO: ISRAEL SYRIE - EXCLUSIF - "Si la Syrie choisissait une logique de paix, alors le plateau du Golan perdait son importance stratégique…"

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Depuis lundi, les envoyés spéciaux d’Ehoud Olmert, Yoram Turbowics et Shalom Turjman ont pris leurs aises dans l’un des meilleurs hôtels d’Ankara. Dans un autre étage de ce même hôtel logent depuis le même jour Riad Daoudi et Samir A-Taki, deux proches du président syrien, Bechar El Assad.

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Par Mati Ben Avraham à Jérusalem

Les quatre hommes discutent, mais ne se causent pas. C’est-à-dire qu’ils ne se voient pas! La parole circule par le biais d’une tierce personne, en l’occurrence un représentant officieux du Premier Ministre turc, le professeur Ahmet Davutoglu, un imminent spécialiste de sciences politiques, un homme d’influence dit-on.

Une situation qui rappelle cette fameuse conférence de la paix judéo-arabe, tenue dans la banlieue londonienne, du 8 février au 7 mars 1939. Une aberration politique, née à la suite des violences déclenchées par Haj Amin El Husseini, le mufti de Jérusalem, contre les Britanniques, les Juifs et les Palestiniens modérés.

Les délégués des Etats arabes existants alors furent logés dans une aile de la bâtisse, ceux de l’Agence juive à l’opposé. Aucun contact direct. Aucun échange de vive voix. Les Britanniques faisaient le va-et-vient. A l’arrivée des courses : échec complet.

Si l’on en croit le Premier Ministre israélien, ce petit jeu a commencé voici un an. Il s’est poursuivi, nonobstant la destruction du site nucléaire syrien par, selon des sources étrangères, l’armée de l’air israélienne. En dépit aussi de ce que Damas continue à soutenir le terrorisme anti-israélien et antioccidental…Mais il vrai que l’on ne fait la paix qu’avec ses ennemis.

Là aussi, cependant, rien de bien nouveau. Suite à des tractations discrètes, un différend portant sur 15 km carrés a empêché un accord entre Ytzhak Rabin et Hafez El Assad. L’histoire s’est répétée, avec des bémols différents, au temps de Binyamin Netanyahou et Ehoud Barak. Je tiens de la bouche d’Ariel Sharon que si la Syrie choisissait une logique de paix, alors le plateau du Golan perdait son importance stratégique…

On le voit, depuis 14 ans, les leaders politiques israéliens ont été conscients que la paix avec la Syrie passait par un retrait du plateau du Golan. C’est bien ce qu’a admis Ehoud Olmert, hier soir : ” Je sais, a-t-il dit, le prix à payer pour un accord.” Un retour aux lignes de cessez-le-feu d’avant juin 1967, comme l’a encore réclamé Walid Moualem, le ministre syrien des Affaires Etrangères ? A éplucher la chronique des contacts depuis 1994, c’est là un pas en arrière. La partie s’annonce difficile. Mais, comme le disait Ytzhak Rabin : ” les incertitudes liées à tout processus de paix sont préférables aux terribles certitudes de la guerre.”

Reste un dernier point. Nul doute que la perspective de négociations avec Damas va provoquer un débat houleux en Israël. Ce fut le cas avec l’Egypte, ou l’Autorité palestinienne. Ici intervient une dimension autre. Tour comme Ariel Sharon avec le retrait de la Bande de Gaza, Ehoud Olmert est soupçonné de se livrer à un tour de prestidigitateur pour détourner l’attention des ennuis judiciaires qui le frappent. Un sentiment qui s’exprime dans tous les médias. Et que, dans une certaine mesure, le Premier Ministre a renforcé en déclarant, toujours hier soir : ” une négociation avec la Syrie est plus importante que les enquêtes en cours touchant ma personne.” D’où l’interrogation qui pointe dans tous les commentaires : un Ehoud Olmert fragilisé est-il à même de galvaniser une opinion publique guère convaincue de l’opportunité d’une ouverture en direction de Damas?—

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