EDITO: ISRAEL JUSTICE - EHOUD OLMERT est devenu aux yeux de l'opinion publique le magouilleur par excellence.
Consulter les précédents éditos
Israël – Justice : le principal témoin à charge dans la nouvelle affaire Olmert sera entendu par le tribunal de district de Jérusalem.
Par Mati Ben-Avraham
La procédure est exceptionnelle. Il s’agit d’entendre le principal témoin à charge, dans les conditions d’un réel procès. Le désavantage, pour l’accusation, est de devoir fournir à la défense toutes les pièces concernant le témoignage.
L’avantage : le témoin ne pourra plus se rétracter et, partant, sa présence au procès, si un acte d’accusation est déposé, ne sera plus indispensable.
Ce principal acteur de cette nouvelle affaire, touchant directement le Premier Ministre, est un homme d’affaires juif américain, ultra-orthodoxe, Morris Talensky. Il est considéré comme un remarquable collecteur de fonds, pour les causes les plus diverses. L’hôpital Sharei Tsedek, à Jérusalem, lui est redevable d’une grande partie du financement du nouveau complexe médical. Bien entendu, les appétits financiers des politiques en quête qui d’un siège, qui d’un fauteuil ne lui sont pas étrangers. Il a été invité aux confidences, par la Brigade financière, avec le feu vert du Parquet, alerté quant à de possibles malversations de la part d’Ehoud Olmert relevées par le Contrôleur de l’Etat, suite à des vérifications sur d’autres dossiers impliquant celui-ci.
A ses dires, il aurait transmis à Ehoud Olmert des sommes importantes pour lui permettre de financer ses campagnes électorales, sommes non déclarées au fisc. Il aurait également (le conditionnel s’impose toujours) transmis des sommes non négligeables au temps où Ehoud Olmert était ministre de l’Industrie, ainsi que d’autres fonds dont l’utilisation ne lui était pas connu.
Enfin, Morris Talensky aurait contribué au financement des multiples déplacements d’Ehoud Olmert au temps où il était maire de Jérusalem. Par exemple, pour lui permettre de voyager en 1ère classe au lieu de la classe affaires… Ou loger dans un hôtel pour plus de 4000 dollars la nuitée!
Ces sommes auraient été convoyées, des Etats-Unis à Jérusalem, par l’avocat Ouri Meser et Shoula Zaken. Deux vieilles connaissances, impliquées dans d’autres affaires (trafic d’influence à l’Office des petites entreprises pour l’un, corruption à l’Office des impôts pour l’autre).
Et plus proches qu’eux d’Olmert, tu meures! Il faut remonter au milieu des années 70 pour comprendre. Ouri Meser et Ehoud Olmert, deux jeunes avocats brillants, talentueux, étaient employés dans l’un des meilleurs cabinets d’avocats de la capitale. Leur secrétaire se nommait Shoula Zaken. Après quelques années, Ehoud Olmert montait son propre cabinet, avec pour principal associé Ouri Meser et comme secrétaire Shoula Zaken. Ehoud Olmert s’est ensuite lancé dans la politique. Député, il a dû rompre l’association, suite à une nouvelle loi interdisant à un député d’avoir d’autres sources de revenus. Shoula Zaken l’a suivi tandis que le troisième côté du triangle devenait le confident le plus proche, le fidèle d’entre les fidèles. Et qui, sollicité par les enquêteurs, a craqué tandis que Shoula Zaken s’obstinait, s’obstine toujours dans son mutisme.
Les choses en sont là. Le dévidement de la pelote a livré d’autres témoins. Le Premier Ministre clame son innocence. Il s’est cependant déclaré prêt à démissionner au cas où il ferait l’objet d’un acte d’accusation.
Mais le problème n’est plus de simple justice. Il relève de l’hygiène politique. La rue israélienne ne s’y trompe pas : Ehoud Olmert bat tous les records d’impopularité. Alors que l’économie frise l’excellence. Que le plein emploi est à portée de main. Que l’Israélien se dit, à plus de 90%, heureux de vivre ici.
Et si le Premier Ministre ne fait pas recette, c’est bien dans ces casseroles qui tintent derrière lui qu’il faut en chercher la raison.
Dans trois affaires, il n’a pas été inquiété pour insuffisance de preuves. Trois autres sont en cours. Et le voici touché par une toute dernière. Trop, c’est trop. C’est sa crédibilité qui en pâtit. Certes, la présomption d’innocence lui est acquise. Mais, aux yeux de l’opinion publique, il est devenu l’homme aux insuffisances de preuves. Le magouilleur par excellence. Ce qui est pire qu’une condamnation.
Mais plus loin encore. L’évergétisme, “cette folie qui lançait les riches dans une surenchère de dons à la collectivité”, remonte au monde antique. Depuis la création de l’Etat, voici 60 ans, nous lui devons des réalisations remarquables. Dans les hôpitaux. Dans les universités. Dans les musées. Dans des initiatives de paix. Mais voici que, depuis une bonne décennie, il touche à la sphère politique. Là, les “bonnes œuvres” ne sont plus gratuites. Elles portent aux dérives. Il devient urgent de redéfinir les règles du jeu.—


