EDITO: ISRAEL EDITORIAL - Aaron Ciechanover, Prix Israël de biologie : Même sur la signification d’Israël en tant qu’Etat démocratique, les opinions sont divisées

A l’occasion de la rentrée scolaire, le profeseur Aaron Ciechanover, prix Israël de biologie (2003), prix Nobel de chimie (2004) a sévèrement critiqué le laxisme du gouvernement en matière d’éducation.

Sep 200703

Par Mati Ben Avraham
Publié le 3 septembre 2007

Extraits. Traduction : Mati Ben-Avraham.

” L’année scolaire s’est ouverte aujourd’hui. Moi, si j’étais à la place de la ministre de l’Education, j’aurais démissionné. Non en raison de l’échec du système éducatif – dont elle n’est responsable qu’en partie -, mais de par la certitude que cette fonction et la réussite sont incompatibles. Le système souffre de maladies multiples, et tout médecin le classerait dans la catégorie des agonisants.

” L’une des maladies est la valse des ministres, alors que les réformes et les critères de réussites doivent s’échelonner sur plusieurs années. Une autre, plus grave, est l’absence de consensus quant aux matières à enseigner. Dans un Etat, divisé en communautés et religions, en segments idéologiques contradictoires, qui se perçoit davantage comme une confédération vacillante et non comme un Etat menacé et dont l’unité est seule garante de sa survie, il est impossible de parvenir à une entente sur le contenu de l’enseignement. Même sur la signification d’Israël en tant qu’Etat démocratique, les opinions sont divisées…”

” Toute proposition de changement, exprimé par le ministre de tutelle, est interprétée par les différents secteurs comme une tentative d’imposer son opinion politique et une volonté de réécrire l’histoire. Ces secteurs décident par eux-mêmes ce qui leur semble bon et mettent en place, pour leurs enfants, des sous-systèmes éducatifs, ce qui rend impossible une gestion globale. La conclusion qui s’impose : des pans de l’Education échappent à l’Etat…”

” A ce système éclaté s’est ajoutée la dégradation continue du statut de l’enseignant, de celui qui se doit d’être l’axe principal du système éducatif. Tout se passe comme si un signe d’infamie lui a été accolé. Une part de cette dégradation doit être imputée aux parents d’élèves et aux élèves. Les uns et les autres font peser une menace permanente sur l’enseignant qui, souvent, cède aux pressions, fait le dos rond, délaisse rigueur et discipline dans ses classes. Il ne s’agit pas d’un comportement idéologique de la part des parents et des élèves, mais l’extension d’une culture de la violence, verbale et physique, laquelle a envahi tous les domaines de notre vie et dont les racines se nourrissent de la double perte de dirigeants et de ligne directrice…”

” De temps à autre, la question est posée de savoir si parmi les élèves d’aujourd’hui font jaillir les prix Nobel de demain. La question est sans importance. Peut-être que oui! Peut-être que non! Quand il est question du Nobel -même en tant quje métaphore – il est question d’acquis personnels, dans des domaines spécifiques qui ne témoignent que partiellement du terreau indispensable à leur éclosion. Le peuple juif, au cours des générations, a donné des savants dans les domaines les plus variés : la science, la jurisprudence religieuses, la philosophie, tout en étant en diaspora et maltraité. Le potentiel personnel existe. Il ne disparaîtra pas, me semble-t-il. L’objectif du système éducatif public n’est pas de préparer des prix Nobel, mais des meneurs dans tous les secteurs, qui en plus de leurs talents propres, seront imprégnés d’une connaissance profonde du lieu où ils créent et de l’importance de leur mission. Cela ne se produira pas parce que le système éducatif en place n’est pas à même de remplir ce rôle et parce que la direction politique n’est pas capable de déterminer une voie, de fixer des objectifs…”

” Cette maladie est-elle guérissable? Il le faut bien! Sinon, le sort de l’Etat d’Israël est scellé. Nous n’avons pas de richesses naturelles à exploiter, à exporter. Notre seul trésor est notre capacité à créer. Cet avantage sur nos voisins et au plan international va en s’amenuisant. Des Etats comme la Chine, Singapour et même la Malaisie musulmane ont compris que le secret de leur réussite réside dans un système éducatif performant. Ils investissent massivement dans ce domaine. Les pays occidentaux, qui ont vu leurs prestigieux systèmes marquer le pas, mènent des réformes en profondeur pour retrouver la grandeur passée…”

” Dans l’Israël d’aujourd’hui, il n’est plus temps de nommer encore une commission – du genre Shohat – dont les conclusions ne seront appliquées que partiellement. Il ne s’agit plus de réformer le système, mais de le révolutionner, de la maternelle à l’université. C’est là la priorité des priorités. Le gouvernement israélien n’a pas proposé, à ce jour, aux citoyens un projet social d’envergure national. Son agenda politique, même sur les sujets d’une importance capitale comme la paix avec les palestiniens, est interprété comme une manœuvre destiné à assurer sa survie, et n’intéresse pas la majorité du public. Le sentiment de cassure entre le peuple et ses dirigeants est fortement ressenti. Si le premier ministre initiait cette révolution indispensable dans l’Education nationale, s’il la menait avec détermination, il transcenderait la classe politique autour d’un projet de type existentiel et peut-être bien que sa cote auprès du public serait tiré vers le haut.

Printer Imprimer cette page - Retour en haut de la page