EDITO: ISRAEL SPECIAL DIAMANT- INTERVIEW EXCLUSIVE de Eli Avidar, directeur-général de l'Institut Israélien du Diamant

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Interview en prélude à la conférence au sommet du gotha du marché du diamant qui se tiendra à Jérusalem.

Le World Diamond Council se réunit une fois par an, pour traiter des problèmes de l’heure dans ce domaine.

mai08

Par Mati Ben-Avraham à Jérusalem

Si je suis les spécialistes, le diamant doit sa suprématie à…la peste. Il paraît que, à l’époque médiévale, lorsque ce fléau ravageait l’Europe, s’imposa la croyance au pouvoir salvateur des pierres précieuses. Le nec plus ultra fut le diamant.

Les fortunés prirent l’habitude de l’offrir à la femme aimée pour la protéger de l’épidémie. Un gage d’amour qui s’est imposé, qui a perduré bien après la peste, qui s’est démocratisé aussi. Ce qui a fait sa fortune, si je puis m’exprimer ainsi.

Le marché mondial du diamant se monte aujourd’hui à 68 milliards de dollars, soit 52,7 milliards d’euros. De la mine à la boutique, l’industrie du diamant fait vivre, directement ou indirectement près de 10 millions de personnes. Un secteur qui, cependant, a connu des turbulences.

La concurrence, certes, mais aussi l’arrivée des “diamants sales” lesquels, en Afrique principalement, permettaient de financer les groupes rebelles.

Un processus de moralisation du marché est intervenu depuis l’an 2000, avec la mise en place du World Diamond Council qui tiendra sa 5ème conférence mondiale les 9 et 10 mai, à Jérusalem.

Tout le gotha du monde des diamants est attendu. Pour faire le point, je me suis adressé à Eli Avidar, le directeur général de l’Institut Israélien du Diamant.

Mati Ben-Avraham : Un petit état des lieux, en guise d’introduction…

Eli Avidar : En 2006, l’industrie mondiale des diamants a connu une phase difficile, en raison du ralentissement de l’économie mondiale. Un redressement est intervenu vers la fin de l’année.

En Israël, ce ralentissement a été fortement ressenti dans la mesure où notre centre est l’un des plus importants au monde. Partant, toute fluctuation du marché se répercute immédiatement.

MBA : Parlons d’Israël, donc.

Eli Avidar : Les exportations israéliennes de diamants s’élèvent à quelques six milliards de dollars. Cependant, la tendance est à un accroissement constant de notre production

Nous sommes dans une tendance qui voit Israël exporter davantage, mais davantage de diamants chers.

La cause en est l’abandon progressif de la production des diamants de petite taille qui, en raison du coût de la main d’œuvre ici, perd de la valeur ajoutée.

C’est pour cette raison que cette industrie a été délocalisée vers des pays où la production de type industrielle est moins onéreuse, comme l’Inde ou la Chine.

MBA : Quelle est le rapport, à l’export, entre diamants destinés à l’industrie et ceux voués au plaisir des yeux?

Eli Avidar : La production de diamants vers le monde industriel est infime. Les diamants destinés à la joaillerie représentent 99,9% de notre exportation. Et c’est bien normal : le diamant est ancré dans la conscience culturelle mondiale. C’est un cadeau de la nature. C’est bien pour cela que cette industrie ne pourra aller qu’en progressant au fil des années, nonobstant les secousses conjoncturelles.

MBA : Combien d’emplois sont générés par cette activité, chez nous?

Eli Avidar : Aujourd’hui, 15 000 personnes sont employées dans ce secteur. Il fut un temps où ce chiffre avoisinait les 70 000. Cette baisse sensible est due à la politique de délocalisation dont je viens de parler. Ce qu’il faut saisir, c’est la transformation de notre centre de Ramat-Gan qui, au fil des années, est devenu un véritable centre international du commerce, employant 12 000 personnes et une Bourse du diamant extrêmement respectée.

Toutes les grandes sociétés sont représentées, dont bien entendu les israéliennes. Et c’est une bonne chose. Je m’explique : dans l’industrie de la haute technologie, par exemple, les sociétés qui se sont imposées sur le marché mondial ont quitté Israël, transférant leur siège social à l’étranger, New-York, le New-Jersey…

L’industrie israélienne du diamant a opté pour la démarche inverse, permettant justement le développement d’un complexe parfaitement outillé pour répondre aux exigences des transactions internationales.

MBA : Dans le concert mondial, la compagnie De Beers donne-t-elle toujours le ton?

Eli Avidar : De Beers est toujours un leader. Cependant, le marché mondial s’est développé de telle façon que si, dans le passé, De Beers accaparait 80% du marché, sa part ne représente plus, aujourd’hui, que 45%.

D’autres sociétés ont émergé. Je pense, par exemple, à Alrosa, la société russe qui a conquis une part importante du marché. Et je pense aussi à Lev Leviev, dont la société s’est taillée une jolie place sur le marché mondial.

Sa société pèse plusieurs milliards de dollars.

MBA : Parlons de l’israélien Lev Leviev, mis en vedette dans un article de ” L’expansion”. Il y est dit que l’israélien a pris le contre-pied de la politique imposée par De Beers.

Eli Avidar : C’est vrai. Lev Leviev est un partisan de l’intégration verticale, à savoir donc le contrôle des chaînes de production et de distribution, depuis donc la mine au magasin de bijoux.

Ce qui lui permet une meilleure gestion des coûts d’une part et, d’autre part, de jouer sur une baisse les prix.

C’est vrai, il a révolutionné le secteur. Il est présent dans les mines en Afrique, dans les ateliers de polissage en Russie et des joailleries qu’il possède à Londres, à New-York et en Russie.

Lev Leviev est le parfait exemple d’un homme qui a grandi à l’intérieur de l’industrie du diamant –il était polisseur à l’âge de 18 ans – il a parfaitement intégré les mécanismes en place et compris ce qu’il fallait faire.

MBA : Venons-en aux journées de mercredi jeudi à Jérusalem. Quels en seront les points essentiels de cette conférence au sommet du gotha du marché du diamant?

Eli Avidar : Le World Diamond Council se réunit une fois par an, pour traiter des problèmes de l’heure dans ce domaine.

Une telle conférence permet non seulement de faire le point, des échanges de vue mais aussi de dégager des conclusions. Le WDC a été créé ici, en Israël, en l’an 2000. Seront présents, à Jérusalem, tous les présidents, tous les directeurs généraux des grandes organisations et sociétés mondiales.

L’un des grands sujets sera la “transparence” dans l’industrie du diamant. Un autre traitera de la guerre à livrer aux dérives dans cette industrie.

MBA : Dans ce sens, qu’en est-il de l’exigence de pays africains de bénéficier davantage de la manne financière engendrée par le diamant.

Eli Avidar : Il y a effectivement des pays qui agissent dans ce sens, comme l’Angola, l’Afrique du sud ou encore le Botswana. Ils veulent agrandir, comme on dit, leur part du gâteau. Je pense que cela est faisable, mais à la condition que ces pays agissent avec discernement.

Gagner davantage oui, mais sans mettre en danger cette industrie par des décisions impulsives. Ce dont il faut se garder, c’est de provoquer le découragement des partenaires et, partant, se retrouver en principaux perdants.

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