EDITO: Interview EXCLUSIF - FRANCE ISRAEL - LA FORCE du LOBBY PATRONAL en ISRAEL - Dan Catarivas, Directeur, Association des industriels
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Dan Catarivas : Un tiers des exportations israéliennes va vers le marché européen, un tiers vers l’Amérique du nord – Etats-Unis, Canada et Mexique – et le dernier tiers se disperse dans le reste du monde.
Par Mati Ben Avraham à Jérusalem
Dan Catarivas est le directeur du département extérieur et des relations internationales de l’Association des industriels israéliens – le Patronat -, après avoir été le directeur-général-adjoint du ministère des Finances.
Autre casquette: il occupe le poste de secrétaire-général de la Fondation France-Israël, fondée à l’initiative du président Jacques Chirac et de l’ancien premier ministre Ariel Sharon.
Mati Ben-Avraham : Commençons par un portrait du patronat israélien, sa structure, son influence, ses rapports à la politique…
Dan Catarivas : L’Association des Industriels Israéliens regroupe toutes les entreprises qui emploient plus de 20 employés. Elle représente donc plus de 90% de la production industrielle du pays. Bien entendu, toutes les grosses pointures y figurent : industries militaires, chimiques, électroniques, agro-alimentaires, textiles, pharmaceutiques et j’en passe. Maintenant, peut-on juger de l’influence du patronat sur le cours des choses, au plan politique? Tout dépend des domaines. Ce qui est certain, c’est que nous suivons de très près les différentes mesures, directives du gouvernement, en particulier en ce qui concerne le budget, dans la mesure où les décisions tels l’encouragement à l’investissement, le financement de la recherche et développement, la politique fiscale, ou encore l’élaboration des textes touchant au droit du travail influent directement sur la marche des entreprises. Là, nous menons un dialogue constant avec le gouvernement, avec les différents services ministériels et le parlement bien entendu. Comme partout ailleurs, ici également la relation “privé-Etat” est complexe et, ce n’est pas un secret, nous essayons de peser au maximum sur le processus de prise de décision pour préserver les intérêts de nos membres.
Maintenant, dans quelle mesure nous parvenons à faire valoir notre point de vue? Tout dépend de l’adéquation entre les intérêts des industriels et ceux du gouvernement, par exemple en matières d’emplois, de formation permanente, de reconversion, de main-d’œuvre, de politique salariale, des taux d’intérêts.
Globalement, nous tendons à accorder nos intérêts respectifs. Bon, de temps à autre, des désaccords surgissent, des conflits naissent. Nous nous efforçons alors d’initier une solution qui soit la plus favorable à nos membres.
MBA : Parlons commerce extérieur…
Dan Catarivas : Plus de la moitié de la production israélienne est vouée à l’export. Il s’en suit que les marchés extérieurs représentent un moteur très important de la croissance industrielle.
Aussi, la stratégie commerciale des entreprises – délocalisation, partenariat, achat de sociétés – est directement influencée par la politique extérieure menée par le gouvernement. Nos efforts portent naturellement sur une mobilisation de l’exécutif pour une contribution à l’accès de nouveaux marchés. Cela peut se traduire par des mesures spécifiques, comme des aides ponctuelles aux entreprises pour favoriser la pénétration de nouveaux marchés.
Les accords bi-latéraux, la non double imposition fiscale en sont des exemples. Pour ce, nous menons un dialogue permanent avec le ministre du Commerce et de l’Industrie. La collaboration, sur ce plan là, entre gouvernement et l’Association des Industriels est essentielle.
Il y a ainsi des missions à l’étranger qui sont organisées conjointement par le patronat et le gouvernement. Pour le moment, une délégation du Commerce et de l’Industrie se trouve en Inde. Y figurent des industriels de premier plan.
Le précédent ministre, Ehoud Olmert, a initié de nombreux voyages à l’extérieur, toujours accompagné d’importateurs et d’exportateurs.
Il continue, d’ailleurs, en tant que premier ministre : la Russie avant-hier, la Chine demain pour ne citer que ces pays-là. La contribution gouvernementale, à ce stade, est décisive. Songez, autre exemple, à la participation israélienne à des programmes de recherche et développement, comme ceux lancés par l’Union Européenne, qui est primordiale pour l’industrie du pays.
MBA : Quels sont les créneaux les plus portables ?
Dan Catarivas : Disons que, grosso modo, un tiers des exportations israéliennes va vers le marché européen, un autre tiers vers l’Amérique du nord –Etats-Unis, Canada, Mexique -, et le dernier tiers en direction du reste du monde. Il y a des marchés dits émergents qui n’avaient pas été abordés sérieusement. Je pense aux marchés indiens, chinois, taïwanais, qui sont portés par une forte croissance. Il y a là des opportunités à saisir, dans des domaines où les entreprises israéliennes détient un savoir-faire pointu. Les corrections de cap sont en cours.
Ceci étant dit, nous assistons de plus en plus à des opérations de capital-risques, à de prises de participation dans les deux sens, à des rachats d’entreprises israéliennes par des sociétés américaines Sur ce point, il s’agit le plus souvent d’un partage du travail où la recherche et développement se poursuit en Israël et la production aux Etats-Unis.
C’est une forme de pénétration israélienne du marché américain d’une part et du marché mondial d’autre part. En ce qui a trait à l’Europe, c’est le partenariat qui prédomine, surtout dans des domaines où l’Europe devance les Etats-Unis. Mais, là, nous sommes toujours dans le cadre des marchés israéliens traditionnels. Pour nous, les plus porteurs restent les marchés émergents.
MBA : Passons à votre deuxième casquette : la Fondation France-Israël. J’ai assisté, en 1994, au lancement de l’AFIRST (Association franco-israélienne de recherche scientifique et technologique) par Laurent Fabius. C’était en 1994, à Jérusalem.
J’ai accompagné ses activités un long moment. Ce qui me permet de dire que, en ce temps, les scientifiques des deux bords avaient rêvé d’une Fondation et s’étaient retrouvés avec une association sur les bras, pour des raisons qui échappaient à la science. Alors, où est la différence, aujourd’hui?
Dan Catarivas : C’est vrai que, en 1994, il avait été d’une Fondation, dans le droit fil des Fondations bi-nationales mises sur pieds avec les Etats-Unis, l’Allemagne, Singapour ou encore le Canada.
Soit des organismes financés en parité par les gouvernements des deux pays, pour favoriser des projets de recherche et développement communs. Les choses n’ont pas abouti pour, vous l’avez dit, diverses raisons.
Maintenant, il est question de quelque chose de différent. Cette Fondation France-Israël est née de la volonté de Jacques Chirac et Ariel Sharon d’ajouter une dimension nouvelle aux relations franco-israéliennes.
Cette Fondation est sensée agir dans des domaines divers, le scientifique bien sûr mais aussi le culturel, l’économique et le grand public. Dans ce plan, le volet économique vise étudier les moyens d’améliorer, élargir les accords et contrats commerciaux, sans porter atteinte aux acteurs déjà activement actifs sur le terrain, que soient les chambres de Commerce et d’Industrie, les partenariats déjà existants.
Le comité économique de la Fondation devra donc plancher sur le type de valeur ajoutée qu’il est possible de dégager, quels éléments à introduire dans la coopération actuelle…
Comme initier des rencontres de très haut niveau entre industriels français et israéliens afin de parfaire les connaissances que les uns ont des autres. Sensibiliser davantage et le côté français et le côté israélien du potentiel de coopération existant.
En quelque sorte, mettre de l’huile dans les rouages. Cet effort doit porter également sur la jeune génération d’industriels pour gommer cette part d’ignorance que les uns ont des autres et, partant, favoriser les échanges.


