EDITO: ISRAEL PALESTINE EXCLUSIF : Le boycott officiel pratiqué par le gouvernement israélien envers les dirigeants de l'Autorité palestinienne n’empêche pas les entreprises israéliennes de commercer avec les territoires palestiniens
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Depuis la victoire du Hamas aux élections législatives de janvier 2006, le gouvernement israélien a rompu tout contact avec les autorités palestiniennes.
Ce qui n’empêche pas les entreprises israéliennes de multiplier les contrats avec leurs partenaires palestiniens.
Les businessmen des deux bords appellent les politiques à un règlement pacifique du conflit.
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem
Le boycott officiel pratiqué par le gouvernement israélien envers les dirigeants de l’Autorité palestinienne n’empêche pas les entreprises israéliennes de commercer avec les territoires palestiniens.
Malgré le boycott, les ventes de produits israéliens aux Palestiniens ne diminuent pas. Durant les neuf premiers mois de 2006, les livraisons israéliennes aux Territoires palestiniens se sont montées à 1,5 milliard de dollars. Autrement dit, les fournitures israéliennes pour toute l’année 2006 seront semblables à celles de 2005, soit 2,1 milliards de dollars. Difficile dans ces conditions de croire que les entreprises israéliennes souffrent des contingences politiques.
Malgré les factures impayées qui s’accumulent, la Compagnie israélienne d’Electricité fournit encore 40% de l’électricité aux Palestiniens de Gaza, alors que la Société israélienne des Eaux Mekorot fournit plus de 50% des besoins en eau de la Cisjordanie.
Mais il ne s’agit pas seulement d’électricité et d’eau qu’Israël continue de vendre aux Palestiniens. Il s’agit aussi de contrats conclus entre des entreprises privées avec l’accord, même tacite, des autorités des deux bords.
Dernier exemple en date : la livraison d’essence aux Palestiniens. La société israélienne Paz vient de signer un contrat pour la fourniture d’essence aux Territoires palestiniens. Dans le cadre de ce contrat, l’Autorité palestinienne achètera le pétrole brut à un des pays arabes de la région, et Paz le raffinera dans sa raffinerie d’Ashdod avant de le livrer aux Palestiniens. Montant du contrat : 1,5 milliard de shekels par an, soit 300 millions d’euros.
Les sociétés israéliennes sont réticentes à rompre les relations économiques qu’elles ont lentement tissées avec les Palestiniens. C’est ainsi que le leader israélien des technologies de communication Eldor a toujours parmi ses clients la société palestinienne des téléphones Paltel. De même, le producteur israélien de ciment, la société Nesher, vend chaque année à l’Autorité palestinienne plus d’un million de tonnes de ciment, selon un accord qui remonte à 1994.
L’essentiel des relations industrielles entre entreprises israéliennes et palestiniennes se fait sur la base de sous-traitance palestinienne pour des entreprises israéliennes.
Ce type de coopération, appelé aussi outsourcing, est fréquent dans la production textile qui est un des secteurs les plus touchés par la suspension officielle des relations économiques.
Il est vrai que la fermeture, en 2005, de la zone industrielle d’Erez, sur la frontière entre Israël et la bande de Gaza, a porté un coup fatal à la coopération entre les deux partenaires, laissant de nombreuses entreprises israéliennes sans matières premières ni pièces détachées pour leurs chaînes de production.
Pour l’heure, les échanges israélo-palestiniens sont largement handicapés par la difficulté d’acheminer les marchandises. Si environ 140 camions israéliens de marchandises sont autorisés chaque jour à passer dans la bande de Gaza, à peine une vingtaine de camions palestiniens est autorisée à pénétrer quotidiennement en Israël.
Résultat : le commerce bilatéral est déséquilibré au profit des entreprises israéliennes. De janvier à septembre 2006, les Palestiniens n’ont fourni à Israël que pour 150 millions de dollars de marchandises, contre plus de 1,5 milliard de dollars en sens inverse.
Récemment, les commerçants palestiniens ont même réclamé le boycott des produits alimentaires israéliens afin d’assurer la promotion des produits locaux. Malgré tout, de nombreux Palestiniens achètent encore des produits israéliens considérés comme de meilleure qualité que leurs concurrents palestiniens (comme lait, farine, biscuits, conserves, huile, produits d’entretien, vêtements et médicaments).
En coulisse, les initiatives se multiplient pour rapprocher les hommes d’affaires des deux bords. En septembre dernier, le Centre Pérès pour la Paix a organisé une rencontre entre businessmen israéliens et palestiniens, sous l’égide de la Chambre de Commerce palestinienne (PalTrade) et de l’Association israélienne des Industriels. En janvier prochain, les fabricants palestiniens de plastique seront présents à l’Exposition internationale de matériel plastique (Plasto Ispack 2007) qui se tiendra à Tel Aviv, sous l’égide de l’Institut israélien des Exportations.
Malgré le contexte politique difficile, les milieux d’affaires n’hésitent plus à appeler ouvertement à une solution du conflit qui nuit à l’économie des deux voisins. Le célèbre industriel israélien Stef Wertheimer vient de proposer de reconstruire les camps de réfugiés palestiniens avec sa fortune personnelle. Les businessmen palestiniens aussi appellent les politiciens à mettre un terme au chaos économique qui règne dans la bande de Gaza.
Jacques Bendelac est l’auteur du livre « La nouvelle société israélienne » publié récemment aux éditions Page après Page.


