Jul 31

ISRAELVALLEY - Le gouvernement israélien annonce un correctif budgétaire qui a l'allure d'un programme d'austérité.

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Jacques Bendelac (Jérusalem) | Économie

Le gouvernement israélien a attendu que le départ en vacances d’une grande partie des huit millions d’Israéliens pour annoncer un correctif budgétaire qui a l’allure d’un programme d’austérité. Au menu de ce dispositif d’urgence: la hausse de la fiscalité et la baisse des dépenses publiques. Un double objectif est visé: limiter le déficit public qui gonfle, et financer des dépenses qui n’avaient pas été prises en compte dans le budget bisannuel pour 2011 et 2012.

La pilule va être d’autant plus difficile à avaler que le gouvernement avait annoncé, à plusieurs reprises, qu’il s’opposait à tout relèvement de la fiscalité. De même, le Conseil des ministres avait approuvé, début juillet, le relèvement du déficit budgétaire de 1,5% à 3% du PIB pour 2013. Mais ces dernières semaines, la dégradation de l’économie israélienne s’accélère et il y a urgence: le taux de croissance continue de ralentir et les recettes fiscales poursuivent leur baisse. Dorénavant, le déficit avoisine les 4,5% du PIB, ce qui devient dangereux pour la stabilité de l’économie israélienne.

Politique d’austérité
Ce lundi matin, le Conseil des ministres hebdomadaire approuve le plan d’austérité concocté par le Premier ministre Benyamin Netanyahou, son grand Argentier Youval Steinitz, avec l’aval de Stanley Fischer, le gouverneur de la Banque centrale. Les principales mesures qui, pour la plupart, entrent en vigueur immédiatement, concernent aussi bien une augmentation des recettes de l’Etat qu’une réduction des dépenses publiques:

- pour accroître les recettes de l’Etat, la fiscalité directe et indirecte s’alourdit. L’impôt sur le revenu augmente de 1% pour tous les revenus supérieurs au revenu moyen de l’Israélien, soit 8.900 shekels par mois (1.780 euros), et de 2% pour les revenus supérieurs à 67.000 shekels par mois (13.000 euros). Du côté des impôts indirects, la TVA est relevée d’un point à 17%, tandis que la taxe d’achat sur les cigarettes, bière et alcool, est relevée d’environ 10%.

- pour réduire les dépenses de l’Etat, une coupe transversale de 5% est réalisée dans tous les postes du budget, à l’exception de la Défense et de l’Education.

- pour élargir l’assiette fiscale, la lutte contre le fraude fiscale et sociale sera renforcée: le Trésor va s’attaquer aux sociétés fictives et il promet de lutter contre les capitaux noirs qui, par définition, ne sont pas déclarés et échappent à toute fiscalité.

La faute à l’Europe
Ce paquet fiscal devrait faire entrer dans les caisses de l’Etat environ 14 milliards de shekels (3 milliards d’euros); de même, les économies dans les dépenses publiques se monteront à 1 milliard de shekels (200 millions d’euros) par an. Au total, l’Etat va réduire son déficit courant de 1,5% du PIB dès 2012. Ces recettes permettront de financer, sans aggraver le déficit, des dépenses imprévues d’un montant de 30 milliards de shekels, comme: la gratuité de l’école à partir de 3 ans, l’achèvement de la construction de la barrière de sécurité à la frontière israélo-égyptienne, la modernisation des services de sapeurs-pompiers, etc.

Pour le gouvernement israélien, ce programme d’austérité se justifie par la dégradation de la situation économique en Europe: celle-ci finit par se répercuter sur l’économie israélienne, en freinant les exportations et en ralentissant la croissance. En revanche, les partis de l’opposition estiment que les mesures adoptées vont creuser davantage les inégalités qui sont, en Israël, parmi les plus fortes des pays occidentaux. En effet, le relèvement de la TVA et de la taxe d’achat, associé à la baisse des services publics, va porter atteinte aux familles les plus défavorisés qui consacrent l’essentiel de leur revenu à la consommation courante.

Choix politiques
Certes, il existe un consensus, de la gauche à la droite de l’échiquier politique, quant à la nécessité d’accroître les recettes budgétaires; il n’en reste pas moins que le gouvernement a évité de prendre des mesures qui auraient permis de mieux répartir l’effort qui est demandé aujourd’hui aux Israéliens, comme, par exemple: une TVA réduite pour les produits de consommation courante, le relèvement de l’impôt sur le bénéfice des sociétés, l’annulation de niches fiscales qui exonèrent d’impôt de nombreuses catégories de revenus, etc.

Les mesures adoptées aujourd’hui ne concernent que le budget de 2012. Seront-elles suffisantes pour financer les engagements de l’Etat pour 2013? Pour les experts du Trésor, il semble que non: or, 2013 sera une année électorale, ce qui laissera une faible marge de manœuvre au gouvernement pour réaliser des nouvelles économies. Des élections anticipées pourraient être une issue de secours pour le Benyamin Netanyahou qui éviterait de présenter un nouveau budget d’austérité pour 2013.

Jacques Bendelac (Jérusalem)