Jul 22

ISRAELVALLEY - ISRAËL SYRIE - Les menaces sécuritaires ne sont pas étrangères aux retraits massifs du dollar de l'économie israélienne.

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Jacques Bendelac (Jérusalem) | Économie

Les menaces qui se rapprochent de la frontière-nord d’Israël ne pourront laisser longtemps l’économie israélienne indifférente. Si la crise politique en Syrie n’a, pour l’instant, aucune retombée directe en Israël, le gouvernement israélien suit de près l’évolution à sa frontière syrienne et libanaise. L’incertitude qui règne à Jérusalem, quant à l’avenir du régime d’Assad et quant aux réactions du Hezbollah libanais, commence à influencer indirectement l’économie israélienne: le shekel perd du terrain face au dollar, les investisseurs étrangers retirent leurs placements d’Israël, Tsahal pourrait demander une rallonge budgétaire pour stabiliser la frontière nord, etc. Dans ce contexte géopolitique incertain, le Premier ministre Benyamin Netanyahou ne parvient pas à définir les grandes lignes du budget 2013; à moins qu’il ne préfère opter pour des élections anticipées, ce qui lui permettra de reporter certaines grandes décisions économiques de plusieurs mois.

Le shekel perd du terrain face au dollar. Il y a quelques jours, le billet vert a franchi la barre symbolique des 4 shekels, soit son plus haut cours depuis trois ans. Pour les analystes israéliens, les menaces sécuritaires ne sont pas étrangères aux retraits massifs du dollar de l’économie israélienne. Du côté des industriels israéliens, c’est le soulagement: la hausse du dollar améliore la rentabilité de leurs exportations et renforce leur compétitivité. En revanche, la baisse du shekel renchérit les importations, ce qui pourrait se répercuter sur les prix à la consommation.

Le pétrole remonte. Les spécialistes de l’énergie estiment que ce sont les tensions au Proche-Orient qui ont poussé, cette semaine, les cours du pétrole au dessus de la barre des 90 dollars le baril, soit leur plus haut niveau depuis deux mois. La cause: l’Union européenne, qui absorbait presque l’intégralité des exportations syriennes de pétrole, boycotte désormais le régime de Damas. Associé à une baisse du shekel, le renchérissement de l’énergie va peser sur le coût des importations israéliennes et alourdir le déficit de la balance des paiements.

Les dépenses militaires s’allongent. En fin de semaine dernière, Tsahal a annulé les permissions des soldats israéliens postés sur le plateau du Golan, à la frontière israélo-syrienne. Le bruit des bottes aux frontières nord d’Israël pourrait servir de prétexte à une nouvelle rallonge budgétaire pour la Défense. Pour l’instant, Ehoud Barak a réussi à convaincre Benyamin Netanyahou de ne pas couper dans le budget militaire; la deuxième étape consistera à obtenir une nouvelle rallonge, ce qui ne sera pas difficile s’il est prouvé que l’arsenal syrien (et notamment les armes chimiques) est en passe de tomber entre les mains du Hezbollah libanais.

Le déficit budgétaire se creuse. Après avoir décidé de relever le déficit budgétaire de 1,5% à 3% du PIB en 2013, le Premier ministre a fini par admettre que ce relèvement ne suffira pas à faire face au ralentissement de la croissance qui réduit les recettes fiscales. Pour combler le dépassement budgétaire qui pourrait approcher les 5% du PIB l’an prochain, il faudrait relever certains impôts: c’est une mesure impopulaire en année postélectorale, d’où l’indécision du ministre des Finances.

Les élections anticipées se rapprochent. Benyamin Netanyahou se trouve dans une situation politique inconfortable: la formation Kadima vient de quitter la coalition gouvernementale, les partis orthodoxes refusent tout compromis concernant le recrutement des jeunes haredim dans l’armée israélienne, et le budget 2013 est loin de trouver un consensus au sein même de la coalition. Pour mettre un terme aux différentes pressions qui limitent sa marge de manœuvre, le Premier ministre israélien pourrait bien s’en remettre à des élections anticipées, en novembre ou février prochain.

Jacques Bendelac (Jérusalem)