May 21

ISRAELVALLEY AFRIQUE - Multiplication d'actes de violence commis à Tel Aviv par des émigrés clandestins originaires d'Afrique.

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Jacques Bendelac (Jérusalem) | News

La menace iranienne est passée au second rang des préoccupations des Israéliens: la semaine dernière, la multiplication d’actes de violence commis à Tel Aviv par des émigrés clandestins originaires d’Afrique, a remis à l’ordre du jour l’impact de l’immigration non juive sur la stabilité économique et sociale du pays. En fait, c’est toute la cohésion de la société israélienne qui est remise en cause: le regroupement des clandestins dans certains quartiers de Tel Aviv ou d’Eilat se traduit par un regain de violence, d’alcoolisme et de frustrations. Les clandestins, qui finissent par trouver un emploi chez un employeur israélien, sont accusés de tirer les salaires à la baisse; des poches de pauvreté se développent et les Israéliens les moins qualifiés ont du mal à trouver un emploi, même rémunéré au salaire minimum.

Une minorité de “réfugiés” ?

L’immigration clandestine n’est pas un problème propre à Israël. Le phénomène existe dans tous les pays développés qui sont attractifs pour les étrangers à la recherche d’un emploi et d’un niveau de vie plus élevé que dans leur pays d’origine. En Israël, les flux de clandestins qui ont traversé illégalement la frontière égyptienne se multiplient. Selon certaines estimations, 91.000 d’immigrés originaires d’Afrique se trouvent aujourd’hui en Israël, et ils seront 12.000 de plus d’ici à la fin de l’année. La plupart d’entre eux viennent du Soudan et d’Erythrée, mais beaucoup aussi sont originaires d’Ethiopie, de Côte d’Ivoire et du Nigéria.

Seulement une petite minorité d’entre eux (environ 1.500) ont fuit des régions en guerre et ont reçu en Israël le statut de “réfugié” délivré, selon les conventions internationales, pour des raisons humanitaires. Autrement dit, ces clandestins sont, dans leur immense majorité, des migrants à la recherche d’une vie meilleure. Cette vague d’immigrés clandestins africains a pris le gouvernement israélien de court: la construction d’une barrière de 120 kilomètres à la frontière avec l’Égypte est bien avancée, mais il faudra encore plus d’un an pour l’achever. Entretemps, les forces de sécurité israéliennes (police et armée) ne parviennent pas à endiguer ce phénomène, malgré les budgets importants qui sont y consacrés.

Qui gagne, qui perd ?

L’immigration clandestine fait aussi des heureux. Parmi les bénéficiaires de cette main d’œuvre bon marché qui afflue en Israël, on trouve certains employeurs peu scrupuleux qui leur fournissent un emploi, notamment dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Et pour cause: les immigrés clandestins n’hésitent pas à travailler de 10 à 12 heures par jour, et ils se contentent d’un salaire de misère, bien inférieur au salaire minimum auquel a droit un salarié israélien. Autrement dit, l’afflux de clandestins se traduit par deux phénomènes négatifs: la baisse du niveau des salaires des emplois non qualifiés et l’augmentation de la pauvreté.

Mais il y a aussi de grands perdants à cet afflux d’immigrés clandestins: il s’agit des groupes de population les plus défavorisés de la société israélienne, comme les Arabes d’Israël ou les Juifs originaires d’Éthiopie. Les clandestins les ont remplacés dans de nombreux emplois et ils doivent se contenter de bas salaires, ce qui augmente la proportion de « travailleurs pauvres ». Finalement, l’afflux de clandestins devient synonyme d’« importation de pauvres ».

Sans compter que l’emploi de clandestins enclenche un véritable “cercle vicieux”: les immigrés d’Afrique transmettent rapidement à leurs proches, restés dans leur pays d’origine, qu’Israël est un pays accueillant, qui leur offre un niveau de vie supérieur à celui qu’ils ont connu. Ce qui accroît davantage le flux de candidats à l’immigration clandestine.

Quelle politique de l’immigration ?

Dorénavant, la polémique se concentre sur les moyens à mettre en œuvre pour réduire, voire interrompre, ce flux de clandestins. Pour répondre aux pressions de l’opinion publique, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a souvent promis d’incarcérer tous les clandestins et d’œuvrer pour la fermeture d’entreprises embauchant des immigrés illégaux. Or, la police réclame des moyens supplémentaires qu’elle n’obtient pas, tandis que la construction d’une barrière à la frontière avec l’Égypte a démarré trop tardivement.

En réalité, les gouvernements israéliens successifs n’ont jamais eu de véritable politique d’immigration. Sur ce volet, Israël pourrait imiter la majorité des pays occidentaux qui affrontent le même phénomène: ceux-ci mènent une lutte parfois implacable contre l’immigration illégale et le travail clandestin, tout en contrôlant l’immigration régulière. Aujourd’hui, la plupart des pays de l’OCDE ont installé sur leur territoire des centres de rétention où sont détenus les clandestins avant d’être raccompagnés dans leur pays. C’est aussi le prix qu’Israël devra payer pour préserver sa cohésion sociale, sa stabilité économique et son équilibre démographique.

Jacques Bendelac (Jérusalem)