Stanley Fischer, le gouverneur de la Banque d’Israël, peut enfin dormir sur ses deux oreilles: après deux ans de spéculation intense, il semble que les investisseurs étrangers aient décidé de délaisser le shekel: ils réduisent leurs transactions spéculatives à court terme en shekels et ils récupèrent leurs billets verts. Au cours des huit derniers mois de 2011 (de mai à décembre), les étrangers ont liquidé massivement leurs dépôts à court terme; en contrepartie, ils ont empoché un montant record de 8,7 milliards de dollars.
Ecart de taux d’intérêt
Pour autant, les étrangers ne se sont pas entièrement retirés du marché monétaire israélien: de mai à décembre 2011, ils ont placé 4,2 milliards de dollars dans des obligations d’Etat, qui sont des placements à moyen terme plus stables. Les investisseurs étrangers opèrent donc un changement dans la composition de leur portefeuille: dorénavant, ils préfèrent le moyen au court terme, et des rendements sûrs à des gains risqués.
La lutte de la Banque d’Israël contre les spéculateurs est donc arrivée à son terme: pendant les deux dernières années, les étrangers sont venus placer leurs dollars en Israël, contraignant la banque centrale à acheter massivement du billet vert pour éviter son effondrement face au shekel. Aujourd’hui, la tendance se renverse à Tel Aviv: les étrangers revendent leurs shekels et rachète du dollar. Ce changement de tendance s’explique par deux facteurs principaux: la baisse du taux d’intérêt et les nouvelles directives de la banque centrale.
Au cours de 2009 et 2010, le taux directeur en Israël est passé de 0,5% à 3,75%, notamment en raison des tensions inflationnistes et du gonflement de la bulle immobilière. Durant toute cette période, le taux d’intérêt aux Etats-Unis n’a pas dépassé 0,5%: cet écart des taux a incité les spéculateurs à placer leurs capitaux en Israël, entraînant une forte demande pour le shekel. Celui-ci s’est donc renforcé face au dollar, jusqu’à son taux record de 3,3 shekels pour 1 dollar en mai 2011. Aujourd’hui, la Banque d’Israël a entrepris d’abaisser progressivement son taux directeur, ce qui réduit l’écart avec les autres pays occidentaux.
Crise de la dette en Europe
L’affaiblissement du billet vert est rapidement devenu un handicap pour l’économie israélienne: un dollar faible handicape les exportations dont la contrepartie en shekel fond dangereusement, au point de mettre en danger de nombreuses entreprises israéliennes. Après avoir tenté d’affaiblir le shekel en achetant des billets verts, la banque centrale a renforcé son contrôle sur les placements spéculatifs.
Le 1er juillet dernier, la Banque d’Israël a émis une nouvelle directive: toute transaction en devises pour un montant supérieur à 10 millions de shekels par jour et pour une échéance inférieure à un an, doit être déclarée aux autorités monétaires. De même, les banques israéliennes sont désormais dans l’obligation de conserver des liquidités équivalentes à 10% de leurs transactions à court terme.
Certes, le comportement du spéculateur n’est pas seulement lié à l’économie israélienne: il est également affecté par la dette européenne et par l’instabilité de la finance internationale. Mais en renforçant son contrôle sur les capitaux spéculatifs, la Banque d’Israël à contribuer à réduire l’attractivité des placements spéculatifs pour les opérateurs étrangers.
Jacques Bendelac (Jérusalem)






