ISRAELVALLEY. Dany Lozon, rend un émouvant hommage à la librairie parisienne Shakespeare and Company.

Rubrique
Culture et tradition
Par
Samuel Nathan
Publié le
30 janvier 2012

Le quotidien israélien gratuit Israel hayom, par la plume de son correspondant à Paris Dany Lozon, rend un émouvant hommage à la librairie parisienne Shakespeare and Company, haut lieu de la littérature anglophone qui a accueilli en leur temps des écrivains aussi prestigieux que Lawrence Durrel, Beckett, Ginsberg, Joyce ou Burroughs.

Shakespeare and Company est une librairie parisienne célèbre dans le monde entier. Le mois dernier, lors de la mort à l’âge de 98 ans de son propriétaire mythique Georges Whitman, elle a encore décuplé sa popularité. Visite dans un lieu de culture.

Heures vespérales typiquement parisiennes. Des dizaines de jeunes se réunissent sur la rive gauche de la Seine près de la cathédrale Notre-Dame et discutent avec enthousiasme, un verre de vin rouge bon marché à la main. L’endroit où ils se trouvent, c’est la « Shakespeare and Company », une librairie célèbre dans le monde entier, considérée comme un haut-lieu historique et incontournable pour les visiteurs de la ville.

L’événement, c’est « l’arrosage » de la traduction en français du dernier livre de Lionel Shriver « Il faut qu’on parle de Kevin » dont l’adaptation au cinéma a reçu les éloges de la critique. Mais c’est le timing – un peu moins d’un mois après la mort du fondateur de la librairie – par la tristesse présente qui cange le climat de la soirée.

« C’est la première animation dans la librairie depuis la mort de Georges et cela est absolument différent », explique un jeune homme qui répond au nom de David et qui durant les dernières années a aidé la fille de Whitman, Sylvia, dans la gestion de la maison. En conformité avec l’esprit du lieu, il porte des lunettes rondes et épaisses et ses cheveux noirs et ondulés sont soigneusement peignés sur le côté.

Il est difficile de dire que la mort de Whitman, deux jours après l’anniversaire de ses 98 ans ait été une surprise mais son départ a laissé indéniablement une peine profonde parmi ses proches et ses nombreuses connaissances comme le témoignent les écrits et les photos pour la perpétuation de son souvenir excellemment entreposés à l’entrée de la librairie. Après tout, Whitman a construit un véritable empire au cœur de la ville la plus romantique du monde.

Georges Whitman est né dans le New Jersey en 1913 de parents instruits. Il passe par Paris après des années d’errance. Il y restera jusqu’au dernier jour de sa vie. Américain fier de l’être mais aussi Parisien jusqu’au bout des ongles. La librairie qui contient un choix innombrable de livres pour la plupart en anglais fut fondée en 1951.

A ses débuts, elle fut appelée « Le Mistral » et par la suite Whitman lui donna le nom de la mythique maison d’édition « Shakespeare and Co » qui appartenait à son amie très proche Sylvia Beach (la fille de Whitman s’appelle d’ailleurs Sylvia) et d’où sortirent les livres de James Joyce, d’Ernest Hemingway et de bien d’autres. Bien vite, la petite librairie devint une maison ouverte aux artistes et aux écrivains et un lieu de pèlerinage pour les amateurs de littérature.

Les écrivains et les poètes de la beat generation parmi lesquels Jack Kerouac, Allen Ginsberg empruntaient en courant et de façon régulière le chemin de la librairie qui figure aussi au centre de la charmante scène d’ouverture du film « Avant le coucher du soleil » dans une interprétation de Julie Delpy.

Shakespeare and Co est considéré jusqu’à aujourd’hui comme un lieu de littérature bien vivant où sont organisés selon les semaines des lectures d’ouvrages par des écrivains importants, des thés littéraires effervescents, des conférences et des débats. De nombreux jeunes s’empressent de se porter volontaires afin de travailler dans la librairie en échange d’un modeste bout de toit au sein d’étagères chargées de livres.

Ce n’est pas par hasard si le livre de Lionel Shriver a été choisi pour la première animation de la librairie après le décès de Whitman. Comme lui, Shriver a quitté les U.S.A. pour un long exil de 25 années en Angleterre et elle contemple de loin son pays natal avec un cœur partagé. Son dernier livre « So much for that » (qui est paru aussi en hébreu) traite d’un sujet qui, décidément, harcèle les proches nombreux de Whitman : la mort.

Shriver procède à une lecture publique de son livre d’une voix tendre, agréable et sûre devant des dizaines de personnes qui se serrent dans un espace étroit. Elle explique que le livre est né lors d’une enquête sur le système de santé américain mais il aborde aussi la difficile confrontation avec le caractère inéluctable de la mort. « Si j’étais à l’article de la mort, je voudrais bénéficier d’une occasion véritable de penser à ma vie et de vivre l’événement de ma propre mort. La mort est une part significative de notre vie, affirme-t-elle de façon résolue.

Les employés de la librairie semblent partager le point de vue de Shriver et ressentent la mort de Whitman comme quelque chose qu’il n’est pas possible d’esquiver. « Il n’y a pas de changement dans la façon dont la librairie est gérée au quotidien », explique David. Selon ses dires, « durant la dernière année de la vie de Georges, ce dernier n’a pas multiplié les visites dans la librairie car il lui était pénible de descendre les escaliers de sa maison. Son état de santé était tel qu’il aurait fallu que nous le portions dans les bras. C’est pourquoi son absence a été moins ressentie dans la vie de tous les jours. »

En revanche, il existe une différence bien palpable parmi les clients. David raconte que « depuis le décès, de nombreuses personnes ressentent le besoin de venir lui rendre un dernier hommage et de dire à Sylvia la grande influence que la librairie a exercée sur elles. Et cela, c’est très émouvant. »

Dany Lozon

Article extrait du numéro 1236 du journal Israel hayom du 16 janvier 2012 page 26 et traduit de l’hébreu pour Israelvalley par Samuel Nathan

Printer Imprimer cette page - Retour en haut de la page -