L’Union européenne a donc durcit le ton vis-à-vis du régime iranien, en décrétant un embargo pétrolier gradué. Ce matin, les médias israéliens ont salué cette mesure, la qualifiant même « d’acquit politique pour Binyamin Netanyahou » qui, dès son retour à la présidence du Conseil le 31 mars 2009, avait poussé à des sanctions efficaces, à même d’inciter Téhéran à renoncer à son programme nucléaire militaire. Et, ces temps derniers, le premier ministre israélien avait mis la pression sur la communauté internationale en évoquant la possibilité de frappes israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes. L’administration américaine s’en était émue d’où, d’une part, les propos qui se voulaient rassurants émis par la Maison Blanche et, d’autre part, l’envoi en fin de semaine passée à Jérusalem du chef d’état-major interarmes de l’armée américaine, venu s’enquérir des intentions réelles des dirigeants israéliens.
Et hier, à Bruxelles, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a conforté la crainte d’une attaque préventive israélienne, en disant : « Il s’agit d’éviter une escalade militaire dans cette région. » Son homologue allemand, Guido Westerwelle a, pour sa part, précisé : » L’objectif est d’atteindre le cœur du programme nucléaire. » Reste à savoir si ce bras-de-fer engagé par les 27 pays de l’Union européenne avec le régime iranien relève du pari à haut risque ?
Rien de mois sûr, en effet, que Téhéran s’incline, qu’il accepte un diktat d’où qu’il vienne. Primo, parce que ce qui sous-tend la démarche iranienne est une conviction religieuse. Depuis 1979, l’Iran est soumise à des sanctions économiques diverses, qui ont été aggravées en juin 2010 par la résolution 1929 du Conseil de sécurité, qui n’ont en rien entamé l’entêtement iranien d’aller au bout de son projet. C’est, en dernière analyse, le peuple iranien qui a subi les effets négatifs de ces sanctions, d’où ce mécontentement populaire manifesté lors des élections de 2009 dont seul le trucage des résultats a permis aux ayatollahs de conserver le pouvoir.
Secundo, l’Europe est loin d’être le principal client de l’Iran, 20% soit 450000 barils quotidiens, contre 542000 à la Chine, 341000 au Japon, 244000 à la Corée du sud, 328000 à l’Inde, 182000 à la Turquie et 98000 à l’Afrique du sud. Le constat qui s’impose : sans un accord avec les autres acheteurs de pétrole iranien, et principalement le Chine et l’Inde – ce qui est improbable au vu des besoins énergétiques de ces deux pays – la mesure prise risque fort d’être improductive. Et ce d’autant plus, l’exemple de l’Irak au temps de Saddam Hussein en témoigne, un embargo se contourne relativement aisément. De fait, il contribuera à renforcer le marché noir déjà sous contrôle des durs du régime, les Gardiens de la révolution, donc à raffermir le pouvoir de la classe dirigeante.
Tertio, le risque est aussi de « braquer » une bonne partie de la population iranienne. On oublie, un peu vite, que la « bombe nucléaire » flatte l’égo de tout iranien, fut-il opposé au régime en place. Les multiples messages qui parviennent au service des émissions en perse de Kol Israël, la radio publique israélienne, le démontrent. En ce, les élections qui se tiendront dans deux mois seront intéressantes à suivre. Reste enfin une dernière inconnue : quel sera l’impact – quant à l’application de l’embargo décrété, et aussi des sanctions à l’encontre de la banque centrale iranienne – des échéances électorales en France et aux Etats-Unis au cours de cette année ?






