Depuis longtemps, l’Allemagne fait partie du « paysage israélien » et la vitalité des relations entre les deux pays est devenue une réalité, particulièrement probante au niveau commercial et scientifique. Par-delà les blessures de l’Histoire…
L’information a de quoi surprendre, mais elle est un état de fait : le courant d’échanges (import-export) est deux fois plus important entre Israël et l’Allemagne que celui entre Israël et l’Hexagone.
Aimée et détestée sans passion, l’Allemagne s’inscrit comme un pays à part que les Israéliens ont fini par adopter. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à s’y installer. 100 0 000 Juifs y habitent, et près de 20 000 à 25 000 d’entre eux sont originaires de l’ex-union Soviétique et sont arrivés sur le territoire allemand il y a moins de cinq ans.
Plus de 100 villes allemandes sont jumelées avec des villes israéliennes, et de nombreux programmes d’échanges scolaires se sont développés entre les deux pays. Depuis 1965, près de deux millions de personnes ont bénéficié de ces programmes d’échanges, subventionnés par le gouvernement allemand.
Pendant longtemps, les Israéliens n’ont cependant pas osé aimer l’Allemagne. Des familles entières originaires d’Europe ont pendant des années évité de prononcer un seul mot d’allemand. Jusqu’à ce jour peu d’Israéliens parlent de l’aide allemande, versée au titre de réparations : 760 millions de dollars par an. Un boycott quasi permanent a eu lieu pendant deux décennies. Dans les années cinquante un débat passionnel a eu lieu en Israël qui a déchiré la nation : doit-on se réconcilier avec l’Allemagne ?
La réponse à cette question a été en partie formulée par le président Johannes Rau, lors de son discours en février 2000 devant la Knesset : le lien qui unit Israël à l’Allemagne est en effet très spécial. Ainsi, sans pour autant faire table rase du passé, une relation « normalisée » peut s’installer entre les deux pays afin de construire un futur commun.
Elle a d’ailleurs débuté par une rencontre entre Adenauer et Ben Gourion au début des années 60, qui a modifié radicalement les rapports entre deux pays qui avaient du mal à se regarder dans les yeux…
Par la suite, en 1994, durant la présidence européenne de l’Allemagne, l’accord de coopération signé en 1975 entre l’Allemagne et Israël a été une nouvelle étape qui a abouti à la création d’une coopération technique et scientifique entre les deux pays à partir de juin 2000. Au final, la méfiance israélienne à l’égard des Allemands s’est peu à peu résorbée.
Désormais lorsqu’un Israélien achète une Volkswagen ou un réfrigérateur Bosch et voyage sur Lufthansa, disons que son cœur ne chavire plus. Il peut même lui arriver d’être admiratif…
Devenue le partenaire commercial numéro un des Israéliens en Europe, l’Allemagne a découvert dans les années 90 les potentiels technologiques de ce petit pays du Moyen-Orient avec ses industries chimique, militaire etc..
Les produits de haute technologie allemands sont particulièrement appréciés des Israéliens pour leur qualité et leur fiabilité. Ces derniers sont des grand importateurs de voitures, de machines et d’électronique allemandes ainsi que de produits chimiques et pharmaceutiques.
Les plus grandes marques allemandes sont présentes sur le territoire par le biais de représentants locaux ou par l’établissement de joint ventures. Siemens, Daimler Chrysler, Volkswagen et Henkel ont même délocalisé une partie de leurs bureaux et de leurs usines. Siemens, qui emploie plus de 800 personnes en Israël, détient un certain nombre de sociétés spécialisées dans les secteurs de la communication et des hautes technologies.
La véritable coopération scientifique avec l’Allemagne a débuté il y a quarante ans quand la société Max Planck (MPG) – que de nombreux chercheurs juifs ont du quitter lorsque Hitler est arrivé au pouvoir – et l’institut Weizmann ont créé la fondation Minerva, en 1964.
Un réseau dense de relations scientifiques s’est tissé entre les deux pays, couvrant presque tous les domaines de recherche. Plus de 190 millions de dollars ont été déjà investis par le gouvernement allemand…
Enfin, il y a dix ans, le GIF (Fondation germano-israélienne pour la recherche scientifique et le développement) est venu renforcer cette coopération.
Aujourd’hui, Israël représente pour l’Allemagne l’un de ses plus importants partenaires de coopération. Israël a coopéré en effet avec l’Allemagne dans près de 40% de ses projets du précédent Programme cadre européen pour la recherche (5ème PCRD).
Israël est membre associé de ce programme de R&D depuis 1996. La dernière coopération en date entre les deux pays est le lancement du programme BIO-DISC dans le domaine des biotechnologies, le 8 mars 2004.
Cette coopération prend parfois des chemins surprenants. En 1990, Israël cherchait à remplacer sa flotte vieillissante de submersibles de la classe « Gal ». Après avoir tenté vainement d’obtenir de nouveaux sous-marins US au prix le plus bas, les Israéliens se sont tournés vers l’Allemagne. Cette dernière a accepté de construire et fournir gratuitement deux submersibles de la classe « Dolphin » tout en offrant des facilités de paiement pour le troisième. Ces bâtiments devaient être équipés, à la demande du client, pour recevoir le missile US « Harpoon E ». L’opération a eu pour résultat de mieux ancrer les partenariats technologiques et scientifiques israélo-allemands. Certaines sources estiment que les échanges dans le domaine militaire entre les deux pays sont aussi importants que ceux entre l’Inde et Israël (soit plusieurs milliards de dollars).
Ainsi, cette coopération scientifique, douloureuse à ses débuts, est de nos jours très productive : d’un côté Israël a permis après la Deuxième guerre mondiale de donner une sorte de légitimité à l’Allemagne post-nazie et de réintégrer ses scientifiques dans l’arène internationale ; de l’autre, l’Allemagne sert d’allié majeur à Israël afin qu’il participe aux projets de coopération scientifique de l’Union européenne.






