L’année écoulée aura prouvé, une fois de plus, que si l’économie israélienne va bien, sa population a du mal à suivre le rythme soutenu de la croissance et de la prospérité. L’an passé aura confirmé aussi les capacités de résistances de l’économie d’Israël aux turbulences internationales. 2011 est une année qui a commencé en fanfare, mais qui s’est achevée par une douche froide. Le pays a dû subir de nombreuses poussées de fièvres économiques, avec des retombées sociales, financières et immobilières.
Fièvre économique. Avec 4,8% de croissance en 2011, Israël fait figure d’exception parmi les pays industrialisés. Certes, l’horizon s’assombrit mais Israël échappera à la récession en 2012 avec une prévision de croissance de 2,8%. En revanche, l’économie israélienne dispose de nombreux atouts qui lui ont permis de traverser la tempête mondiale avec un minimum de dégâts: un système bancaire fortement capitalisé et peu endetté, une industrie de haute technologie qui attire les investisseurs internationaux et une capacité d’innovation qui constitue un moteur majeur de la productivité. Bref, Israël se positionne dorénavant comme un « pays de start-ups », associée à une économie développée et moderne, attractive pour les capitaux étrangers.
Fièvre sociale. La « révolte des tentes » aura été l’événement marquant de l’année écoulée. Pour la première fois dans l’histoire sociale du pays, près d’un million d’Israéliens sont descendus dans la rue pour protester contre le coût de la vie. Face aux manifestations massives et au boycott de certains produits alimentaires, le gouvernement a fini par céder: des premières mesures fiscales et immobilières ont été prises pour alléger le coût de la vie sur les classes moyennes. La contestation des Indignés israéliens a remis à l’ordre du jour le débat concernant le jeu de la concurrence dans l’économie et la place des grands groupes familiaux: ceux-ci jouent toujours un rôle considérable dans le secteur financier ainsi que dans de nombreuses autres branches d’activité.
Fièvre financière. Malgré la bonne santé de son économie réelle, Israël a été entraîné dans la crise financière internationale. Après deux années de résistance, la Bourse de Tel Aviv s’est effondrée: en 2011, l’indice TA-100 a perdu 20% tandis que l’indice des valeurs immobilières a chuté de 23%. En un an, la place boursière de Tel Aviv a effacé 200 milliards de shekels, soit 40 milliards d’euros. Les “Tycoons” israéliens sont les principales victimes de la crise financière mondiale: ils ont vu leur endettement s’envoler et ils souffrent cruellement d’un manque de liquidités. Les plus médiatisés d’entre eux, comme Itzhak Techouva (immobilier et énergie), Nohi Dankner (consortium IDB), Yossi Maiman (Ampal-American Israel Corporation) et Ilan Bendov (télécoms) totalisent, ensemble, une dette cumulée d’environ 10 milliards de shekels (2 milliards d’euros). Aujourd’hui, ils demandent à leurs créanciers un moratoire partiel de leurs dettes, ce qui leur permettrait de sauver leurs activités les plus rentables.
Fièvre monétaire. Le marché des devises n’a pas été épargné par la crise mondiale: après avoir amassé d’énormes réserves en devises (80 milliards de dollars), la Banque d’Israël a lâché du leste en renonçant à soutenir le dollar. La crise européenne de la dette est arrivée “à point nommé” pour contribuer au renforcement du billet vert: au cours de 2011, la monnaie israélienne a laissé 8% au dollar et 4% face à l’euro. La dépréciation du shekel est une bonne nouvelle pour les industriels israéliens qui améliorent la rentabilité de leurs exportations.
Fièvre immobilière. En 2011, la bulle immobilière a continué à enfler en raison de l’écart persistant entre une forte demande de logements et un rythme insuffisant de construction. Et c’est la pénurie de logements petits et bon marché qui a provoqué la « révolte des tentes » au cours de l’été dernier. L’an passé, le rythme moyen d’augmentation des prix de l’immobilier s’est situé à environ 15%, mais avec une inflation bien plus élevée dans les villes les plus demandées. Aujourd’hui, la Banque d’Israël estime que tous les facteurs sont réunis pour une baisse des prix de l’immobilier, comme l’augmentation des mises en chantier, le recul des taux d’intérêt et la baisse de la fiscalité foncière.
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En ce début de 2012, de nouvelles sources de fièvres pointent à l’horizon: les écarts de revenus, la faiblesse persistante des bas salaires et le taux élevé de pauvreté demeurent les enjeux essentiels de la politique économique et sociale du gouvernement israélien pour l’année qui commence.
Jacques Bendelac (Jérusalem)






