ISRAELVALLEY. "TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS". Le Ministère des Finances veut appliquer ce slogan à de nombreuses professions: médecins, enseignants, etc

Rubrique
Economie
Par
Jacques Bendelac
Publié le
13 juin 2011

Alors que la grève des médecins se poursuit depuis plus de deux mois, le Trésor tente d’appliquer à de nombreuses catégories professionnelles une nouvelle formule: « travailler plus pour gagner plus ». Si ailleurs, le salarié travaille moins sans baisse de salaire, en Israël il est prié de travailler plus pour gagner plus. Sans le savoir, le ministère israélien des Finances reprend ainsi le slogan de Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne présidentielle de 2007: il s’agissait alors de critiquer les 35 heures instituées par le gouvernement socialiste quelques années plus tôt et qui visaient à un partage du temps de travail. Seulement voilà: en Israël, les conventions collectives fixent la durée légale du travail à 43 heures, soit très loin des 35 heures à la française. Il n’empêche que le Trésor entend conditionner les revalorisations de salaire à une augmentation du temps de travail. Les « victimes » de cette nouvelle philosophie économique sont nombreuses: médecins hospitaliers, enseignants, etc.

Médecins: pointer les heures de présence
L’interminable grève des médecins hospitaliers, déclenchée il y a plus de deux mois, bute sur les exigences du Trésor: en échange d’une augmentation de salaire qui reste à déterminer, le Trésor exige des médecins de pointer leurs heures de présence au travail, comme le font les autres salariés. Pour le ministère des Finances, l’objectif est clairement annoncé: il s’agit d’accroître la durée du travail des médecins dans les hôpitaux publics et de réduire leurs heures de consultations privées. Ceux qui accorderont davantage de leur temps à la médecine publique seront mieux payés.

Enseignants: plus d’heures à l’école
La nouvelle convention collective, que les enseignants du secondaire ont signé l’an passé avec le Trésor, est basée sur le même principe de « travailler plus pour gagner plus »: en échange d’une augmentation da salaire de 42%, les enseignants se sont engagés à accroître leur présence à l’école de 16 heures supplémentaires par semaine. Ces heures sont consacrées à des réunions de maitres, à des rencontres avec les parents, à des cours de soutien, etc. Le Trésor tente aujourd’hui de calquer cet accord avec les autres syndicats d’enseignants.

Travailleurs sociaux: allongement de la durée de travail
Certes, l’argument de rendre le travail plus « efficace » en payant mieux les heures supplémentaires ne peut pas s’appliquer à toutes les professions. En mars dernier, par exemple, les travailleurs sociaux ont reçu une augmentation de salaire de 22% en moyenne. Leur temps de travail a été réaménagé, permettant aux travailleurs sociaux à temps partiel de travailler davantage: ceux qui sont employés à 50% d’un temps plein verront leur poste relevé jusqu’à une durée égale à 75% d’un temps complet. En contrepartie, les travailleurs sociaux travailleront une heure et demie de plus par semaine qui ne sera pas payée au tarif des heures supplémentaires.

D’autres catégories visées
Ces dernières semaines, le Trésor tente d’appliquer la formule de « travailler plus pour gagner plus » avec d’autres professions, mais avec un succès plus mitigé. Il s’agit notamment des salariés de l’Office public de Radiotélévision, des fonctionnaires de l’Administration des Terres domaniales, des professeurs d’Université, etc. De même, les réformes proposées aux salariés de l’Autorité portuaire et de la Compagnie nationale d’Electricité sont basées sur le même principe d’augmentation du temps de travail: pour l’heure, les salariés s’y opposent, craignant un début de privatisation. En revanche, les rabbins des grandes villes viennent de se voir accorder une augmentation de 146% sans avoir besoin de prouver qu’ils travailleront plus.

Dans la fonction publique aussi, le Trésor a mis en œuvre une mini-révolution dont le but est clairement avoué: il s’agit d’empêcher les fonctionnaires de réclamer une augmentation de salaire pour toute tâche supplémentaire qui leur est demandée. L’emploi à vie a été supprimé; il est remplacé par des contrats de travail à durée déterminée et au salaire global, sans indemnisation des heures supplémentaires. Décidément, Israël refuse de suivre le mouvement de baisse de la durée du travail qui touche la plupart des pays occidentaux.

Jacques Bendelac (Jérusalem)

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