Sans oublier la plupart des partenaires occidentaux de l’Autorité palestinienne qui semblent avoir du mal à décrypter l’événement. D’autant plus que la cérémonie officielle, tenue hier au Caire, a donné lieu à des attitudes guindées, des sons de cloches discordants et à de vagues intentions. Comme si les grands ordonnateurs de la fête (l’Egypte et le Qatar) avaient privilégié le spectacle au détriment du texte. Une impression renforcée par le fait que la télévision publique égyptienne s’est gardée d’une retransmission en direct pour offrir aux téléspectateurs, une heure plus tard, une version en différé.
Peut-être bien parce que l’on n’efface pas d’un revers de main quatre années de violences, d’agressions verbales, de haine déclarée. Peut-être aussi parce les forces de sécurité de l’Autorité palestiniennes agissent comme si elles n’avaient jamais entendu parler de réconciliation. Au cours de ces derniers jours, elles ont démantelé une importante cache du Hamas dans la région de Naplouse, contenant des armes et des explosifs et, pas plus tard qu’avant-hier, elles ont arrêté l’un des dirigeants du Hamas pour la Cisjordanie…
Cela dit, le plus urgent est… d’attendre. Les deux parties se sont données un an pour l’organisation d’élections législatives et présidentielles avec, dans l’intervalle la mise en place d’un gouvernement d’experts. Mais peut-on diriger en laissant les politiques sur la touche ? Une indication sera donnée par la nomination du premier ministre de ce gouvernement.
Nul n’ignore que l’actuel tenant du titre, Salam Fayed, était l’interlocuteur privilégié du Quartette et des institutions financières internationales. Il était considéré comme l’artisan de la mise en place des structures du futur Etat palestinien, ainsi qu’un partisan inconditionnel du dialogue pour parvenir à la création de cet Etat. Et pour ces raisons justement, il est honni par les dirigeants du Hamas, tant à Gaza qu’à Damas.
Attendre et voir, donc. Curieusement (mais pas tant que ça finalement), l’attentisme vient d’être prôné par Yuval Diskin, le Directeur sortant des services israéliens de la Sécurité intérieur (le Shabbak). Au cours d’une causerie avec les correspondants militaires, il s’est dit d’avis que les réactions à l’accord de réconciliation palestinien étaient quelque peu disproportionnées. Et d’ajouter : « Je ne vois pas une concrétisation de cet accord intervenir dans les prochaines années.
Le Fatah n’acceptera pas une immixtion du Hamas dans la gestion de la Cisjordanie et le Hamas lui rendra la politesse dans la bande de Gaza. De plus, le Hamas n’acceptera pas de se plier aux exigences européennes et américaines (NDLR. Tony Blair, envoyé spécial du Quartette, a rappelé hier soir que toute reconnaissance du Hamas passait par l’acceptation par celui-ci des conditions fixées par le Quartette soit, en gros, s’aligner sur la politique menée par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et Salam Fayed.) L’effet principal de la dramatique qui s’est tenue hier au Caire est qu’elle a effectivement eu lieu. Je pense donc que les chances sont des plus faibles de voir cette réconciliation se concrétiser au cours des prochaines années. »
L’avis d’un expert. Mais l’opinion négative du premier ministre Binyamin Netanyahou, répétée hier soir à Londres où il s’entretenait avec son homologue britannique (il sera reçu aujourd’hui à l’Elysée par le président Sarkozy), est somme toute de bonne guerre politique. Son souci principal est de contrer la démarche palestinienne visant à la reconnaissance d’un Etat palestinien lors de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre prochain. En ce sens, le retour du Hamas sur l’avant-scène politique palestinienne est une occasion en or. Et Binyamin Netanyahou ne l’a pas laissée passer. A juste titre, car le Hamas – et Khaled Meshal l’a illustré hier dans son discours – vise à l’éradication de l’Etat d’Israël (et à la suppression de l’Autorité palestinienne) pour instaurer une république islamiste en ses lieu et place.
Mais, dénoncer, critiquer, voire s’opposer est une chose, qui ne tombe pas forcément dans l’oreille de sourds. Amener ses interlocuteurs à changer de cap en est une toute autre, dans la mesure où l’actuelle direction politique du pays est taxée d’immobilisme outrancier. C’est, d’ailleurs, ce que laissent entendre les pros de la diplomatie israélienne, qui n’hésitent pas à prôner une initiative incluant une reconnaissance de l’Etat palestinien, avant même que la question soit portée devant l’Assemblée générale de l’ONU.






