ISRAELVALLEY. LES RIVIÈRES D'ISRAEL S'ASSÈCHENT MAIS LA PÉNURIE D'EAU MINÉRALE EST ÉVITÉE DE JUSTESSE: dorénavant, l'eau minérale sera prélevée dans des nappes souterraines

Rubrique
Agroalimentaire
Par
Jacques Bendelac
Publié le
5 mai 2011
Mots-clé
Israel Eau Risque de pénurie Ein Zahav Eden Springs

RÉVÉLATION – Le commerce de l’eau minérale naturelle est une véritable poule aux œufs d’or pour les fabricants israéliens: l’eau en bouteille draine plus d’un milliard de shekels par an, soit 250 millions d’euros. Or, que faire lorsque les eaux de source s’assèchent? Les sociétés israéliennes d’exploitation ont trouvé une solution de remplacement: dorénavant, elles prélèveront leurs “eaux minérales” dans des nappes souterraines et non plus dans les rivières. Le ministère israélien de la Santé a approuvé les nouveaux pompages et il semble même les encourager. Quant au consommateur, on évite de l’informer de l’origine exacte de l’eau, par crainte d’une baisse des ventes.

Risque de pénurie

Jusqu’à présent, les deux grandes sociétés israéliennes Mei Eden et Néviot prélevaient leur eau minérale naturelle dans les rivières de Galilée et du Golan. Néviot puise son eau de “Ein Zahav”, un cours d’eau de Haute-Galilée, près de Kiriat-Shmona; Mei Eden (ou Eden Springs) prélève son eau naturelle de la source dite “Salukia spring” sur le plateau du Golan. Seulement voilà: après plusieurs décennies d’exploitation, ces deux sources d’eau ont fini par s’assécher. Le faible débit fournit une eau polluée et impropre à la consommation.

Ces derniers mois, on a même frôlé la pénurie: Mei Eden et Néviot ont dû fréquemment interrompre la mise en bouteille de l’eau pour cause de pollution des sources d’eau. Ce fut un coup dur pour le consommateur israélien qui a pris l’habitude de boire de l’eau minérale à la place de l’eau du robinet. L’Israélien boit 90 litres d’eau minérale par an; c’est moins que les Français qui sont parmi les plus grands consommateurs d’eau minérale dans le monde (200 litres d’eau par an), mais c’est un marché en forte expansion.

Des puits à la place des rivières

Les sociétés exploitantes ont trouvé une solution à la pénurie qui menace: il s’agit de creuser des puits souterrains dans les environs qui fourniront l’eau naturelle dont raffolent les Israéliens. Néviot est donc devenue la première société israélienne d’eau minérale à prélever son eau à partir des nappes souterraines; Mei Eden est en train de la suivre.

Du côté de Néviot, des pompages expérimentaux ont déjà été réalisés; selon le maire de Kiriat-Shmona, Neviot a reçu les autorisations nécessaires du ministère de la Santé pour l’exploitation de l’eau souterraine et la société est en passe de poser des canalisations qui conduiront l’eau puisée sous terre jusqu’à son usine de traitement.

Chez Mei Eden, on explique que pour l’instant, le pompage souterrain n’est que provisoire; l’autorisation accordée par le ministère de la Santé ne concernerait que les “pompages d’urgence”. Il n’empêche: lorsque la source de “Salukia spring” va s’épuiser totalement, il faudra bien la remplacer pour continuer à remplir les bouteilles en plastique.

Riche en minéraux

Pour le ministère de la Santé, l’eau tirée de puits souterrains présentent de nombreux avantages sur l’eau de source: elle est plus riche en minéraux et elle est plus propre du fait qu’elle n’est pas en contact avec l’air extérieur et les animaux sauvages.

Il n’empêche que l’exploitation de l’eau minérale est aussi une histoire de « gros sous ». C’est un marché qui a drainé, en 2010, 1,3 milliard de shekels (250 millions d’euros). Non seulement les sociétés exploitantes y trouvent leur compte, mais aussi beaucoup d’intermédiaires qui perçoivent des redevances, y compris l’Etat et les municipalités concernées.

Jacques Bendelac (Jérusalem)

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