“Jewish connection” du réalisateur américain Kevin Asch qui paraît sur les écrans en cette mi-février 2011 s’inspire de faits réels puisqu’à la fin des années 90 a eu lieu un énorme trafic de pilules d’ecstasy qui étaient acheminées d’Amsterdam à New York par des juifs orthodoxes recrutés à leur insu. Le film raconte comment Sam Gold, le personnage principal de l’histoire, juif orthodoxe de 20 ans, futur rabbin et employé dans le magasin de tissus de son père, passe du milieu familial et communautaire strictement limité par les quatre coudées de la pratique juive, au monde des boîtes de nuits, de la prostitution, des trafics en tous genres et de l’argent facile et sale.
De porteur de valises pleines d’ecstasy puis d’autres drogues entre la Hollande et son pays, il deviendra recruteur et il bouleversera sa vie et celle de plusieurs membres de son réseau.
La descente aux enfers sera intégrale et tout l’art du réalisateur est de montrer la modification lente, progressive, inéluctable de la personnalité, des comportements, de la morale personnelle et de l’apparence physique du jeune homme appâté par l’argent et le désir d’émancipation. Seule la fin, qu’on ne dévoilera pas ici, est rédemptrice mais elle vient trop tard dans l’itinéraire de Sam et la chute sera dure, très dure.
Quelques moments forts ou symboliques ponctuent cette chronique d’une perdition individuelle : les discours du rabbin relatifs à l’épisode d’Adam et Eve et au feu qui tua les fils d’Aaron ; le « chidouh » (rencontre en vue d’un mariage) qui rate ; le don de la première pilule d’ecstasy par le truchement d’un baiser sur la bouche avec Rachel, la compagne du chef des dealers ; la traversée en courant très anti-abrahamique d’un pont suspendu entre deux rives dont la seconde est la « liberté » ; la coupe de ses papillotes et surtout à la fin, alors qu’il s’apprête à partir pour Amsterdam et qu’il s’est depuis un certain temps dépouillé des signes vestimentaires extérieurs de son ultra orthodoxie première, un membre du mouvement Habad qui l’interpelle dans la rue et lui demande de mettre les tefilin…
Il semble que le réalisateur ait retenu le parti de l’amorti et de la demi-teinte pour caractériser l’ambiance générale de son film ; la violence est en effet très localisée, l’agressivité contenue, les scènes de rue très mobiles, passantes. Il n’y a pas de suspense, encore moins de pathos. Quant aux personnages, ils ne semblent pas encore complètement sortis d’une adolescence certes dotée de quelques rallonges. La prestation de Jesse Eisenberg dans le rôle de Sam est intéressante, tout comme celle de l’actrice Ari Graynor qui incarne Rachel et dont le rôle paradoxal est d’assurer auprès de Sam une présence bienveillante et positive qui hâtera sa perdition.
A défaut d’être un grand film, « Jewish connection », qui a obtenu le Prix Révélation Cartier Deauville 2010 est un bon film qui aborde à sa manière et avec une certaine honnêteté des problèmes qu’une conscience morale se pose quotidiennement, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites.
Samuel Nathan
ISRAELVALLEY
Américain (1h29). Réalisation: Kevin Asch. Scenario : Antonio Macia. Directeur de la photographie : Ben Kutchins. Compositeur : Mj Mynarski. Avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Graynor, Dannny Abeckaser.






