L’innovation au cœur du développement industriel
L’état d’Israël a fondé son développement industriel (dirigé sous la tutelle du Chief Scientist Officer du Ministère de l’Industrie), sur ses capacités de R&D. L’idée était de créer une industrie sophistiquée, innovante et tournée vers l’extérieur. Ainsi, l’état apporté une aide financière aux projets exécutés par des acteurs privés (dans quelque domaine que ce soit) sur son territoire.
Cette politique visant à subventionner la R&D privée a permis à Israël de devenir l’un des principaux centre d’innovation technologique au monde. Faut-il le rappeler ? La R&D civile représente 4,8% du PIB israélien, ce qui place l’état hébreu de loin au premier rang mondial pour ce qui est de l’intensité de la recherche qui s’y déroule. Le second, la Suède, est à 4,1% et la moyenne de l’OCDE est de 2,1% (ce qui correspond au score français).
Il ne faut, de même, pas s’extasier à propos du fait qu’Israël soit si bien représentée au Nasdaq (elle y compte plus de sociétés qu’aucun pays européen) : certes, ceci prouve la compétitivité de nombreuses de ses entreprises, cependant, c’est là le résultat d’une politique économique délibérément tournée vers l’extérieur, en particulier vers les capitaux étrangers. D’autres états comme l’Irlande ou Taiwan ont eux-aussi développé un secteur high-tech florissant, mais sans chercher à le tourner vers les capitaux étrangers dans la mesure de ce qui s’est passé en Israël. Taiwan, particulièrement, a nettement favorisé les réseaux de financement nationaux.
Israël représente une trajectoire de développement assez unique, puisque c’est le seul cas où l’Etat a, très tôt, cherché à créer des alliances (en particulier israélo-américaines) où ce serait le partenaire israélien qui se chargerait de la R&D et l’entreprise étrangère des fonctions de vente et de marketing. Ainsi, alors que l’Irlande ou la majorité des Tigres Asiatiques ont commencé par vouloir attirer des unités de productions des firmes multinationales sur leur territoire, Israël voulait attirer leurs centres de R&D. L’état hébreu a également favorisé les alliances entre le capital risque étranger (surtout américain) et le local, accroissant encore l’orientation internationale de ses jeunes entreprises.
On peut ainsi comprendre comment Israël est devenu l’un des endroits au monde où les grandes entreprises investissent le plus en R&D. C’est le résultat de la stratégie d’un état clairvoyant qui a tiré à la fois profit de l’afflux de personnel qualifié de l’ancienne URSS et de la tendance croissante pendant les années 1990 à la fragmentation de la chaîne de production. C’est d’ailleurs un point particulier de ce dernier phénomène, la volonté des entreprises internationales à délocaliser leur R&D qui a fait la différence. Ainsi, une étude du MIT de 1999 montre que dans la période 1991-1999 seulement, la part de la R&D que les multinationales réalisent hors de leur région d’origine est passée de moins de 25% à plus du tiers. L’état israélien s’est très bien positionné pour devenir l’un des grands bénéficiaires de cette tendance.
Conséquences économiques et sociales de ces choix
Ce petit retour « vers les fondamentaux » du développement industriel israélien est intéressant à plus d’un titre, car il permet de comprendre beaucoup d’éléments de l’actualité économique et sociale du pays.
D’abord, le rachat, très régulier, de jeune entreprises israéliennes par des multinationales américaines est un processus naturel du fait de l’ouverture du capitalisme national et de sa spécialisation dans l’innovation. Les grandes entreprises, dans plusieurs secteurs de haute technologie, se doivent d’être présent dans l’état hébreu ne serait-ce que pour des raisons de veille technologique et de veille commerciale. Israël est tout simplement devenu un des endroits dans le monde où apparaissent les technologies et les concurrents de demain.
D’autre part, contrairement à l’Irlande (dont la priorité était l’emploi), Israël (dont la priorité était l’innovation) n’a pas cherché à attirer les unités de production des entreprises multinationales. Comment s’étonner donc qu’Israël soit devenu un état extrêmement innovant (loin devant l’Irlande dans de nombreux domaines) mais qui souffre de tels problèmes de pauvreté et de chômage ? Israël se retrouve en ce moment dans une situation paradoxale : elle doit faire face à une véritable pénurie d’employés de la high-tech alors même que les chiffres du chômage sont en augmentation. Les fondamentaux même de son économie n’offre que trop peu de chances à la main d’œuvre la moins qualifiée.
Enfin, il est possible à travers ces quelques points de donner au débat actuel autour de la fuite des cerveaux une nouvelle dimension. Israël n’est certes pas un pays qui manque de docteurs et autres ingénieurs (elle est de loin le pays qui en est le plus densément peuplé). Cependant, sa spécialisation « à la frontière technologique » l’oblige à développer des universités qui puissent attirer les meilleurs chercheurs et donc la place en directe concurrence avec les grandes universités américaines. La volonté israélienne d’être à la pointe de l’innovation dans des domaines aussi variés que les technologies de l’information et des communications, les sciences de la vie, la sécurité, les technologies agricoles et liées à l’eau, l’électricité solaire, etc. doit forcément conduire le pays à offrir aux experts dans ces domaines des conditions de vie et de travail qui puissent rivaliser avec le reste du monde.


