Pour Véolia, l’entreprise française qui prend part au projet, c’est avant tout une vitrine technologique : l’usine produit une eau non seulement de très haute qualité mais en plus à un prix très compétitif puisque le coût du mètre cube à la sortie n’est que de 0,5€.
Pour Israël, l’usine répond à un double objectif. Il s’agit d’abord de diminuer la dépendance en eau de l’état hébreu : la consommation d’Israël provient de ressources naturelles limitées, peu sûres (fortes variations annuelles) et disputées (comme le Jourdain). L’acheminement d’eau douce de l’étranger (Turquie) est également à l’étude.
Au delà de sa propre consommation, Israël compte également sur ce projet pour développer son savoir-faire dans un marché d’avenir : celui des technologies liées à l’eau. D’après Mekorot, l’entreprise israélienne de gestion des eaux, ce marché pourrait atteindre d’ici quelques années près de $400 milliards par an du fait du manque croissant du monde en eau potable.
L’usine de dessalement de l’eau d’Ashkelon n’est donc pas une usine comme les autres, mais bien une nécessité nationale ainsi qu’un porte drapeau pour les industriels qui y ont participé. C’est également un symbole important : celui d’une collaboration technologique franco-israélienne réussie. C’est pour toutes ces raisons qu’IsraelValley est parti à la rencontre de Daniel Lafon, le Directeur de la société en charge de l’exploitation du site.
M. Lafon, pouvez-vous nous expliquer comment s’articule la coopération franco-israélienne dans ce projet ?
C’est une organisation classique pour un BOT . Nous (Véolia) avons bâti avec nos deux partenaires israéliens (IDE Technologies et Dankner) une joint-venture qui possède l’usine et vend l’eau produite à l’état israelien. Nous ne sommes présents qu’à hauteur de 25% dans cette structure. Cette joint-venture (appelée VID) a contracté deux autres joint-ventures franco-israéliennes : l’une (dans laquelle nous possédons 50%) est responsable de la construction du site et l’autre (dans laquelle nous possédons 55%) est responsable de son exploitation.
Je suis le directeur de cette dernière et le seul français parmi la quarantaine d’employés permanents du site. Je bénéficie en outre de l’aide de 5 VIE (volontaires internationaux en entreprise) et d’un stagiaire de France pour nous aider dans la période de démarrage.
Quelle est votre impression sur le travail en Israël ? Qu’en est-il de vos relations avec vos employés israéliens ?
Il y a évidemment des différences culturelles. Les Israéliens ont d’abord une culture de l’oral, sont très adaptatifs et n’hésitent pas à improviser, alors que nous mettons plus l’accent sur l’organisation et la gestion. A part cela, nous travaillons ensemble dans une très bonne atmosphère.
Pour ce qui est de la vie en Israël, c’est un pays moderne et occidental. La seule différence avec ce que l’on peut trouver en Europe, c’est que l’on entend de temps en temps sonner l’ « alerte rouge » signalant l’arrivée de Quassams de la bande de Gaza. Nous ne sommes qu’à 13 km de la frontière et juste à côté de la grande centrale électrique d’Ashkelon, nous sommes donc aux premières loges pour assister aux aléas de l’actualité.
Quel enjeu Israël représente-t-il pour les entreprises françaises d’après vous ?
Le groupe Véolia est très présent en Israël. Que ce soit à travers ses filiales Onyx (collecte et traitement des déchets) et Connex (gestion de réseaux d’autobus et du futur tramway de Jérusalem), mais aussi dans l’énergie et maintenant dans l’eau, nous sommes définitivement là. Au sein de la zone Proche et Moyen-Orient, Israël représente un cas particulier. C’est un pays fiable, moderne, occidental et ouvert. Notre présence ici est donc naturelle.
Par contre, c’est un petit pays et donc peu stratégique si l’on s’en tient à la taille du marché. L’attrait d’Israël provient beaucoup de sa maîtrise technologique, de son savoir-faire, de sa volonté d’investir dans des technologies d’avenir, comme cette usine de dessalement de l’eau de mer.
Le coût du dessalement de l’eau de mer a été divisé par 4 ces 10 dernières années. Cette tendance va-t-elle se poursuivre ?
A court terme c’est peu probable. Avec un coût de 0,5€/m3 cette usine a atteint un niveau de productivité qu’il sera difficile de dépasser : ce qui coûte le plus cher dans son fonctionnement est encore l’énergie, et nous avons déjà optimisé sa récupération à plus de 95% !
La principale baisse de coût que l’on puisse imaginer à l’avenir proviendrait de l’amélioration des membranes (qui filtrent, entre autre, le sel), mais il semble difficile d’imaginer que cela puisse baisser significativement le prix final du mètre cube.
Quelle est votre opinion sur l’évolution de la politique de l’eau en Israël concernant par exemple le canal Mer Rouge – Mer Morte ou l’importation d’eau de Turquie ?
Ces projets répondent à des problématiques plus politiques qu’économiques.
A mon avis, l’avenir de l’approvisionnement d’Israël en eau sera très probablement le dessalement. D’ailleurs, de nombreux projets sont actuellement en cours comme la construction à Hadera d’une autre usine du même type que celui d’Ashkelon et d’autres projets de taille moindre.



