FRANCE ISRAËL - Succès de la mission Life Science

Rubrique
Coopération
Par
Maxime Perez
Publié le
29 octobre 2009

Arrivés dimanche 25 octobre, une quarantaine de chefs d’entreprises françaises se trouvaient cette semaine à Tel Aviv afin de rencontrer les grands patrons israéliens du secteur pharmaceutique, biotech et cosmétique notamment. Membre éminent de la CCFI, Olivier Safir est celui qui a permis la réalisation de cette dernière mission Life Science entre la France et Israël. Pour cet avocat franco-américain de 37 ans que la carrière a déjà mené aux quatre coins du monde, le marché israélien des sciences de la vie représente un formidable potentiel pour la France. Il en explique les raisons et revient sur les temps forts de cette visite…

Olivier Safir, comment vous est venue l’idée de mettre en place une rencontre franco-israélienne autour de l’industrie des sciences de la vie ?
Ma démarche est celle d’un entrepreneur. La dynamique de coopération franco-israélienne est réelle, de nombreuses visites et colloques sont régulièrement organisés. Les bonnes intentions sont là mais la conversion en résultats industriels ne s’opère pas toujours. J’estime à ce titre que la marge de progression reste énorme.

Quel est votre objectif ?
Mon objectif découle du constat que je viens de vous dresser. J’ai fait en sorte que des chefs d’entreprises, Français et Israéliens, puissent se réunir pour mettre en place des coopérations industrielles, commerciales et R&D (recherche et développement). Dans cette optique, je ne peux que me réjouir de la venue de France Biotech et du LEEM*.

Comment les entreprises françaises que vous avez contactées ont-elles réagi à ce projet ?
J’ai donné la priorité à des entreprises qui ne sont présentes sur le marché israélien ou qui ne le connaissent pas. Mon idée était de leur ouvrir de nouveaux horizons et par là même, de nouvelles opportunités. La perspective de rencontrer directement des patrons israéliens a plu. Souvent, les rencontres « one to one » ne se font qu’en marge de conférences ou autour de stands.

Pour vous, quel a été le temps fort de cette visite ?
Indiscutablement, il s’agit de la rencontre, lundi, avec Elie Horovitz, figure légendaire de TEVA et de l’industrie pharmaceutique israélienne. Il nous a chaleureusement accueilli dans sa nouvelle usine à Jérusalem, entièrement automatisée. Son charisme a littéralement bouleversé le groupe de 45 délégués français.

Que s’est-il passé ensuite ?
Nous avons organisé un cocktail « networkwing ». Huit sociétés israéliennes, parmi les plus innovantes dans le secteur des sciences du vivant, sont venues se présenter à la délégation. Cette opération séduction a fonctionné puisqu’à l’arrivée, certaines de ces entreprises ont conclu des rendez-vous avec Sanofi Pasteur, Sanofi Aventis, les laboratoires Genevrier et même des investisseurs français comme la banque de Vizille. Pour l’anecdote, au cours de ces rencontres, chaque délégué a échangé en moyenne une soixantaine de cartes de visite. C’est impressionnant.

La journée de mardi a notamment été consacrée au transfert de technologie. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Effectivement, l’ensemble des académies israéliennes se sont déplacées : l’université hébraïque de Jérusalem, celles de Bar Ilan et de Tel Aviv, l’institut Weizmann, le Technion, etc. Au total, une quinzaine de responsables du domaine de transfert de technologie sont venus présenter leur modèle. Israël est un exemple de ce que peut donner la recherche universitaire lorsqu’elle est exploitée à des fins industrielles. Là aussi, les échanges ont été très productifs.

Quel potentiel représente justement le marché israélien de la science du vivant en matière de coopération et d’investissement ?
Israël est clairement une référence en matière d’investissement de transfert de technologie. Son cas est cité en exemple dans le monde entier. A l’instar du MIT aux Etats-Unis, “Yeda” et "Yissum"** en Israël amassent chaque année des milliards de dollars. En France, si la recherche fondamentale est l’une des plus avancées, elle ne rapporte pas autant d’argent. Pour revenir à Israël, la faculté des entreprises locales à innover intéresse les fabricants et distributeurs de médicaments ou de cosmétiques en France, y compris les laboratoires de recherche. Le marché israélien constitue une cible de choix pour les entreprises françaises qui peuvent décider d’investir, d’acquérir, voire de licencier des produits. Il faut rappeler aussi qu’Israël dispose du pourcentage le plus élevé de dépenses en R&D par rapport à son PNB et se classe au premier rang mondial. Cette seule donnée justifierait que toute la planète investisse ici.

Ce n’est pourtant pas le cas…
C’est vrai, certaines entreprises et investisseurs ont encore des réticences à s’implanter en Israël. Le message de cette visite, c’est également d’apprendre à considérer Israël en termes « business » uniquement. La dimension géopolitique et le conflit israélo-palestinien ne sont à aucun moment intervenus dans les débats. Je tiens également à préciser que la centaine d’entreprises françaises contactées pour ce voyage ne m’ont jamais fait part d’appréhensions particulières.

Quelles ont été les réactions des délégués d’entreprises une fois arrivés en Israël ?
Du point de vue « business », les opportunités que cette visite a créées sont allées bien au-delà des espérances. Sur un plan plus personnel, certains délégués m’ont confié qu’ils se verraient bien travailler ici. Culturellement, Israël est très proche de l’Europe. Enfin, cette visite a permis de briser certains a priori. Beaucoup se sont étonnés de ne pas voir des militaires en armes à chaque coin de rue. Cette réflexion est amusante mais révélatrice à bien des égards.

Comment comptez-vous exploiter les retombées d’une telle visite?
A long terme, j’aimerais travailler sur un projet plus large de coopération entre Israël et l’Union européenne, toujours autour de l’industrie des sciences de la vie. A plus court terme, j’envisage d’organiser un voyage retour. Cette fois, l’objectif serait d’inviter les entreprises israéliennes à venir explorer le marché français.

Propos recueillis par Maxime PEREZ

Notes

*LEEM:
Le LEEM, les entreprises du médicament, regroupe les entreprises du secteur de l’industrie pharmaceutique en France. Les entreprises représentées par le LEEM réalisent 98,7% de l’activité du médicament en France.

**Yeda et Yissum:
- _Yeda_rnYeda R&D Company Ltd est l’organe clé du transfert technologique de l’Institut Weizmann.
- _Yissum_rnCréée en 1964 pour protéger la propriété intellectuelle de l’Université hébraïque de Jérusalem, Yissum commercialise les brevets de l’UHJ. Ses ventes de licences sont basées sur des technologies de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Classée parmi les meilleures sociétés de transfert technologique dans le monde, Yissum a déposé 5000 brevets couvrant 1400 innovations et a commercialisé plus de 400 licences.

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