En effet, il existe de nombreux autres exemples où la complémentarité entre des laboratoires français et israéliens a porté ses fruits. Les laboratoires de Serge Cosnier et de Robert Marks respectivement à Grenoble et à Beer sheva en font partie. Présentons ces partenaires et le contexte scientifique propre à chacun.
La région grenobloise est une référence en France en matière de biotechnologies et de nanotechnologies. La création récente de Minatec en fait même un pôle européen. De plus, le nombre d’étudiants (55000 pour Grenoble uniquement) contribue au dynamisme de la recherche de la région. C’est justement dans cet actif vivier que le laboratoire de Serge Cosnier, spécialisé dans l’électrochimie et la chimie des polymères, se développe.
Le laboratoire de Robert Marks, situé en plein cœur de l’université Ben Gurion à Beer sheva, est spécialisé dans la physique des fibres optiques. L’université Ben Gurion s’avère être très impressionnante sous de nombreux aspects. Située en plein milieu du désert, elle rassemble pourtant plus de 17 000 étudiants. De plus, elle dispose de nombreuses possibilités d’interactions grâce à sa proximité avec les pôles industriels de Beer sheva et d’Omer, qui regroupent des start-up de plus en plus nombreuses, et grâce à l’hôpital qui se trouve juste en face ! Enfin le point le plus impressionnant est sans conteste la qualité de l’enseignement et du matériel mis à disposition des chercheurs de cette université. La part et les moyens accordés à la recherche dans cette université feraient probablement de nombreux jaloux en France.
C’est donc tout naturellement que le rapprochement scientifique de ses 2 laboratoires et donc de ses 2 régions, qui dure depuis plus de 9 ans, a porté ses fruits et offre de belles opportunités pour de nombreux domaines d’avenir.
Nous reproduisons ici un article de la CCFI Rhône-alpes, que nous remercions, et qui donne le détail de la coopération et de la complicité évoquée précédemment :
Un départ original
C’est en 1997 que l’attaché scientifique d’Israël contacte l’ambassade française pour obtenir une expertise sur la valeur des laboratoires en Israël, dans le domaine des nanotechnologies et des biocapteurs. L’ambassade contacte alors Serge Cosnier pour qu’il se charge de ladite expertise. Le principal intéressé assiste, dans cet objectif, à une conférence au cours de laquelle il sympathise avec l’organisateur, Robert Marks, de l’Université Ben Gurion à Beer-Sheva. De cette rencontre s’ensuit l’organisation du premier congrès international sur les biocapteurs et les nanobiotechnologies en 1998. Au fil des ans, Robert Marks crée son laboratoire et passe du poste d’assistant à celui de professeur. En parallèle, le scientifique israélien monte des start-ups relatives aux nanobiotechnologies. Entre 2001 et 2004, les deux collaborateurs participent à un même PCRD (Programme Cadre de Recherche et de Développement), avec un chapeau commun relatif à l’énergie, l’environnement et le développement durable, financé par l’Europe sur la dénitrification des eaux. Par ailleurs, les étudiants de thèse des universités israélienne et française bénéficient également de la collaboration des deux hommes : Robert Marks, en tant que « professeur invité », anime ainsi des séminaires en 2004 à l’université Joseph Fourier de Grenoble.
Serge Cosnier et Robert Marks : la complémentarité scientifique pour des cibles médicales
A peu près du même âge, Serge Cosnier et Robert Marks possèdent une formation complémentaire qui leur permet d’unir leurs connaissances dans un objectif médical : le scientifique israélien sait ainsi travailler sur des fibres optiques pour développer des biocapteurs alors que son homologue français opère sur des électrodes. Robert Marks est également biologiste, ce qui a permis récemment d’utiliser des entités plus complexes (génétiquement modifiées). De son côté, Serge Cosnier apporte le savoir-faire de l’électrochimie et des polymères. Cette complémentarité est à l’origine de trois brevets déposés par les deux hommes : le premier, sur les polymères électrogénérés pour l’auto-assemblage, a été subventionné par la start-up israélienne Biopixel en 1999. Le suivant, financé par l’université Ben Gurion de Beer Sheva, a pour concept de fonctionnaliser des fibres optiques par électrochimie à l’aide de polymères électrogénérés (Films organiques obtenus par polymérisation électrochimique de monomères ).
Au financement de l’université israélienne s’est ajouté celui de l’université Joseph Fourier de Grenoble pour le dernier brevet en date, déposé en 2005, qui concerne l’immobilisation des biomolécules dans les alginates électropolymérisables (Gels organiques fonctionnalisés par des entités capables de polymériser par voie électrochimique conduisant à une réticulation interne du gel).
L’organisation de congrès internationaux
Cette coopération a donné naissance à deux comités, scientifique et d’organisation locale, afin de réaliser « une chasse aux sponsors » pour la mise en place de trois congrès France-Israël. Les thèmes proposés : les biocapteurs, les biopuces et les nanobiotechnologies. Le premier se déroule à Beer-Sheva, en Israël, les 27 et 28 octobre 1998. L’événement est alors financé par le ministère des Sciences d’Israël et le ministère des Affaires Etrangères français. L’opération étant un véritable succès, Serge Cosnier et Robert Marks se doivent alors de renouveler l’opération, notamment en France, et de proposer des congrès de plus longue durée. Le deuxième s’effectue à Autrans, dans le Vercors, du 11 au 16 décembre 2000, grâce à un fort soutien financier de l’armée américaine et de l’Europe (US Air Force, European office of Aerospace) et bien d’autres, entraînant une participation importante des scientifiques américains et européens.
Quant au troisième, il a lieu à Eilat du 30 novembre au 4 décembre 2004. Les problèmes majeurs rencontrés par Serge Cosnier et Robert Marks, lors de l’organisation de ces manifestations scientifiques, résident essentiellement dans leur multiplication. L’engouement pour ce genre de congrès ne va en effet pas forcément de pair avec l’attribution des budgets pour les financer !
L’obtention de contrats de recherche
Entre 2000 et 2004, la coopération France-Israël permet d’obtenir des programmes « Arc en ciel ». Mis en place par le ministère des Affaires Etrangères et l’ambassade de France, ces contrats d’une durée de deux ans ont pour but de financer des voyages et des échanges de chercheurs sur courte durée. Deux autres programmes « OTAN » voient également le jour, entre 2000 et 2006, avec des séjours plus longs. L’objectif : le développement d’immuno-capteurs (outils analytiques pour avoir une information précise et rapide sur une substance définie, pour faire directement des analyses dans un milieu réel tel que le sang, les rivières, les nappes phréatiques, etc) optiques ou électrochimiques pour des cibles principalement biomédicales comme le dosage d’anti-corps de l’hépatite C, du choléra et plus récemment de l’ébola.
Un bilan positif et des idées à venir…
Une vingtaine de publications parues notamment dans la revue Analytical Chemistry, trois brevets, trois organisations de congrès internationaux et quatre programmes de recherches, voici en chiffres, le bilan très positif de ces neuf années de coopération scientifique entre la France et Israël. Sans oublier : le développement d’approches novatrices qui combinent l’électrochimie et l’optique pour créer « des immuno-capteurs qui sont aujourd’hui les plus performants en terme de sensibilité dans certains domaines ». Des projets en cours ?
L’organisation d’un congrès international ou européen sur le bioterrorisme pour détecter, à l’aide des biocapteurs, des produits utilisés dans des attaques virales, chimiques etc. Serge Cosnier, dans l’attente de subventions, aimerait réaliser cet intéressant programme en 2007.
Le parcours de Serge Cosnier
En 1983, après une thèse à l’Université Paul Sabatier de Toulouse en Chimie organique, Serge Cosnier entre au CNRS de Grenoble. C’est en 1996 qu’il crée son équipe de recherche en bio-électrochimie. Un an plus tard, il devient directeur de recherche et débute sa collaboration avec Israël. Président du groupe français de bio-électrochimie en 2001, Serge Cosnier est également directeur d’un groupement de onze laboratoires de recherche sur les microbiocapteurs.
Copyright : revue de la CCFI Rhône-alpes n°1 de mars 2006, Cécile Bouhey.



