En 1921, 2000 juifs vivaient sur l’île de Java, certains d’origine hollandaise, d’autres d’origine irakienne. Cette population n’a cessé de décliner jusqu’à aujourd’hui : on comptait 450 juifs en Indonésie en 1957, 50 en 1963 et 20 en 1997. Une petite synagogue restait alors encore en activité dans la ville de Surabaya.
Le rôle marginal qu’occupe l’Indonésie au Moyen Orient provient pour beaucoup de la difficulté qu’ont beaucoup d’Indonésiens à comprendre Israël, qu’ils considèrent souvent comme un état colonisateur ainsi que le révèle le Jakarta Post. Ainsi, le journal écrit qu’une première condition nécessaire à un plus grand rôle du pays au Moyen Orient serait que l’Indonésie reconnaisse l’existence d’Israël.
Le rejet d’Israël proviendrait également d’un rejet général du monde juif, un antisémitisme contre lequel Syafiq Hasyim, député président du Centre International pour l’Islam et le Pluralisme de Jakarta, se bat depuis des années. Ce dernier dénonce en particulier l’attitude anti-israélienne et anti-américaine de beaucoup de ses concitoyens qui ne perçoivent la géopolitique actuelle que comme une guerre de la Oumah (communauté des croyants – i.e. le monde islamique) contre l’Occident.
D’après Fathuri S.R., directeur du magazine islamique Syir’ah et penseur islamique renommé, l’antisémitisme indonésien (et plus généralement musulman) proviendrait également d’une lecture étroite du Coran. ”Il y a un passage dans le Coran qui dit que les Chrétiens et les Juifs n’auront de repos tant qu’ils ne deviendront pas à leur tour musulmans. Les musulmans devraient cependant garder à l’esprit que ceci ne valait que dans un contexte historique particulier et ne devrait pas être extrapolé pour toutes les époques”.
De nombreux intellectuels indonésiens cherchent à secouer les préjugés antisémites et anti-israéliens de la population en rappelant les époques où musulmans et juifs faisaient bon voisinage. Ils rappellent également que les musulmans eux-aussi furent injustes envers les juifs à certaines époques.
A l’heure actuelle, l’Indonésie et Israël n’ont aucune relation diplomatique. Les importations israéliennes en provenance d’Indonésie sont par contre en très forte progression de plus de 50% au premier trimestre 2006 comparé au premier trimestre 2005. En 2005, les importations israéliennes en provenance d’Indonésie ont été de $43,6 millions, en progression de près de 60% par rapport à 2004. Les exportations israéliennes dans le plus grand pays musulman au monde (près de 220 millions d’habitants) sont, elles aussi – bien que dans une moindre mesure – en forte hausse à $14,1 millions en 2005 (+25% par rapport à 2004).
A l’heure où l’équipe indonésienne de Tennis de la Fed Cup (équivalent féminin de la Coupe Davis) ne sait toujours pas si elle obtiendra de son gouvernement l’autorisation d’aller affronter l’équipe israélienne dans l’état hébreu (hasard des calendriers de rencontres sportives), l’Indonésie se trouve devant un choix particulièrement difficile : celui de choisir entre la vision pluralistique d’un Islam modéré qui devrait la conduire à terme à reconnaître Israël ou bien le chemin, plus simple, du préjugé et du racisme.


