Pour améliorer l’état de santé du récif, des moyens existent et sont répartis en deux catégories. D’un côté, la conservation, qui consiste à éliminer ou à limiter les sources de la dégradation, puis laisser la nature recouvrer ses droits et revenir, dans le meilleur des cas, à son état initial. D’un autre côté, la restauration qui consiste elle à réhabiliter activement le récif par action de l’homme, à donner un « coup de pouce » à la nature.
Différentes techniques de restauration sont utilisées. On peut citer la création de récifs artificiels, de différentes formes, tailles, composition, avec un recouvrement ou non de coraux, qui représente un nouvel habitat pour la faune et la flore de l’écosystème corallien. Les récifs artificiels peuvent constituer de nouveaux sites de plongée contribuant à la diminution de la pression de plongée sur le récif naturel.
Une autre méthode de restauration est la transplantation de colonies coralliennes sur le site du récif dégradé. Jusqu’à présent la méthode de transplantation consistait à prélever des colonies ou des fragments de colonies donneuses et de les transplanter directement sur le site dégradé. Cette méthode a le désavantage de dégrader le site naturel et diminue les chances de survie de la colonie mère et ses capacités reproductrices. De plus, une importante mortalité des colonies transplantées directement sur le site dégradé a été observée. C’est pourquoi, une autre méthode a été développée par le Dr Baruch Rinkevich (Institut National d’Océanographie à Haïfa), qui consiste à ajouter une phase d’élevage et d’adaptation des coraux en pouponnière. Cette méthode s’inspire de la restauration des écosystèmes sylvestres et consiste à restaurer la population locale de coraux ainsi que l’architecture tridimensionnelle de l’habitat, dans le but d’offrir des niches écologiques aux espèces colonisatrices. C’est cette méthode que Yael Horosowski (étudiante de Master à l’Université de Rimouski, Québec et au Centre de recherche sur l’eau et les lacs de Haïfa, Israël), et Nathaële Rahmani (volontaire internationale à l’Institut Interuniversitaire des Sciences Marines d’Eilat, sous la direction du Dr Nadav Shashar) ont appliqué à une partie du récif corallien d’Eilat, sur le site de Dekel Beach.
Quelques polypes (individus vivant en colonie au sein du squelette calcaire et constituant le tissu du corail) ont été prélevés sur des colonies mères et élevés en mer sur des filets plongés à 10 m de profondeur.
Au bout de 8 à 24 mois, lorsque les colonies ont atteint une taille propice à la transplantation, elles sont sélectionnées, nettoyées (dépouillées d’éventuels parasites tel le mollusque Drupella sp) et transplantées sur le site du récif dégradé. Au cours du mois de novembre 2005, près de 550 coraux ont ainsi été plantés sur cinq massifs coralliens, en plongée sous-marine, durant trois semaines.
L’objectif de cette étude est de savoir quelle sera la survie de ces coraux. Quels seront leurs impacts sur la population des coraux adjacents, et sur le recrutement des larves de coraux ?
Près de 90 espèces de poissons résident sur ces massifs coralliens, et sont réparties dans différents habitats (coraux, grottes, trous, oursins, etc). Certains nagent au-dessus et autour des massifs à la quête du plancton, tels que les Barbiers rouges et certaines espèces de Demoiselles ; d’autres se déplacent sur la roche à la recherche de nourriture, tels les Mérous, les Labres, les Poissons papillons et les Poissons perroquets. Les Poissons lézards, quant à eux, restent posés sur la roche à l’affût d’une proie. Plusieurs espèces de poissons vivent aussi au sein des têtes coralliennes, dont ils se servent comme abri, certains uniquement lorsqu’ils sont juvéniles comme les Dascyllus à trois tâches, d’autres tout au long de leur vie, c’est le cas de certains Gobies (Gobiodon citron, Gobiodon réticulé), des Demoiselles (Dascyllus de la mer Rouge, Chromis bleu-vert), et des Pseudochromis (Pseudochromis olive, Pseudochromis à rayures bleues). Les coraux plantés pourraient constituer un nouvel habitat pour ces espèces.
Une autre question posée par les scientifiques est de savoir quel sera l’impact de la plantation de coraux sur la population de poissons résidant sur ces massifs coralliens. Y aura-t-il une modification de la structure de la communauté piscicole en terme de diversité spécifique et/ou d’abondance ? Y aura-t-il augmentation du nombre de poissons vivant au sein des colonies coralliennes, ainsi que des invertébrés (crabes, vers et crevettes) ?
Si cette méthode de restauration du récif par plantation de coraux issus de pouponnière en site naturel est un succès, c’est-à-dire si une bonne survie des coraux est observée et que ceux-ci se fondent dans l’environnement naturel en offrant des nouveaux habitats pour les invertébrés et les poissons, alors elle pourra être validée et être appliquée aux récifs en danger d’autres régions.



